La Chouette et la Lune – Des résidents de l’Institution de Lavigny s’expriment

A l’Institution de Lavigny (Suisse), – entre autre lieu d’accueil et d’accompagnement de personnes mentalement handicapées -, existent plusieurs ateliers et lieux de parole.

« La Chouette et la Lune », – la chouette pour la sagesse, la lune pour la vieillesse -, atelier tenu par l’aumônerie, articule dans une approche plus culturelle que religieuse la lecture du journal avec la spiritualité et la lecture de la bible. En suivent des discussions bien animées où ceux et celles qui maîtrisent le langage verbal se font souvent portes-parole des autres . Le site Internet « lachouetteetlalune » en témoigne.

On lit, on chante, on joue,

on discute et on rit,

on goûte, on mange, on réfléchit,

on apprend, on politise, on fait de la philosophie.

On est philosophes !

Armin Kressmann 2011

La spiritualité : l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe

Dans une série d’articles j’ai approfondi le modèle bio-psycho-social de l’être humain proposé pour remplacer le modèle bio-médical en médecine par George L. Engel. J’ai montré que s’impose une quatrième dimension, la spirituelle, sous deux formes :

1. justement comme quatrième dimension, ce qui nous mène vers une modèle spirito-bio-psycho-social ou bio-psycho-socio-spirituel,

2. comme méta-réalité, le spirituel englobant les autres aspects et les tenant ensemble. En ce deuxième cas la quatrième dimension serait davantage constituée par le souci religieux de l’être humain, sa quête de rassembler l’ensemble de ses expériences de vie (Emile Benveniste) et de le relier à un ultime.

Par ces considérations j’arrive maintenant à une vision plus globale de la spiritualité, celle d’enveloppe. Ce concept est bien connu en psychologie, sous le terme « enveloppe psychique » ou le « moi-peau » (Didier Anzieu). La construction de l’enveloppe psychique se fait par l’intériorisation de la fonction contenante de la mère ou de la fonction maternelle (« fonction alpha »).

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Médecine, santé et spiritualité – La culture

Université de Lausanne, CHUV (Hôpital cantonal)

Médecine, santé et spiritualité, deuxième série de conférences-débat :

Mardi 9 novembre, 18h30, auditoire de la maternité ; Le pardon

Mardi 23 novembre, 18h30, auditoire de la maternité ; Islam, médecine et santé

Mardi 14 décembre, 18h30, auditoire César Roux ; Guérison et médecines parallèles

Quelques réactions et réflexions personnelles

Jacques Besson, « Soigner l’esprit, soigner le corps »

« De septembre à décembre 2010 un deuxième bloc abordera le sujet sous l’angle «Médecine, spiritualité et culture» avec un éclairage sociologique sur les pratiques religieuses, anthropologique sur la diversité des spiritualités en lien avec les migrations, en passant par la question philosophique du pardon, le vaste champ actuel de la bioéthique et enfin les médecines parallèles. »

L’espace intermédiaire et le jeu : « Jouer, c’est faire » – Donald W. Winnicott

L’environnement joue dans la conception actuelle de la réalité du handicap un rôle prépondérant : une personne telle qu’elle est, avec ses forces et ses faiblesses, ses capacités et ses déficiences, est handicapée seulement quand un facteur environnemental la met « en situation de handicap ». C’est alors un obstacle, – physique, psychique, institutionnel, etc., un facteur extérieur à la personne, « posé devant elle », ob-stacle, insurmontable pour elle avec ses déficiences -, qui provoque ce que nous appelons aujourd’hui « handicap ». L’environnement, l’espace qui entoure la personne, est en conséquence constitutif, pas seulement du handicap, mais de la personne en elle-même.

« De tout individu ayant atteint le stade où il constitue une unité, avec une membrane délimitant un dehors et un dedans, on peut dire qu’il y a une réalité intérieure, un monde intérieur, riche ou pauvre, où règne la paix ou la guerre. …

Si cette double définition (dedans et dehors, AK) est nécessaire, il me paraît indispensable d’y ajouter un troisième élément : dans la vie de tout être humain, il existe une troisième partie que nous ne pouvons ignorer, c’est l’aire intermédiaire d’expérience à laquelle contribuent simultanément la réalité intérieure et la vie extérieure. » (Donald W. Winnicott ; Jeu et réalité ; L’espace potentiel ; Gallimard, Paris 1975, p. 29s)

Pour Winnicott, cet espace, « l’aire intermédiaire d’expérience », est constitué à partir des « objets transitionnels », qui « sont là, à la place du sein » (p. 31)  maternel, et des « phénomènes transitionnels » où le jeu prend une place primordiale :

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La condition humaine et le handicap (définition)

« La condition[1] humaine » et « être en situation de handicap » sont des concepts proches. Les deux font référence d’une part à un état naturel de l’être humain, – ce qu’il est biologiquement et ce qu’il devient physiquement (tout « handicap » est en principe physique, aussi les handicaps sensoriels et les handicaps mentaux – « les enfants intellectuellement retardés », comme la « douance »[2] par ailleurs, – « les enfants intellectuellement précoces ou surdoués ») -, d’autre part à un état institué par convention. Ce que nous sommes et ce qui fait l’homme sont et sa nature et sa culture, celle qui définit ce qu’il est et ce qui le fait homme et personne, semblable et distinct des autres espèces et des autres êtres. L’être humain est un être conditionné, par sa nature et par son environnement, naturel celui-ci, mais aussi culturel. « Être en situation de handicap » veut dire que la culture (« l’institution ») met ou laisse la nature en une situation considérée comme « inhumaine », met ou n’enlève pas un obstacle à l’épanouissement de la nature humaine, – telle qu’elle est au niveau du phénotype, donc individuellement -, dans la culture.

« L’humaniste[3] qui emploie l’expression ‘condition humaine’ parle en même temps du fondement de l’humanité et de sa ‘conditionnalité’, c’est-à-dire de sa conventionnalité. Le terme est lui-même une sorte d’oxymore philosophique dans lequel se conjoignent l’institution naturelle de l’humanité comme disposition fondamentale et l’institution conventionnelle de l’humanité comme choix circonstancié. » (http://cerphi.net/lec/hum3.htm 28.7.10)

Le handicap nous fait donc réfléchir sur la condition humaine. Et cette réflexion, d’une manière rétroactive, change, directement ou indirectement, les conditions des personnes en situation de handicap. Réfléchir sur le handicap est lever du handicap (des obstacles qui handicapent), en tout cas cette partie des conditions qu’est la partie culturelle (ou sociale, si vous voulez). Guérison sans guérison, c’est ce que nous enseigne un bon nombre de miracles bibliques. La condition chrétienne ne connaît plus de handicap, seulement des incapacités compensées par l’amour du prochain en paroles et en actes, le respect de tout homme dans l’ensemble de sa « capabilité » ou ses « capabilités », ainsi que la mise en œuvre de tout ce qui lui permet de réaliser ses potentialités.

Armin Kressmann 2010


[1] Conditio lat., « engagement, manière d’être », de con- (cum « avec ») et dicio « formule de commandement », de la même famille que dicere « dire » (Dictionnaire culturel en lange française ; Le Robert, Paris 2005)

[2]

« ‘On appelle enfant surdoué celui qui possède des aptitudes supérieures qui dépassent nettement la moyenne des capacités des enfants de son âge. (Julian de Ajuriaguerra, 1946) … il existe un fort courant pour rejeter l’existence même du phénomène pourtant solidement établi scientifiquement ce qui provoque parfois des drames personnels chez certaines personnes se sentant décalées et/ou rejetées et incapables de trouver le pourquoi. Ce phénomène fait partie de la nature humaine et est donc à traiter en tant que phénomène donc ni à rejeter, ni à encenser. Un contre-exemple intéressant sur le sujet se situe en Belgique, en région Wallonne où les rares références officielles sur les surdoués sont diffusées par l’Agence Walonne pour l’Intégration des personnes Handicapées (qui a heureusement retiré sa fiche descriptive car décrivant la douance comme strictement un handicap jusqu’en 2007) et où même les références du site du Ministère de l’Enseignement et de la Recherche Scientifique mettent l’accent sur les mauvais aspects de la douance, mais jamais sur leur mise en valeur. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Douance ; 27.7.10)

Avec le concept de « douance » nous pourrions dire que handicap mental est « sousdouance ».

[3]

« Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » (Montaigne ; Essais ; PUF, Paris 1988, vol. 2, p. 805)