Institution et folie, pour Charly une contradiction

Fondamentalement, institution et folie sont incompatibles.

A la folie correspond la communauté, à l’institution la raison.

Pour la folie, l’institution veut dire cadrage, contention et enfermement.

Pour l’institution, la folie est chaos, éclatement, morcellement.

Pour la raison la folie est folie. Pour la folie la raison est aussi folie, juste une autre folie. La raison ne peut jamais donner raison à la folie. Le raison supprime la folie, et là où elle ne peut pas la supprimer, elle l’opprime ; ou elle l’exclue. Là où la folie a raison, pour la raison elle est déraison. La raison a toujours raison, même là où elle a tort. Folie et raison ne se connaissent pas ; elles ne se reconnaissent donc pas non plus.

Institution est de l’ordre du même, la folie de l’ordre de l’autre.

Pour l’institution il n’y pas d’autre, et celui qui est différent est exclu.

Pour être reconnue, la folie a besoin de communauté. Reconnaître et respecter la folie de l’autre est la raison de la communauté, sa raison d’être. Vivre ensemble, malgré nos folies.


Respirer contre toute respiration

10ème article de la série On m’appelle handicapé

J’ai parlé de Dieu, d’une réalité devant laquelle nos différences deviennent négligeables. Ce serait déjà raison suffisante pour garder la foi. Tous égaux, enfin, parce que l’autre égalité, celle des Droits de l’Homme, au fond ne concerne que les citoyens, justifie ainsi sa propre transgression et, comme conséquence, l’exclusion[1] de personnes comme moi de certains des droits proclamés. Moi, je ne suis pas citoyen, je suis interdit, étranger dans mon propre pays. L’égalité de tous, au-delà de la capacité de raisonnement, est peut-être ce qui fait aussi renier Dieu, par peur que, devant une instance absolue, les différences s’estompent ; c’est donc une question de pouvoir. Qui aimerait être comme moi, impuissant ? A l’opposé l’autre dérive : se faire Dieu, encore une fois pour exercer du pouvoir.

Laïcité radicale ou exclusive et fanatisme religieux se rejoindraient alors ?

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« Suis-je a-mental ? »

 

4ème article de la série On m’appelle handicapé

Handicapé, personne handicapée, personne avec un handicap mental, personne mentalement handicapée, personne en situation de handicap, personne en quelle situation de handicap ? Me nommer est un casse-tête. Et moi, je ne peux pas participer à la discussion. Avec la folie, donc la maladie mentale, – d’ailleurs quelle est la différence entre maladie mentale et handicap mental ou, tout court, entre maladie et handicap ? -, ma condition de vie, ma « forme de vie » (« Lebensform ») dirait Wittgenstein, est la seule où moi comme premier concerné suis exclu du débat. Pour le Code civil suisse je fais partie de ceux qu’il nomme « interdits ». Je n’ai pas voix au chapitre. Je ne suis pas raisonnable. Suis-je déraisonnable, ai-je une autre raison, une autre logique, suis-je irrationnel ? « Amentes sunt isti – ils sont fous », disait Descartes de gens comme moi et a ainsi clos le débat, ou presque. Foucault[1] y voyait le commencement de l’exclusion et de l’enfermement qui sont les nôtres jusqu’à ce jour, Derrida l’a contesté, ce qui les a amenés à se disputer. Vous voyez, à quoi nous sommes bons et utiles, nous les « amentaux » ou « démentaux ». Nous poussons toutes les disciplines à leurs limites, la médecine, les soins, l’éducation et même la philosophie. Avons-nous une autre culture, différence ou altérité ?

 

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Sont-ils différents ?

« Maman, qu’est-ce qu’il a, le monsieur ? ».

La question bien connue posée par l’enfant à sa maman devant une personne handicapée suscite souvent une réponse qu’on pourrait aussi qualifier de classique :

« Ne regarde pas, il est différent. »

Sont-ils vraiment différents ? Et si oui, est-ce une différence quantitative ou qualitative, c’est-à-dire une différence de degré de caractéristiques communes à tous les êtres humains ou, les personnes gravement handicapées, polyhandicapées ou avec diagnostic multiple, autistes ou psychotiques, ont-elles des qualités et caractéristiques propres, supplémentaires ou absentes, qui font que leur humanité ou personnalité ne peut plus être reconnue dans ce qui est commun aux humains ?

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L’Église du fou, un miracle fou – Évangile selon Marc 5,1-20

ARCABAS, Le possédé de Gérasa, Saint Hugues de Chartreuse

Saint Hugues de Chartreuse

Dans le cadre de mes réflexions sur les miracles voici le résultat provisoire d’un travail exégétique sur la « Guérison d’un démoniaque dans la Décapole » (TOB, Traduction Œcuménique de la Bible), récit qui se trouve dans l’évangile selon Marc, au chapitre 5, versets 1 à 20 :

Dossier technique : éléments exégétiques de Marc 5,1-20

-          Jésus en pays étranger, païen, à la rencontre de la folie et de tout ce qui, – pour les « juifs », « le peuple », « l’Église de l’époque » -, est considéré comme menace et impureté :

  • Au-delà de la mer, donc du chaos (voir ce qui précède, l’apaisement de le tempête) et de l’abîme
  • L’étranger
  • Le paganisme
  • La maladie et la folie
  • La mort, le tombeau

Dans quelle mesure est-ce la réalité d’une société, Églises constituées incluses, qui met ses « fous » en institution, « hors peuple », hors société ?

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