11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Significations du handicap mental : 11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Théologie négative (pallitive ou paradoxale) et handicap (mental)

Par rapport à la réalité du handicap (mental), – mais aussi, comme évoqué, face à ce qu’on appelle la condition humaine en générale -, je défends une vision qui s’approche de la théologie dite « négative »[1]. En l’occurrence, elle est plutôt  palliative et paradoxale[2]. L’absence dont il est question, celle de la divinité, autant de Dieu que de l’homme, le vide que cette absence laisse derrière elle, est lieu de naissance. Elle permet à l’homme de devenir entièrement humain et à assumer sa finitude (la mort étant humanité par excellence[3]). Elle nous protège contre une glorification de ce qui distingue, classe, hiérarchise et ségrègue, donc exclue. Elle nous oblige à prendre la différence (ici vraiment différence, et non pas l’altérité) comme simple réalité dans la diversité dans l’égal (du même), donc comme une réalité donnée et point de départ d’un cheminement commun entre fondamentalement égaux. Même Dieu ne se distingue plus. Prendre soin de l’autre est un devoir à l’égard du même. Continue reading

Significations du handicap mental 5 – Il s’agit quand même de « logique »

Significations du handicap mental : 5 Il s’agit quand même de « logique »

Le phénomène dont il s’agit est le handicap. Mon site Internet est par conséquent  une petite « handicapologique » et veut l’être dans un sens phénoménologique du terme :

c’est le handicap qui devrait nous parler et nous dire ce qu’il est.

Cependant, cette entreprise est contradictoire en soi, notamment pour le handicap mental qui ne parle pas dans les catégories logiques qui sont habituellement les nôtres. Continue reading

Limites – Passer, limiter, être en situation de handicap

Toute limite est floue, aucune n’est nette.

Peut-être se laisse dire ce qu’est d’un côté et ce qu’est de l’autre, mais la limite, la frontière elle-même, étant entre les deux, est l’un et l’autre, ou, ni l’un, ni l’autre. Comme dans un nuage : on ne sait pas où il commence ni où il finit.

Limite est définition, limite est institution. Et dé-finir est inclure et exclure, nécessaire, mais trompeur, parfois juste, parfois faux. Aucune dé-finition ne dit ce qu’est ce qui est dé-finit. Ce qu’est est ce qu’il est, le dé-finir est le réduire aux fins et confins qu’on met pour le com-prendre. Mais ce qui est nuage ne se laisse prendre.

Nous sommes entre.

La vie est entre, c’est parce qu’elle est entre qu’elle est vie. On appelle cela systèmes ouverts ; ce qui est ouvert n’est pas fermé, peut-être limité, mais sans limite. Sa limite est une dé-finition.

« Ich bin Du und Du bist Ich ».

Devenir soi-même est se dé-finir.

Eduquer pour exister. Faire sortir de l’indifférence. Rendre auto-nome, faire de sorte que l’autre sache se limiter soi-même, se dé-finir. Je suis. Tu es.

Et quand il est limité, mis en situation de handicap, cet autre, devant l’ob-stacle, l’insurmontable ? Entre « éduquer », – de l’ordre de la différence -, et « empâtir », – de l’ordre de l’altérité. Une fois « ex », une fois « en », qu’il sorte, lui, quand il peut, que j’entre, moi, quand il ne peut pas sortir.

Soins palliatifs égal « empathiser », ou « empâtir », éprouver de l’empathie et traduire l’éprouvé en action, même si celle-ci est une passivité choisie (« Gelassenheit », sérénité).

Capabilité égale éduquer, vulnérabilité égale soigner, prendre soin.

Prendre soin, prendre en charge : « Ich bin Du »

Rendre auto-nome, se dé-finir : « Du bist Ich »

Nous passons de l’un à l’autre ; eux sont entre deux, « limités ».

« Entre », sur le seuil, cet espace qu’est la limite : « liminalité ».

Et maintenant je comprends pourquoi on les exclue souvent des rites ; on ne veut pas, on pense de ne pas pouvoir les passer de l’un à l’autre, même pas symboliquement.

Armin Kressmann 2011

Une spiritualité bonne et bienveillante – Prolongement

De multiples discussions m’amènent à compléter ce que j’ai écrit sur une spiritualité bonne et bienveillante. Je remercie mes interlocuteurs qui m’ont permis d’avancer dans mes réflexions.

Une spiritualité bonne et bienveillante :

-         rappelle la dignité humaine, l’être humain en tant que personne unique, et cela d’une manière inconditionnelle, au-delà de tous les problèmes « que celle-ci pose ou qui se posent avec elle »

-         accueille ainsi autrui dans son altérité et dans sa différence, le rejoint là où il est et répond à ses besoins

-         se centre avec empathie sur et se soucie de l’être humain dans toute sa vulnérabilité

-         mais compte aussi sur ses ressources intérieures et ses capacités propres, cherche sa guérison et le dépassement des ses souffrances

-         libère donc l’individu et cherche son bien ; elle respecte son autodétermination

-         est sensible à la souffrance, au mal et aux injustices, aux scandales que ceux-ci comportent ; elle les dénonce

-         défend donc des valeurs, une éthique, et donne en conséquence des orientations

-         rassure là où il faut rassurer et met en doute quand doute s’impose, sans alimenter ni les angoisses ni les troubles

-         ne lâche jamais l’espérance, cherche et défend fondamentalement une perspective de vie, se tourne donc vers une réalité ultime et le sens de la vie ; elle les nomme

-         elle dépasse la culpabilité, même quand faute il y a ; elle assume sa faute là où elle-même se rend coupable

-         s’inscrit dans une communauté avec une histoire de vie et des personnes de références

-         cherche un positionnement, une attitude

  • d’honnêteté et d’humilité
  • de confiance
  • de fidélité raisonnable
  • de liberté d’esprit, de questionnement et de recherche
  • de joie et d’espérance face aux incertitudes de la vie

-         s’étonne face à la vie, les surprises qu’elle nous réserve et se laisse toucher par celles-ci

-         répond à l’interrogation par rapport à la mort, tout en étant discrète par rapport à l’au-delà

-         est ouverte aux autres spiritualités et respectueuse à leur égard ; elle cherche le dialogue, sans estomper les différences

-         ne se réduit pas à l’inexplicable, le sentimental et l’irrationnel ; elle prend au sérieux l’entendement, la raison, la compréhension, la sagesse et cherche le dialogue avec la science ; elle accompagne les autres réalités sans se confondre avec elles

-         connaît ses limites, ne se confond pas avec l’absolu et sait prendre avec humour du recul par rapport à elle-même ; elle ne se substitue pas aux autres sphères, le politique, le juridique, l’économique, le scientifique, le médical, etc., mais se permet à les interpeller quand cela lui semble nécessaire et éthiquement incontournable et inévitable

Armin Kressmann 2011