Charly se demande s’il a raison :

« Toute institution, même les Églises, devant le dilemme de défendre ses propres intérêts ou ceux des personnes pour lesquelles elle a été fondée, semble choisir les premiers. Pour se justifier, on parle ensuite d’intérêts supérieurs, chez l’État de raison d’État ; sans en donner une explication. Probablement, il n’y en a pas, si ce n’est l’a priori que les institutions ne peuvent pas se tromper. Fondées sur et par la raison, elles ne peuvent pas avoir tort ; sinon elles disparaîtraient, se suspendraient elles-mêmes, croient-elles. C’est la raison pour laquelle je me méfie des institutions, moi aussi. Quelle est leur raison d’être quand, dans ce dilemme, elles lâchent ceux qui sont leur raison d’être ? Alors, la vraie Église ne peut pas être institution, car elle est invisible, avec ceux et celles qui ont peu de raisons d’être, et elle montre par là qu’il n’y a pas d’être sans raison d’être. C’est ainsi que la vraie Église devient visible et a raison d’être. »

La vie spirituelle et religieuse en institution sociale – Fondements, principes et pratiques

Fondements

-          L’accompagnement des personnes accueillies et hébergées s’inscrit dans une tradition assumée, explicite et explicitée, soit-elle laïque ou confessionnelle.

-          La spiritualité, dans un sens large, en est une composante fondamentale.

-          Les convictions, les croyances et les pratiques religieuses des résidents, résidentes, accompagnants et accompagnantes sont respectées.

-          L’institution veille à ce que l’épanouissement physique, psychique, sociale et spirituelle des résidents et résidentes ne soit pas entravé.

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John Rawls, Théorie de la justice

« Théorie de la justice »[1],

« L’idée qui nous guidera est … que les principes de la justice valables pour la structure de base de la société sont l’objet de l’accord originel. Ce sont les principes mêmes que des personnes libres et rationnelles, désireuses de favoriser leurs propres intérêts, et placées dans une position initiale d’égalité, accepteraient et qui, selon elles définiraient les termes fondamentaux de leur association. » p. 37

« De même que chaque personne doit décider, par une réflexion rationnelle, ce qui constitue son bien, c’est-à-dire le système de fins qu’il est rationnel pour rechercher. de même un groupe de personnes doit décider, une fois pour toutes, ce qui, en son sein, doit être tenu pour juste et pour injuste. » p. 38

« Les principes de la justice sont choisis derrière un voile d’ignorance. » p. 38

Justice entre personnes libres et rationnelles, qui définiraient entre elles les principes de leurs rapports, choisis derrière un « voile d’ignorance », c’est ce que Rawls veut. Programme ambitieux, dont on voit très vite les limites, notamment en médecine. Rawls lui-même admet :

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Spiritualité et religion dans les institutions sociales vaudoises

Dans un document interne au SPAS (Service de Prévoyance et d’Aide Sociales), intitulé « Références religieuses ou spirituelles dans les institutions socio-éducatives en relation avec le SPAS »[1], il est dit :

« Les références religieuses ou spirituelles que revendiquent ou affichent certaines institutions n’ont jamais fait jusqu’ici l’objet de plainte spécifique de bénéficiaire adressée à notre service. »

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Églises et institutions sociales

Les Eglises et communautés religieuses reconnues par l’Etat, pour lui et pour les institutions sociales, jouent un rôle déterminant. Est-ce qu’elles sont à la hauteur de la tâche ? J’en doute actuellement.

Les raisons en sont multiples :

-         Les Eglises s’organisent encore et toujours territorialement. Par contre, les institutions sociales, par la « professionnalisation » déjà mentionnée, se conçoivent de plus en plus comme centres de compétences. Les liens entre institutions et paroisses s’amenuisent.

-         La spécialisation du socio-éducatif suscite des besoins en collaboration en équipes interdisciplinaires et en compétences éthiques ; celles-ci, comme conséquence pour les Eglises, s’ajoutent à la pastorale traditionnelle, – célébrations, relation d’aide et actes pastoraux (baptêmes, mariages, services funèbres, etc.). Aucune instance ne s’en occupe officiellement ; il n’y pas non plus de formation spécifique de professionnels aptes à répondre à la demande.

-         Le seul lieu de formation proche du socio-éducatif que les Eglises se sont données est spécifique aux aumôneries en milieu hospitalier ; mais celles-ci se distinguent du travail en institution sociale, si ce n’est que par le seul fait d’exercer leur fonction dans la sphère publique[1]. Le patient, en principe, est de passage ; il n’est pas chez lui à l’hôpital. Pour les EMS (Etablissement socio-médicaux), la situation se présente encore différemment. Ils sont plus proches des institutions sociales ; mais les aînés, malgré tout, restent en général attachés, et si ce n’est que de manière symbolique, à leur environnement social antérieur.

-         La séparation de plus en plus prononcée entre vie publique et vie privée met les Eglises dans la situation inconfortable de ne plus pouvoir répondre aux attentes spirituelles par la seule vie paroissiale[2], qui, elle, est en principe une vie privée, mais vécue en public. Comment répondre aux besoins spirituels et religieux en dehors des paroisses ?

-         Les Eglises ont de la peine à entrer et à assumer le rôle de « prestataire », ce mode de fonctionnement qui se répand aussi dans le domaine socio-éducatif. Pourtant, à mon avis, elles en auraient quelque chose d’important à dire, en dépassant la notion de pure « prestation » économique en (ré)introduisant le concept plus fondamental de « service », tel qu’il est conçu dans sa compréhension.

-         La demande de la part des institutions pour une collaboration plus étroite avec les Eglises n’est pas pressante, au contraire. Les Eglises ne sont pas réellement défiées.

-         Sans l’effort venant de quelques grandes institutions pour disposer d’une aumônerie, les forces vives investies de la part des Eglises dans ce secteur seraient dérisoires.

Armin Kressmann, Rapport « La spiritualité et les institutions », CEDIS 2008