La spiritualité : l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe

Dans une série d’articles j’ai approfondi le modèle bio-psycho-social de l’être humain proposé pour remplacer le modèle bio-médical en médecine par George L. Engel. J’ai montré que s’impose une quatrième dimension, la spirituelle, sous deux formes :

1. justement comme quatrième dimension, ce qui nous mène vers une modèle spirito-bio-psycho-social ou bio-psycho-socio-spirituel,

2. comme méta-réalité, le spirituel englobant les autres aspects et les tenant ensemble. En ce deuxième cas la quatrième dimension serait davantage constituée par le souci religieux de l’être humain, sa quête de rassembler l’ensemble de ses expériences de vie (Emile Benveniste) et de le relier à un ultime.

Par ces considérations j’arrive maintenant à une vision plus globale de la spiritualité, celle d’enveloppe. Ce concept est bien connu en psychologie, sous le terme « enveloppe psychique » ou le « moi-peau » (Didier Anzieu). La construction de l’enveloppe psychique se fait par l’intériorisation de la fonction contenante de la mère ou de la fonction maternelle (« fonction alpha »).

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Qui suis-je ? Idiot, fou ? Identité et états d’âme

12ème article de la série On m’appelle handicapé

Je suis handicapé mental, avec « double diagnostic » comme ils disent, pas seulement avec une déficience intellectuelle, mais aussi, comme beaucoup de mes camarades, avec des « troubles mentaux ». En bref, pour le commun des mortels, je ne suis pas seulement idiot, mais aussi fou. « Il a des troubles de comportement » disent-ils. Je ne parle pas, mais quand je me manifeste j’essaie de me dire et de dire ce que je veux dire. C’est clair pour moi, je le ressens, je tiens la chose, mais je ne peux pas la dire ou l’exprimer « convenablement ». Je suis d’une autre culture. Quand je parle, quand j’exprime mes émotions, mes joies et mes peines, mon bien-être et mes angoisses, c’est mon corps qui parle et qui se comporte tel qu’il se comporte. Je suis mon corps. Je ne le maîtrise peu, et parfois pas du tout. Comment dire sa colère, ses peurs ou sa tristesse quand on ne peut pas les dire ? « C’est dur parfois, parce que les gens ne comprennent pas », disait un collègue lors d’un atelier auquel je participe parfois. Peu nombreux sont ceux qui comprennent mon langage.

 Quel est mon état d’âme ? Comment vis-je ce que je vis ?

 Mes « troubles de comportement » troublent, pas seulement mes accompagnants, mais aussi mes camarades, c’est sûr. Alors je reçois des médicaments, antiépileptiques, anxiolytiques, antidépresseurs, neuroleptiques, tout ce qui est censé éviter des crises et stabiliser mon humeur, me rendre plus calme et serein, me contenir, ce qu’ils font aussi. Mais avec ma manière d’être au monde comme « handicapé mental » et ma manière de percevoir ce monde, cela donne un mélange qui fait que je plane, que la vie passe devant moi, et derrière moi, pardessus, à travers moi, sans que je puisse prendre d’initiatives propres. Elle m’emporte, je flotte, je suis, sans savoir qui je suis, ni quoi, ni où, ni comment. Je suis. C’est parfois agréable, parfois désagréable. Quand c’est bien je me sens bien, comme vous après un bon repas, sur la plage au soleil, après deux ou trois verres de rouge, – et un pastis à l’apéritif, comme disait un psychiatre[1] -, lors de la sieste, entre le réveil et le sommeil, ni dans l’un, ni dans l’autre, mais entre deux. La vie passe, je m’en aperçois, mais je ne la saisis pas, je ne la discerne pas. Quand c’est désagréable, c’est aussi un entre deux, inquiétant sans que je puisse dire pourquoi. Je suis alors vigilant, parce qu’on ne sait jamais, sur le qui-vive. Dans les deux cas je ne pense à rien, le regard fixe, sans rien voir, sans rien entendre, ou tout, sans discerner ce que je vois et j’entends. Tout est en tout et ne rien existe. Réveillé je suis inconscient.

 Puis, soudain, dans ce brouillard mal défini, une chose qui sort et s’impose à moi, qui m’envahit ! Un bruit, un son, une personne, une émotion, une lumière, un objet, une parole, un souvenir, un mouvement ou un geste, quelque chose qui remonte en moi, quelque chose qui m’arrive du dehors. Un bond, un saut, un cri, c’est mon corps qui réagit, qui se rebiffe et qui se défend, contre je ne sais pas quoi. Je sursaute : « troubles d’envahissement » disent-ils, et si c’est une personne qui se trouve devant moi, qui fait ob-stacle, je lui tombe dessus. « Il est agressif ». Agressif suis-je quand je me défend contre ce qui m’agresse ?

 Qui vive dans un pastis de vie ?

Armin Kressmann 2011, On m’appelle handicapé 12 


 

[1] Georges Saulus, lors d’une formation pour intervenants et accompagnants

Les « capabilités » selon Martha Nussbaum

Amartya Sen parle de « capabilité », l’ensemble des fonctionnements potentiellement accessibles à une personne, que ceux-ci soient réalisés ou non.

Martha Nussbaum à son tour, suite au travaux d’Amartya Sen, parle de « capabilités humaines » au pluriel,

« what people actually are able to do and to be, in a way informed by an intuitive idea of a life that is worthy of the dignity of the human being. I identify, dit-elle, a list of central human capabilities, arguing that all of them are implicit in th idea of a life worthy of human dignity. » (Frontiers of Justice ; Harvard University Press , Cambridge 2007, p. 70)

La théorie de justice de Martha Nussbaum, dans la ligne de Rawls et de Sen, accorde à chaque personne le droit à réaliser sa ou ses « capabilités ».

Ce qui est intéressant dans cette approche, – par rapport à une logique des besoins, Maslow, Rosenberg, etc., qui part d’un déficit à combler, donc une logique plutôt médicale et de soins parlant de vulnérabilité -, est le principe de potentialités, de capacités potentielles à réaliser. Nous sommes en conséquence davantage dans une logique sociale et éducative, plus proche de ce que veut atteindre la CIF, la Classification Internationale du Fonctionnement, de la Santé et du Handicap.

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Livio Seguso ; Europäisches Glasmuseum Rödental

L’artiste lui-même dit :

« Glas ist für mich das geeignete Material, um die innersten Gefühle der menschlichen Seele auszudrücken, ihre Mehrdeutigkeit. In seiner Transparenz lässt es Bilder erahnen, die auftauchen, wieder verschwinden und sich verändern. »

Je traduis :

« Le verre est pour moi le matériaux idéal pour exprimer les sentiments les plus intimes de l’âme humaine, ses ambivalences. Le verre, dans sa transparence, évoque des images qui surgissent, se transforment et disparaissent de nouveau. »

Eurpäisches Museum für Modernes Glas

Livio Seguso

Armin Kressmann 2010

Soins et éducation : quand je suis mal en tant qu’intervenant

Être soignant ou éducateur est exigeant. Combien de fois on est mal pris, impuissant, angoissé, agressé, dépassé, agacé ? Il faut vivre et travailler avec ces émotions qui remontent en l’une ou l’autre situation, celles-ci parfois extrêmes, – et c’est la raison pour laquelle on a besoin de professionnels. Soyons conscients de ce qui se passe et de ce qui nous arrive, souvent contre gré. Essayons de reprendre distance, dans une culture de dialogue, entre collègues, en analyse de pratique, en supervision, par la formation, pour ne pas renvoyer à autrui et surtout à ceux et celles qui nous sont confiés ce qui nous appartient, en tant que soignants, médecins, thérapeutes ou accompagnants, afin qu’aussi ne soient pas trahies nos valeurs et notre dignité.

Dans les quatre champs des valeurs positives que nous avons dégagés nous guettent aussi des émotions et des sentiments négatifs et contreproductifs, sources potentielles d’abus et de maltraitances.

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Armin Kressmann 2009

« Soins et éducation 9 : les valeurs derrière les quatre approches fondamentales

Soins et éducation 11 : notre vision du patient ou du résident »