Significations du handicap mental 5 – Il s’agit quand même de « logique »

Significations du handicap mental : 5 Il s’agit quand même de « logique »

Le phénomène dont il s’agit est le handicap. Mon site Internet est par conséquent  une petite « handicapologique » et veut l’être dans un sens phénoménologique du terme :

c’est le handicap qui devrait nous parler et nous dire ce qu’il est.

Cependant, cette entreprise est contradictoire en soi, notamment pour le handicap mental qui ne parle pas dans les catégories logiques qui sont habituellement les nôtres. Continue reading

Handicap mental et savoir dire « non »

Handicap mental est ne pas savoir dire « non ».

Pour savoir dire « non » il faut savoir se mettre en colère.

Celui qui ne sait pas se mettre en colère ne sait pas dire « non » non plus.

Ne pas savoir se mettre en colère expose au risque d’être envahi par la colère.

Jouer les émotions :

La colère et la peur, ils y arrivent. Mais la colère leur fait peur. Ce n’est pas la peur qui leur fait peur, mais la colère.

Ne pas savoir se mettre en colère, ne pas savoir dire « non » les expose à toutes sortes d’abus.

Ne pas savoir se mettre en colère fait déborder la colère. « Ils décompensent ». Et on les stigmatise : « Troubles de comportement ! »

Comme la joie, la peur et la tristesse, la colère fait partie de ce que constitue l’humain. La réprimer la fait déborder.

Donc : apprendre à se mettre en colère, pour pouvoir dire « non ». Car celui qui ne sait pas dire « non », il ne sait pas dire « oui » non plus.

Armin Kressmann 2011

Communiquer avec le handicap mental, savoir ce qui convient

Comment faire pour savoir ce qui convient ou ne convient pas à une personne mentalement handicapée qui ne parle pas ? Comment mener ce qui s’appelle dans les institutions ou les entreprises une « enquête de satisfaction » avec un public plus profondément handicapé ?

Ce sont des questions que j’aborde d’une manière expérimentale avec les participants à un atelier de lecture et de partage à l’Institution de Lavigny : « La Chouette et la Lune » (pour la vieillesse et la sagesse).

Il fallait se rendre compte que, avant de parler de ce qui convient ou qui ne convient pas, il faut trouver un langage commun. Ce n’est pas évident pour un public dont certains n’ont pas de parole. Dans la ligne de ce que j’ai retenu de la pensée de Ludwig Wittgenstein sur la communication, sans être stricte, nous travaillons sur trois niveaux : Continue reading

Comment supporter l’inexprimable ? L’incongruence entre langage et expérience

D’où vient le rapprochement du handicap (sévère), – et de la folie -, avec le sacré, « anges ou démons », la sainteté ou le mal, la présence ou l’absence de Dieu ?

Le contact avec le handicap (sévère) provoque des réactions émotionnelles fortes, de l’ordre du mystique, une confrontation immédiate avec des réalités absolues, la vie, la mort, la souffrance, l’impuissance, la colère, la sidération, du dégoût, du rejet, de la répulsion, mais aussi de la fascination.

Qu’est-ce qui nous arrive là ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce l’être humain ? Pourquoi ? Pourquoi ça ?

En ne reconnaissant en l’autre pas un autre moi-même, on ne se reconnaît plus soi-même.

L’ultime, l’absolu, en personne, s’impose. L’ultime, l’absolu, en personne, porte un nom : Dieu. Il est inexprimable, « unsagbar, unaussprechlich », au-delà du langage, sinon il ne serait pas absolu.

 « Es gibt allerdings Unaussprechliches. Dies zeigt sich, es ist das Mystische. », dit Ludwig Wittgenstein (Tractatus 6.522)

Celui qui a dit qu’il faut garder le silence sur ce qui ne se laisse pas exprimer (Tractatus 7) dit aussi, – c’est ce qu’on passe souvent sous silence -, que l’inexprimable se laisse percevoir, „erfahren“. Ralf Stolina parle « d’incongruence entre langage et expérience »[1]. Dans l’expérience, devant les faits, nous manquent les mots, nous manque la parole, le langage butte à ses limites, il est en situation de handicap.

Avec le handicap lourd et sévère, et tout particulièrement avec le handicap mental profond où toute communication devient extrêmement difficile, nous sommes dans ces catégories. La question de Dieu, ou du Mal, n’est pas loin. Comment parler du Dieu absent, ou trop présent pour être supporté ?

S’impose une « théologie négative ». Celle-là, est-elle silence, « Sigetik » (Giorgio Agamben) ?

 « (Damit ist gegeben), dass die Grenze der Sprache nicht auch die Grenze der Erfahrung ist und das Schweigen eine Rede eigener Art sein kann und nicht notwendig identisch ist mit Verstummen. »[2]

Armin Kressmann 2011

[1] Niemand hat Gott je gesehen, Traktat über negative Theologie ; de Gruyter, Berlin 2000, p. 76

[2] idem p. 76

 

La spiritualité : l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe

Dans une série d’articles j’ai approfondi le modèle bio-psycho-social de l’être humain proposé pour remplacer le modèle bio-médical en médecine par George L. Engel. J’ai montré que s’impose une quatrième dimension, la spirituelle, sous deux formes :

1. justement comme quatrième dimension, ce qui nous mène vers une modèle spirito-bio-psycho-social ou bio-psycho-socio-spirituel,

2. comme méta-réalité, le spirituel englobant les autres aspects et les tenant ensemble. En ce deuxième cas la quatrième dimension serait davantage constituée par le souci religieux de l’être humain, sa quête de rassembler l’ensemble de ses expériences de vie (Emile Benveniste) et de le relier à un ultime.

Par ces considérations j’arrive maintenant à une vision plus globale de la spiritualité, celle d’enveloppe. Ce concept est bien connu en psychologie, sous le terme « enveloppe psychique » ou le « moi-peau » (Didier Anzieu). La construction de l’enveloppe psychique se fait par l’intériorisation de la fonction contenante de la mère ou de la fonction maternelle (« fonction alpha »).

Continue reading