11.9 La condition handicapée comme condition humaine

Significations du handicap mental : 11.9 La condition handicapée comme condition humaine ou La condition humaine comme condition handicapée

Le handicap lourd ou sévère convoque Dieu, sinon, au moins la question de Dieu. Il le fait autant pour ceux qui y sont confrontés pour la première fois, que pour ceux qui l’accompagnent tous les jours. Il le fait autant pour ceux qui se déclarent croyants que pour ceux qui se disent agnostiques ou athées. Comment ? Continue reading

Comment supporter l’inexprimable ? L’incongruence entre langage et expérience

D’où vient le rapprochement du handicap (sévère), – et de la folie -, avec le sacré, « anges ou démons », la sainteté ou le mal, la présence ou l’absence de Dieu ?

Le contact avec le handicap (sévère) provoque des réactions émotionnelles fortes, de l’ordre du mystique, une confrontation immédiate avec des réalités absolues, la vie, la mort, la souffrance, l’impuissance, la colère, la sidération, du dégoût, du rejet, de la répulsion, mais aussi de la fascination.

Qu’est-ce qui nous arrive là ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce l’être humain ? Pourquoi ? Pourquoi ça ?

En ne reconnaissant en l’autre pas un autre moi-même, on ne se reconnaît plus soi-même.

L’ultime, l’absolu, en personne, s’impose. L’ultime, l’absolu, en personne, porte un nom : Dieu. Il est inexprimable, « unsagbar, unaussprechlich », au-delà du langage, sinon il ne serait pas absolu.

 « Es gibt allerdings Unaussprechliches. Dies zeigt sich, es ist das Mystische. », dit Ludwig Wittgenstein (Tractatus 6.522)

Celui qui a dit qu’il faut garder le silence sur ce qui ne se laisse pas exprimer (Tractatus 7) dit aussi, – c’est ce qu’on passe souvent sous silence -, que l’inexprimable se laisse percevoir, „erfahren“. Ralf Stolina parle « d’incongruence entre langage et expérience »[1]. Dans l’expérience, devant les faits, nous manquent les mots, nous manque la parole, le langage butte à ses limites, il est en situation de handicap.

Avec le handicap lourd et sévère, et tout particulièrement avec le handicap mental profond où toute communication devient extrêmement difficile, nous sommes dans ces catégories. La question de Dieu, ou du Mal, n’est pas loin. Comment parler du Dieu absent, ou trop présent pour être supporté ?

S’impose une « théologie négative ». Celle-là, est-elle silence, « Sigetik » (Giorgio Agamben) ?

 « (Damit ist gegeben), dass die Grenze der Sprache nicht auch die Grenze der Erfahrung ist und das Schweigen eine Rede eigener Art sein kann und nicht notwendig identisch ist mit Verstummen. »[2]

Armin Kressmann 2011

[1] Niemand hat Gott je gesehen, Traktat über negative Theologie ; de Gruyter, Berlin 2000, p. 76

[2] idem p. 76

 

Handicap mental : anges ou démons ?

8ème article de la série On m’appelle handicapé

Nous les « fous », parce que fous, sommes rapprochés au meilleur comme au pire, anges ou démons disais-je. Et ceux et celles qui nous accompagnement, nos parents, nos familles, éducateurs, thérapeutes, soignants, tous, même les lieux qui nous accueillent le sont avec nous.

« C’est merveilleux ce que vous faites, je ne pourrais jamais le faire », ne l’avez-vous jamais dit à un parent ou une connaissance travaillant dans le milieu qui est le nôtre ? Comme si les parentes pouvaient choisir. N’est-ce pas une manière pour leur dire : « Laissez-moi tranquille avec vos histoires, j’ai déjà assez de problèmes avec moi-même. ».

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« Handicapé mental » : ce qui n’a pas de nom n’existe pas

6ème article de la série On m’appelle handicapé

Le statut des « handicapés mentaux » est ambigu. Nous sommes toujours entre deux chaises, « sur le seuil » comme disent certains,

entre l’être et le non-être,

la vie et la mort,

le ciel et la terre,

la raison et la folie,

l’ici et l’ailleurs,

le même et l’autre.

Démons ou anges, monstres ou saints, notre existence pousse tout à sa limite, Continue reading

L’Église du fou, un miracle fou – Évangile selon Marc 5,1-20

ARCABAS, Le possédé de Gérasa, Saint Hugues de Chartreuse

Saint Hugues de Chartreuse

Dans le cadre de mes réflexions sur les miracles voici le résultat provisoire d’un travail exégétique sur la « Guérison d’un démoniaque dans la Décapole » (TOB, Traduction Œcuménique de la Bible), récit qui se trouve dans l’évangile selon Marc, au chapitre 5, versets 1 à 20 :

Dossier technique : éléments exégétiques de Marc 5,1-20

-          Jésus en pays étranger, païen, à la rencontre de la folie et de tout ce qui, – pour les « juifs », « le peuple », « l’Église de l’époque » -, est considéré comme menace et impureté :

  • Au-delà de la mer, donc du chaos (voir ce qui précède, l’apaisement de le tempête) et de l’abîme
  • L’étranger
  • Le paganisme
  • La maladie et la folie
  • La mort, le tombeau

Dans quelle mesure est-ce la réalité d’une société, Églises constituées incluses, qui met ses « fous » en institution, « hors peuple », hors société ?

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