Institution et folie, pour Charly une contradiction

Fondamentalement, institution et folie sont incompatibles.

A la folie correspond la communauté, à l’institution la raison.

Pour la folie, l’institution veut dire cadrage, contention et enfermement.

Pour l’institution, la folie est chaos, éclatement, morcellement.

Pour la raison la folie est folie. Pour la folie la raison est aussi folie, juste une autre folie. La raison ne peut jamais donner raison à la folie. Le raison supprime la folie, et là où elle ne peut pas la supprimer, elle l’opprime ; ou elle l’exclue. Là où la folie a raison, pour la raison elle est déraison. La raison a toujours raison, même là où elle a tort. Folie et raison ne se connaissent pas ; elles ne se reconnaissent donc pas non plus.

Institution est de l’ordre du même, la folie de l’ordre de l’autre.

Pour l’institution il n’y pas d’autre, et celui qui est différent est exclu.

Pour être reconnue, la folie a besoin de communauté. Reconnaître et respecter la folie de l’autre est la raison de la communauté, sa raison d’être. Vivre ensemble, malgré nos folies.


« Suis-je a-mental ? »

4ème article de la série On m’appelle handicapé

Handicapé, personne handicapée, personne avec un handicap mental, personne mentalement handicapée, personne en situation de handicap, personne en quelle situation de handicap ? Me nommer est un casse-tête. Et moi, je ne peux pas participer à la discussion. Avec la folie, donc la maladie mentale, – d’ailleurs quelle est la différence entre maladie mentale et handicap mental ou, tout court, entre maladie et handicap ? -, ma condition de vie, ma « forme de vie » (« Lebensform ») dirait Wittgenstein, est la seule où moi comme premier concerné suis exclu du débat. Pour le Code civil suisse je fais partie de ceux qu’il nomme « interdits ». Je n’ai pas voix au chapitre. Je ne suis pas raisonnable. Suis-je déraisonnable, ai-je une autre raison, une autre logique, suis-je irrationnel ? « Amentes sunt isti – ils sont fous », disait Descartes de gens comme moi et a ainsi clos le débat, ou presque. Foucault[1] y voyait le commencement de l’exclusion et de l’enfermement qui sont les nôtres jusqu’à ce jour, Derrida l’a contesté, ce qui les a amenés à se disputer. Vous voyez, à quoi nous sommes bons et utiles, nous les « amentaux » ou « démentaux ». Nous poussons toutes les disciplines à leurs limites, la médecine, les soins, l’éducation et même la philosophie. Avons-nous une autre culture, différence ou altérité ?

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Communiquer avec des personnes mentalement handicapées – « Jeux de langage » (Ludwig Wittgenstein)

La communication avec des personnes mentalement handicapées est complexe, compliquée et difficile. Recourir à la notion de communication non-verbale, me semble-t-il, ne suffit pas. La simple distinction entre communication verbale et communication non-verbale ne correspond pas à la réalité qui, elle, comporte du verbal et du non-verbal, et si ce n’est que de la part des accompagnants. Les personnes aphasiques et même polyhandicapées, les personnes lourdement handicapées « comprennent » du verbal comme du non-verbal. Décisif par contre est une autre question : dans quelle mesure les moyens de communication de ces personnes font-ils partie de ce que nous pouvons appeler notre langage, notre culture ? Leur communication, est-ce une réduction de la nôtre ou ont-elles leur propre langage, voire leur propre culture ? Leur raison, encore une fois, est-ce déraison par rapport à notre raison ou raison autre, distincte de la nôtre, mais, en principe, logique, dans leur logique ? Je tends vers cette dernière vision : les personnes mentalement handicapées développent leurs codes de communication, dans le réseau de communication, notamment familial, qui est le leur. Donc, comment se retrouver dans un univers commun, « personnes handicapées » et nous, « les autres » ? De notre côté, de nous les autres, se pose d’ailleurs la même problématique : nos langages et nos règles de communication, sont-elles normalisables, se laissent-elles vraiment représenter par une grammaire commune ? Qu’est-ce qui l’emporte dans notre communication, le général, l’universel, le même ou le particulier, le spécifique, le circonstanciel ?

Pour sortir de ces impasses il faudrait trouver un universel au-delà des langages et du langage.

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« Mais quoi ? ce sont des fous … » … « sed amentes sunt isti » … (Descartes)

« Mais quoi ? ce sont des fous … » … « sed amentes sunt isti » …

Cette phrase est de René Descartes, tirée de ses Méditations, publiées à Paris en 1641 en latin, et en 1647 en français, sous le titre :

« Les Méditations métaphysiques de René Descartes touchant la première philosophie, dans lesquelles l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées. »[1]

Pas seulement l’œuvre dans son ensemble, mais aussi la petite phrase a fait histoire ; elle a provoqué, plus que trois cents ans plus tard, dans les années soixante-septante du siècle passé, ce qu’on appelle « La querelle sur la folie »[2], dispute vive entre Michel Foucault et Jacques Derrida. Dans le petit passage que Descartes avait consacré à la folie, Foucault voyait un tournant historique dans la conception et dans la prise en charge de la folie : désormais, à partir de Descartes, la folie était exclue de la raison ce qui, selon Foucault, était le début de son enfermement, de tout ce qu’il dénonce dans « L’histoire de la folie à l’âge classique »[3].

La folie est-ce raison ou déraison ?

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Le miracle : „Wunder und Glaube“, Walter Schmithals

Nous croyons que la science a raison et nous avons raison de le croire, parce que notre vision du monde est que la science a raison. Notre raison est scientifique et notre science est raisonnable. La réalité de la science et de ce qui se laisse démontrer scientifiquement n’est pas contestable, en tout cas pas aussi longtemps que nous considérons comme réel et incontestable ce qui se laisse observer et démontrer scientifiquement.

Selon Walter Schmithals[1], pour l’Antiquité, le miracle n’était rien d’extraordinaire non plus, mais tout à fait naturel et évident, rien de qualitativement différent de ce qui était considéré comme normal. Le miracle faisait partie de la raison de l’époque, de la vision du monde telle qu’elle était du temps biblique. Le miracle était normal, juste une réalité quantitativement plus puissante que d’habitude, preuve scientifique, – « signe » et « force », donc expérience -,  à l’intérieur d’une science qui considérait l’univers habité par toutes sortes de forces et de puissances. Nous pouvons dire : le miracle était réalité scientifique, réalité naturelle, rien de sur- ou supranaturel, scientifiquement encore plus évident que ce qui était évidence naturelle :

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