11.5 Besoins ou moyens ? – « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres »

Significations du handicap mental : 11.5 Besoins ou moyens ? – « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres »

La courbe de la vulnérabilité en fonction de l’âge délimite deux champs distincts, celui qui se trouve sous la courbe, la vulnérabilité, et l’autre qui est au-dessus, la « capabilité ». Travailler à partir de la première est travailler sur les besoins, à partir de la seconde sur les capacités. Les approches d’accompagnement respectives sont fondamentalement différentes, de soin dans un cas, éducative dans l’autre cas. Un accompagnement professionnel misera toujours sur l’une ou l’autre, souvent les deux, et cela en fonction de la situation dans laquelle le patient ou le résident se trouve.

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Significations du handicap mental 1 – Le sujet

Significations du handicap mental : 1 Le sujet

« La première apparition du nouveau, c’est l’effroi. » (Heiner Müller)

« … aucune éthique ne peut se permettre de laisser hors de soi une part de l’humain, si ingrate soit-elle, si pénible à regarder. » (Giorgio Agamben)

« La série est toujours une série d’exceptions » (Slavoj Zizek suite à Jacques Lacan)

Mon travail traite la condition humaine, sous l’aspect du handicap : ce que je suis se confronte à un ob-stacle, une réalité, souvent institutionnelle, posée devant moi et que je ne peux pas surmonter seul. L’obstacle, s’il est normatif, est posé arbitrairement. Une fonction sociale, assumée par une multitude d’institutions, définit de quel côté de la norme je me retrouve, dedans, dans la normalité, ou dehors, hors norme, donc anormal. Cette fonction d’inclusion ou d’exclusion est traditionnellement celle du prêtre.

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Charly, folie et institution

Institution et folie sont fondamentalement incompatibles. Elles sont de catégories différentes.

A la folie correspond communauté, à l’institution la raison.

Pour la folie institution est enfermement.

Pour l’institution folie est éclatement, donc chaos.

Institution vise le même, la folie l’autre.

Pour l’institution l’autre n’existe pas, et celui qui est différent est exclu.

Pour la communauté l’autre est constitutif.


Signifier l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe : le passage du spirituel au religieux

Arrivé au point de comprendre la spiritualité comme enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe, s’impose finalement la question du religieux, sans penser tout de suite à son côté institutionnel :

les situations extrêmes nous poussant aux limites (et parfois au-delà, probablement plus souvent qu’on ose l’admettre), l’ultime se manifeste. Accepter son impuissance ou insister sur sa raison et devenir soi-même tout-puissant ? Menace l’institution totale ou totalitaire d’un Erving Gofman. Juste gérer l’ingérable ? Se rendre coupable ? Contention pour elle-même ?

Déjà pour des raisons philosophiques je ne vois pas d’autres issues qu’admettre une altérité inaccessible, toute-autre, où le reste est porteur de sens pour l’ensemble. Une fois arrivé au seuil du passage de la raison à la foi, par empathie avec et par solidarité pour cet être humain souffrant et totalement dépendant (de moi et de l’institution), le saut devient impératif. Se remettre ensemble en cette instance qui nous dépasse l’un et l’autre est de nous remettre à pied d’égalité et ouvrir le champ d’une liberté commune nouvelle. Ce n’est que la communauté qui peut le faire ; à l’institution la loi l’interdit.

La communauté est garante d’une réalité autre, inclusive, au milieu d’une réalité d’exclusion.

La communauté est enveloppe renvoyant à une autre enveloppe, l’ultime et la définitive dirait la foi.

Ainsi, le centre de l’Église est hors église, et son sens aussi.

En théologie on utilise la métaphore du « royaume de Dieu ».

Ernst Lange parle de « communauté incognito »[1], de ceux et celles qui croient en une « alliance accomplie et pleine » et une « paix accomplie et pleine » (p. 69)

N’y étant pas encore, la foi se positionne dans la réalité telle qu’elle est en pointant ce que celle-ci signifie à la lumière de la promesse :

« Präsenz des Glaubens in der Situation, die ihn angeht, heisst diese Situation wahrnehmen, ‘wie sie wirklich ist’, zugleich aber fragen, was sie im Licht der Verheissung ‚eigentlich bedeutet’ und wie si erscheint, wenn man nach ihrer in Christus eröffneten Zukunft ausschaut.“ (p. 121)

Pratiquement nous devrions en conséquence requestionner le rôle du culte en institution comme lieu d’interrogation du sens en situation de non-sens.

Armin Kressmann 2011


[1] Ernst Lange ; Chancen des Alltags ; Kaiser, München 1984 ; p. 139

 

Institution et folie, pour Charly une contradiction

Fondamentalement, institution et folie sont incompatibles.

A la folie correspond la communauté, à l’institution la raison.

Pour la folie, l’institution veut dire cadrage, contention et enfermement.

Pour l’institution, la folie est chaos, éclatement, morcellement.

Pour la raison la folie est folie. Pour la folie la raison est aussi folie, juste une autre folie. La raison ne peut jamais donner raison à la folie. Le raison supprime la folie, et là où elle ne peut pas la supprimer, elle l’opprime ; ou elle l’exclue. Là où la folie a raison, pour la raison elle est déraison. La raison a toujours raison, même là où elle a tort. Folie et raison ne se connaissent pas ; elles ne se reconnaissent donc pas non plus.

Institution est de l’ordre du même, la folie de l’ordre de l’autre.

Pour l’institution il n’y pas d’autre, et celui qui est différent est exclu.

Pour être reconnue, la folie a besoin de communauté. Reconnaître et respecter la folie de l’autre est la raison de la communauté, sa raison d’être. Vivre ensemble, malgré nos folies.