11.8 Être autrui comme soi-même : entre ado- et abolescence – Le triangle pédagogique

Significations du handicap mental : 11.8 Être autrui comme soi-même : entre ado- et abolescence – Le triangle pédagogique

Pyramide et triangle sont du même ordre ; strictement parlé, la pyramide de Maslow est un triangle. Dans l’éducatif et le pédagogique l’idée de triangle évoque tout de suite les travaux de Jean Houssaye. La pyramide d’Abraham Maslow peut être lue à l’intérieur de son triangle pédagogique : Continue reading

Communiquer avec des personnes mentalement handicapées – « Jeux de langage » (Ludwig Wittgenstein)

La communication avec des personnes mentalement handicapées est complexe, compliquée et difficile. Recourir à la notion de communication non-verbale, me semble-t-il, ne suffit pas. La simple distinction entre communication verbale et communication non-verbale ne correspond pas à la réalité qui, elle, comporte du verbal et du non-verbal, et si ce n’est que de la part des accompagnants. Les personnes aphasiques et même polyhandicapées, les personnes lourdement handicapées « comprennent » du verbal comme du non-verbal. Décisif par contre est une autre question : dans quelle mesure les moyens de communication de ces personnes font-ils partie de ce que nous pouvons appeler notre langage, notre culture ? Leur communication, est-ce une réduction de la nôtre ou ont-elles leur propre langage, voire leur propre culture ? Leur raison, encore une fois, est-ce déraison par rapport à notre raison ou raison autre, distincte de la nôtre, mais, en principe, logique, dans leur logique ? Je tends vers cette dernière vision : les personnes mentalement handicapées développent leurs codes de communication, dans le réseau de communication, notamment familial, qui est le leur. Donc, comment se retrouver dans un univers commun, « personnes handicapées » et nous, « les autres » ? De notre côté, de nous les autres, se pose d’ailleurs la même problématique : nos langages et nos règles de communication, sont-elles normalisables, se laissent-elles vraiment représenter par une grammaire commune ? Qu’est-ce qui l’emporte dans notre communication, le général, l’universel, le même ou le particulier, le spécifique, le circonstanciel ?

Pour sortir de ces impasses il faudrait trouver un universel au-delà des langages et du langage.

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L’assistance au suicide et le procéduralisme (éthique du dialogue)

Le procéduralisme ne se prononce pas sur la validité des normes, mais sur la manière d’amener les arguments pour ou contre elles. Devant la pluralité des opinions, il mise sur la capacité de communication humaine en vue d’une intercompréhension. Il compte non pas sur une rationalité instrumentale, mais communicationnelle. Moralement juste est ce qui pourrait aboutir en un commun accord dans une procédure de communication juste, c’est-à-dire, devant la pluralité des positions, dans une procédure démocratique[1]. La norme ou le devoir (« déontologique ») concerne la manière de traiter les conflits éthiques et d’arriver à un accord.

Sur cette base, la question du suicide et de l’assistance au suicide qui nous préoccupe n’a pas de réponse simple et déductible (d’un but visée, d’une valeur défendue, d’une vertu à atteindre ou d’une norme ou d’une loi à respecter). Les personnes concernées ne peuvent que confronter leurs arguments et leurs préférences éthiques divers, et cela dans un cadre qui garantit l’expression de la parole de chacun, chacune aussi libre que possible.

En conséquence, le résultat de la confrontation sera ouvert. En dernière instance le patient, s’il en est capable, décidera par rapport à la question de mettre un terme à sa vie, son environnement, – famille, institution, hôpital, médecins, associations comme EXIT, etc. -, par rapport à la question de l’assistance. Au-delà du cas particulier, le débat sera mené au sein du « public », c’est-à-dire de tous ceux et celles qui sont ou qui se sentent directement ou indirectement concernés par les problèmes, débat nourri par une « enquête » publique[2], dans laquelle se succèdent hypothèses de travail, expériences, théories et révision de l’ensemble, à l’image d’une expérimentation scientifique. Ainsi, politique et éthique se confondent. Dans un tel processus les conceptions sur des questions comme le suicide et l’assistance au suicide évoluent et peuvent changer avec le temps. Ce qui compte, c’est le débat mené dans les règles de l’art (« Streitkultur »).

C’est sous ce chapitre du procéduralisme que je classe les commissions et les comités d’éthique, lieux intermédiaires entre personnes directement touchées et le public, où ce même public est représenté, – « experts » et « laïcs » -, pour approfondir les enjeux posés par une problématique d’ordre éthique en vue de décisions et de choix à prendre et à faire dans les instances compétentes. Pour moi, ces lieux ne sont pas décisionnels ; ils préparent les dossiers pour les choix éthiques particuliers d’un côté, les décisions politiques pour la législation et la jurisprudence de l’autre côté.

Armin Kressmann 2004

« L’assistance au sucicide 12 : l’éthique des devoirs (déontologique)

L’assistance au suicide 14 : résumé des différentes grammaires éthiques »


[1] cf. p.ex. John Dewey, Le Public et ses problèmes, Farrago 2003 ; Jürgen Habermas, Moralbewusstsein und kommunikatives Handeln, Frankfurt 1983 ; Erläuterungen zur Diskursethik, Frankfurt 1991

[2] cf. note précédente

Assistance au suicide et institutions sociales : quelles valeurs mettre en avant ?

La situation telle qu’elle peut se présenter concrètement dans un établissement où le médico-social et le socio-éducatif ainsi que le privé et le public se côtoient et interagissent est complexe ; une multitude de facteurs et de valeurs qui sont en jeu, se confrontent et se contredisent parfois :

-          Le respect et la protection de la vie

-          Suicide ou « autodélivrance » ; respect de la liberté, c’est-à-dire principe d’autonomie, ou « délivrance », c’est-à-dire principe de bienfaisance et de non-malfaisance ? Bioéthique et paternalisme :

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Le monde hospitalier, socio-éducatif et scolaire : une éthique entre le privé et le public

Comme notre État, notre société se veut libérale ; on est « tolérant ». Devant l’éclatement et le pluralisme consécutif des systèmes de pensées, de convictions et de valeurs, – constat devenu évident et banal[1] -, elle garde sa neutralité. Aussi longtemps qu’il n’y a pas diffamation (et encore !) ou interférence négative sur l’ordre et la paix publics, la conscience, la pensée, la foi, les opinions et leurs expressions sont de l’ordre privé ; l’Etat ne s’en mêle pas.

Mais voilà, il y a des domaines où le privé et le public se touchent et s’interpénètrent, notamment dans l’éducation et dans la santé. Ce qui était privé peut devenir public : la conviction politique ou religieuse d’un enseignant, la foi d’une infirmière, etc. Et parfois le public doit se mêler du privé, notamment dans le parapublic et dans les institutions de droit ou d’intérêt public. Les liens entre le privé et le public ne se laissent pas tous ramener à des relations purement politiques, professionnelles, institutionnalisées, contractuelles et/ou économiques.

Ainsi, en hôpital, mais plus encore en institution médico-sociale ou socio-éducative où patients et résidents vivent au quotidien et sont même domiciliés, les systèmes de pensées et de convictions ne s’affrontent pas seulement, mais sont sous-jacents à toute relation, au travail, à la prise en charge et aux collaborations. Alors, quelles sont les bases sur lesquelles se fonde le travail dans ces maisons et institutions ? Quel est le dénominateur minimal commun auquel chaque collaborateur doit adhérer ? Quelles sont les sources d’où sont tirées les approches et les missions ? Y a-t-il une éthique commune ? Et de quel type est-elle ? Après une longue période où les valeurs héritées faisaient évidence et n’étaient pas mises en question, aujourd’hui, trouvons-nous encore un fondement commun au travail accompli ? En a-t-on même besoin ? L’éthique institutionnelle est-elle encore en prise avec les modèles éthiques dominants dans notre société moderne ? Et ceux-ci, sont-ils appropriés au milieu socio-éducatif et opérationnels pour le travail auprès d’une population aussi dépendante que celle qui vit en institution ?

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