Respirer contre toute respiration

10ème article de la série On m’appelle handicapé

J’ai parlé de Dieu, d’une réalité devant laquelle nos différences deviennent négligeables. Ce serait déjà raison suffisante pour garder la foi. Tous égaux, enfin, parce que l’autre égalité, celle des Droits de l’Homme, au fond ne concerne que les citoyens, justifie ainsi sa propre transgression et, comme conséquence, l’exclusion[1] de personnes comme moi de certains des droits proclamés. Moi, je ne suis pas citoyen, je suis interdit, étranger dans mon propre pays. L’égalité de tous, au-delà de la capacité de raisonnement, est peut-être ce qui fait aussi renier Dieu, par peur que, devant une instance absolue, les différences s’estompent ; c’est donc une question de pouvoir. Qui aimerait être comme moi, impuissant ? A l’opposé l’autre dérive : se faire Dieu, encore une fois pour exercer du pouvoir.

Laïcité radicale ou exclusive et fanatisme religieux se rejoindraient alors ?

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Se retrouver en situation de handicap à cause de sa beauté

Nous pensons en général qu’être handicapé serait toujours lié, directement ou indirectement, à un déficit, physique, sensoriel ou mental, une incapacité ou un défaut quelconque. C’est faut. Toute différence qui met quelqu’un hors norme peut l’amener aussi en situation de handicap. Nous connaissons par exemple les enfants et les adultes surdoués, dont des témoignages glanés sur l’Internet se trouvent sur le site douance.be :

« Je me heurte parfois à une telle incompréhension de la part de mes contemporains qu’un épouvantable doute m’étreint : suis-je bien de cette planète ? Et si oui, cela ne prouve-t-il pas qu’eux sont d’ailleurs ? » (Pierre Desproges)

Donc, des qualités humaines peuvent amener des personnes en des situations où elles sont handicapées, défavorisées, discriminées, exclues. En quelque sorte, handicap et discrimination sont synonymes.

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John Rawls, La justice comme équité

« La justice comme équité »[1]

« La justice comme équité envisage les citoyens comme des personnes engagées dans la coopération sociale, et comme pleinement capables de remplir ce rôle pendant toute leur vie. «  p. 39

Encore une fois, que faire des personnes malades ou handicapées, avec une capacité réduite de « remplir ce rôle pendant toute leur vie » ? Et que faire de l’exigence « pendant toute leur vie. » ?[2] Qu’en est-il avec les personnes dépourvues des droits civils ?

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Le résident en institution sociale : entre le privé et le public (canton de Vaud)

Qu’est-ce qui est privé, qu’est-ce qui est public ? La frontière n’est pas si nette qu’on croit souvent ou qu’on veut faire croire. D’un côté, il y a l’individu, de l’autre l’Etat, mais entre deux, le passage du privé au public est progressif et les deux s’interpénètrent. L’individu, seul, ne peut pas survivre ; l’être humain est un être social. Déjà la famille, en tant qu’institution reconnue par l’Etat, a une dimension publique. Aussi, John Dewey l’a montré d’une manière convaincante[1], il n’y a pas seulement LE privé et LE public, mais à chaque fois qu’il y a intérêts communs et spécialement intérêts communs qui touchent à des intérêts d’autres, il y a un public et des publics, à ne pas confondre avec l’Etat. En tout cas, l’Etat, tout en étant public, n’est pas LE public, comme, de l’autre côté, les institutions « privées » ne sont pas LE privé, non plus. Jouer sur la bipolarité et jouer l’un contre l’autre n’est pas sérieux ; c’est démagogique, le plus souvent pour défendre des intérêts privés, réellement privés.

La personne handicapée mentale, par excellence, est un être dépendant ; positivement, on pourrait dire un être social, par excellence. Ainsi, l’Etat social la reconnaît et veut la protéger ; l’Etat libéral aussi, c’est un devoir, sinon, il n’est ni libéral ni social.

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