L’assistance au suicide et le communautarisme

Le communautarisme défend des valeurs partagées à l’intérieur d’une communauté. Comme avec l’objectivisme, nous nous retrouvons devant la question quelle valeur choisir, mais, – par opposition à celui-ci où on cherche une objectivité aussi grande que possible -, le choix est déterminé par un consensus (ou un dictat) dans la communauté respective. Ainsi une association comme EXIT mettant en avant la « dignité de la mort » et le « droit à l’autodétermination et à l’autodélivrance» défendra le suicide et l’assistance au suicide, une communauté comme certaines églises, – catholique romaine ou la plupart des communautés évangéliques -, mettant en avant la « sainteté de la vie », au contraire, en feront un « péché ».

Comme petite réflexion je poserais la question si des mouvements comme la bioéthique classique ou le « kantisme » réunissant des défenseurs d’une « doctrine » commune ne peuvent pas devenir et former une sorte de communauté virtuelle ou réelle, à la limite même ceux et celles qui se retrouvent ensemble dans l’opposition à une vision comme le communautarisme[1].

Pour notre situation, le communautarisme nous met devant les appartenances du patient et de sa famille, en l’occurrence son appartenance à un corps professionnel ou son appartenance religieux et confessionnel, d’où lui et ses proches peuvent éventuellement tirer des éléments de réponse à leur question de justesse du suicide. D’où recevons-nous la justification de nos actes et de nos omissions ?

La question du communautarisme est aussi importante dans notre contexte d’institution, avec une fondation privée face à l’Etat payeur public. Comme discuté auparavant, une telle fondation ne devrait pas se réfugier derrière les avis d’experts, de professionnels comme les médecins ou d’une commission d’éthique. A mon avis, elle a le devoir de se positionner elle-même (c’est-à-dire son Conseil de Fondation) et, éventuellement, même de rendre compte publiquement de sa prise de position, autant pour offrir une aussi grande transparence face à ceux et celles qui envisagent de placer un de leur proche dans la maison que pour défendre la philosophie de la maison et à travers elle ceux et celles qui lui sont confiés.

Pour conclure ce petit chapitre, je rends attentif aux dimensions « communautaristes » d’une nation comme la Suisse ou des régions comme la Suisse romande ou la Suisse alémanique. On y trouve des approches et des sensibilités différentes face à l’autodétermination, le suicide ou l’assistance au suicide.

Armin Kressmann 2004

« L’assistance au suicide 10 : l’objectivisme

L’assistance au suicide 12 : l’éthique des devoirs (déontologique) »


[1] L’exemple d’un tel type de « communautarisme virtuel » le plus frappant est la « laïcité » qui prise « dogmatiquement », comme en France, prend des allures très communautaristes.

Par rapport à la mission des institutions sociales : unité et diversité

Chaque résident et chaque collaborateur d’une institution sociale se situe, explicitement ou implicitement, par rapport à tous les autres, par rapport à l’institution en tant que telle et par rapport à tout ce que l’institution représentent pour lui au niveau symbolique. Pour chaque personne il y a en conséquence une multitude de triangles relationnels, éducatifs, pédagogiques, thérapeutiques, d’accompagnement, etc. :

En théorie, une institution sociale donnée se laisserait décrire par la somme de ces triangles. Un bonne dynamique est garantie par un cadre qui laisse se déployer un jeu aussi libre que possible entre les visions des uns et des autres. Le cadre, avec ses lois, ses règles et ses procédures, est l’aspect institutionnel dans le sens restreint :

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