11.15 La pratique d’une éthique théologique en institution laïque : assumer la culpabilité

Significations du handicap mental : 11.15 La pratique d’une éthique théologique en institution laïque : assumer la culpabilité

Dans la pratique, le passage d’une éthique philosophique à une éthique théologique n’est pas évidente, malgré le fait que, par rapport au handicap, craintes de fautes et culpabilités sont omniprésentes, et cela à tous les niveaux, des résidents et des familles aux professionnels et jusqu’à la société en général[1]. Si le sujet est traité, il l’est en général ou bien au niveau psychologique ou bien au niveau juridique. De fait, honte et culpabilité sont prises comme signes de maladie ou de délit. Être objectivement fautif, même sans avoir commis une faute, est inconcevable ; le terme de péché est aujourd’hui irrecevable et celui de la coulpe, culpabilité objective, tombé en désuétude (ce qui n’est pas le cas ni en allemand, « Schuld », ni en italien, « colpa »). Et pourtant, c’est ici que se pose tout l’enjeu des situations extrêmes devant lesquelles, comme souvent, il n’y a pas seulement (eu) faute et culpabilité (actuelle ou dans le passé, peut-être même au niveau du droit, donc potentiellement délit, voire crime), mais aussi dysfonctionnement, impuissance, non-maîtrise tels que surgit ce qui renvoie à ces anciens termes : l’échec de la toute-puissance et le reniement de l’échec (avec des justifications qui ne sont pas fausses, mais superficielles : on a tout fait, les moyens sont limités, il y a des règles, il y a encore d’autres résidents, si vous saviez, je veux bien, mais, il y a des limites, etc. etc.[2]). Continue reading

Respirer contre toute respiration

10ème article de la série On m’appelle handicapé

J’ai parlé de Dieu, d’une réalité devant laquelle nos différences deviennent négligeables. Ce serait déjà raison suffisante pour garder la foi. Tous égaux, enfin, parce que l’autre égalité, celle des Droits de l’Homme, au fond ne concerne que les citoyens, justifie ainsi sa propre transgression et, comme conséquence, l’exclusion[1] de personnes comme moi de certains des droits proclamés. Moi, je ne suis pas citoyen, je suis interdit, étranger dans mon propre pays. L’égalité de tous, au-delà de la capacité de raisonnement, est peut-être ce qui fait aussi renier Dieu, par peur que, devant une instance absolue, les différences s’estompent ; c’est donc une question de pouvoir. Qui aimerait être comme moi, impuissant ? A l’opposé l’autre dérive : se faire Dieu, encore une fois pour exercer du pouvoir.

Laïcité radicale ou exclusive et fanatisme religieux se rejoindraient alors ?

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La finalité de l’accompagnement spirituel : suis-je quelqu’un même si je ne suis personne ?

L’image que nous avons et que nous nous faisons de l’autre détermine la perception qu’il a de lui-même. Dans l’autre sens, le regard que porte autrui sur nous, nous marque et agit sur l’image que nous avons de nous-même. Axel Honneth parle de « Lutte pour la reconnaissance ».

Chacune des quatre dimensions telles que je les ai développées participe à la constitution et à la construction de la vision que nous avons de nous-même, de la confiance de soi, du respect de soi et de l’estime de soi, pour parler avec Honneth. Et pour chacune des quatre dimensions, j’attribue cet aspect-là de la personne humaine à ce qu’on pourrait appeler son être spirituel[1] : les « répercussions spirituelles » de  ce qui se passe au niveau de mon intégrité physique et psychique, de l’interaction avec les autres, de ma place dans la société et de la perception que j’ai de celle-ci, ainsi que de ce que je pense et que je crois de moi-même au-delà et indépendamment du pur physique, psychique et social.

Cependant, suis-je encore quelqu’un quand mon corps me lâche, quand je me déprécie et quand je me sens inutile et superflu ?

C’est ici que la finalité de l’accompagnement spirituel se révèle.

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L’Église du fou, un miracle fou – Évangile selon Marc 5,1-20

ARCABAS, Le possédé de Gérasa, Saint Hugues de Chartreuse

Saint Hugues de Chartreuse

Dans le cadre de mes réflexions sur les miracles voici le résultat provisoire d’un travail exégétique sur la « Guérison d’un démoniaque dans la Décapole » (TOB, Traduction Œcuménique de la Bible), récit qui se trouve dans l’évangile selon Marc, au chapitre 5, versets 1 à 20 :

Dossier technique : éléments exégétiques de Marc 5,1-20

-          Jésus en pays étranger, païen, à la rencontre de la folie et de tout ce qui, – pour les « juifs », « le peuple », « l’Église de l’époque » -, est considéré comme menace et impureté :

  • Au-delà de la mer, donc du chaos (voir ce qui précède, l’apaisement de le tempête) et de l’abîme
  • L’étranger
  • Le paganisme
  • La maladie et la folie
  • La mort, le tombeau

Dans quelle mesure est-ce la réalité d’une société, Églises constituées incluses, qui met ses « fous » en institution, « hors peuple », hors société ?

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Bloch et les miracles

« Es war nicht nur primitive Zaubersphäre, die im Neuen Testament durch Bauern und Fischer sich wieder ausgebreitet hat. Sondern auch gänzlich neue Bestimmungen, diese vor allem, regten das Mirakelhafte auf : Jesus als Messias, Jesus und das nahe herbeigekommene Himmelreich. Beides sind Grundwunder, welche die kleineren, die man von Jesus erwartete und die er selbst als seine « Zeichen » empfand, erst fundierten. An Stelle des älteren, immer noch mit der Zauberei verbundenen Wundersinns trat hier also ein neuer, ein eschatologischer : – Wunder sind die Anzeichen des kommenden Endes. »

Ernst Bloch ; Das Prinzip Hoffnung ; Suhrkamp, Frankfurt 1974, vol. 3, p. 1542

« Die Zeichen dieser Zeit vereinten so entfernt scheinende Vorgänge wie Lahmenheilung und Evangeliumpredigt an die Armen : letztere war ebenfalls als real-verwandelnd gemeint, als Ende der Mühe und Beladenheit in einem neuen Äon. So entschieden rangiert Jesus die konkrete Verwandlung über die bloss innerliche und unsichtbare, dass folgende erstaunliche Frage bei ihm möglich wird :

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