L’amour peut-il handicaper ?

Où est le problème quand quelqu’un se handicape lui-même ?

Est-il fautif ? Est-ce lui le problème ?

Qu’est-ce qui se passe quand quelqu’un se piège lui-même ? Soi-même comme un autre … ?

Il faut l’admettre :

Il y a des handicaps « sympathiques », la trisomie p. ex., et il y a des handicaps « antipathiques », les troubles d’envahissements, les psychoses, l’autisme, le polyhandicap. Malchance à celui qui tombe dans la seconde catégorie ? Est-il le handicapé parmi les handicapés ? Et qu’est-ce qui fait la différence entre les deux catégories ?

Par rapport à l’envahissement :

Y en a-t-il que le vie handicape ? La vie peut-elle être obstacle, handicap ?

Je fais référence à celui dont une accompagnatrice disait, après son décès, lors de la préparation du service funèbre :

« Il aimait la vie, mais il ne la supportait pas. »

Qu’est-ce qui se passe quand quelqu’un est agressé par la vie, quand la vie agresse ? Comment réagir, prendre quelle mesure ? L’hypostimulation, tellement décriée par ceux et celles qui dénoncent le manque de stimulation dans nos institutions ? Que dire de celui qui « agresse » parce qu’il est agressé, par la vie ? Qui agresse ? Peut-on se défendre contre la vie ?

L’amour peut-il handicaper ? Obstacle amour, amour obstacle ?

Dieu handicap ? Job, qu’en dirait-il ?

« Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui peine, et la vie aux ulcérés ? … Pourquoi ce don de la vie à l’homme dont la route se dérobe ? » (Job 3,20.23)

Où mettre Dieu dans la CIF, la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé ?

Cause, obstacle, voie de sortie, salut, accompagnant, compagnon de route quand plus personne ne veut partager le même pain ?

Perplexité !

Armin Kressmann 2010

Déficience, incapacité et handicap – « impairment – disability – handicap »

Ce qui veut dire en français (!) le mot « handicap » est aujourd’hui en général traduit en anglais par le terme « disability », composé de deux racines dis- et able, du latin habilis, « qui tient bien », de habere, « tenir ». L’ancien français connaît encore le terme able, « habile » (Dictionnaire des racines des langues européenne ; Larousse, Paris 1949). Comme le « handicap » a passé de l’anglais au français, le mot « disability » du français à l’anglais.

HABILE adj. XIIIe siècle. Emprunté du latin habilis, « bien adapté, apte à ».

1. Vieilli. Apte, propre à quelque chose. Son âge le rendait habile à cette charge. DROIT. Qui réunit en sa personne les conditions requises pour l’accomplissement d’un acte, l’exercice d’un droit. Être habile à contracter mariage, à se porter héritier.

2. Qui montre de l’adresse, de la dextérité dans ce qu’il fait, ce qu’il entreprend. Un ouvrier habile. Un habile faussaire. Un homme habile dans son métier. Être habile de ses mains. Être habile au tir, habile à manier le pinceau. Par méton. Les doigts habiles de l’horloger. Des mains habiles. Une plume habile. Spécialt. S’est dit d’une personne savante. Un habile juriste. Un habile médecin. Subst. Les habiles, les hommes de science, d’érudition. Les plus habiles s’y laissèrent prendre.

3. Qui agit avec intelligence, finesse, ingéniosité, qui parvient adroitement à ses fins. Un diplomate, un stratège habile. Faire choix d’un habile conseiller. Je le crois assez habile pour se tirer de ce mauvais pas. Se dit parfois en mauvaise part. Un flatteur habile. Il est habile à tromper son monde. Subst. C’est un habile, un homme subtil, avisé, qui entend bien son intérêt. Par méton. Une manœuvre, une réponse habile. Voilà qui n’est guère habile de sa part.

HABILITÉ n. f. XIVe siècle. Emprunté du latin habilitas, au sens de « aptitude légale à ».
DROIT. Aptitude, capacité légale à accomplir certains actes ou à exercer certains pouvoirs. Habilité à succéder, à contracter mariage.
HABILITER v. tr. XIVe siècle, d’abord au participe passé. Emprunté du bas latin habilitare, « rendre apte ».
DROIT. Rendre habile, confirmer l’habilité à. Habiliter un mineur à tenir un commerce. Il a été habilité à signer ce marché. Être habilité à délivrer un certificat, un diplôme.

Dictionnaire de l’Académie

Martha Nussbaum, dans son livre « Frontiers of Justice – Disability, Nationality, Species Membership » utilise les termes « impairment, disability, handicap » tel que le français le fait, – selon la CIF, la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé -, avec « déficit, incapacité, handicap » :

« In the disability literature, ‘impairment’ is a loss of normal bodily function ; a ‘disability’ is something you cannot do in your environnement as a result ; a ‘handicap’ is the resulting competitive disadvantage. » (p. 422 ; note 5)

Armin Kressmann 2010

L’axiome de la dignité humaine

« Axiome » et « dignité » sont parents et étroitement liés, comme et avec « humanité et personnalité ». Ils disent valeur et respect (cf. Kant qui distingue valeur et prix, ainsi que finalité et moyen ; mais aussi au-delà de Kant, dans le sens que tout être humain a de la valeur, pas seulement ceux et celles qui ont l’entendement et peuvent raisonner),  et cela d’une manière a priori. L’axiome est quelque chose qui est posé, qu’on juge digne, a priori, une vérité, une évidence. Et c’est ainsi que je traite la dignité (humaine), posée a priori, un fait qui ne se laisse ni déduire, ni prouver, ni contester. L’humanité est son côté biologique, la personnalité son côté moral et politique. La dignité humaine est donc absolue. Toute autre vision, par définition, doit la relativiser, ce qui demande des critères, toujours relatifs et discutables, et a comme conséquence une relativisation de la dignité et de la personnalité elles-mêmes. Enfin, celles-ci deviennent discutables, avec des dérives possibles comme l’illustre tristement l’histoire du 20ème siècle.

Ainsi, tout être humain est aussi personne. Aucun handicap peut nuire à sa dignité et l’aliéner. Ce qui peut être indigne n’est pas la vie d’une personne en tant que telle, mais les conditions de sa vie. En dernière instance nous pourrions dire que se retrouver en situation de handicap, telle que définie notamment par la CIF, est indigne pour tout être humain. Ce n’est donc pas le fait d’être aveugle, sourd, paralysé ou avec des difficultés de compréhension qui handicape, mais le fait de mettre une personne aveugle, sourde, paralysée ou avec des difficultés de compréhension dans une situation où ce qu’elle est la défavorise par rapport à celle qui voit, entend, marche ou comprend tout.

« N’insulte pas un sourd et ne mets pas d’obstacle devant un aveugle. » (Lévitique 19,14)

Armin Kressmann 2010

L’Église du fou, un miracle fou – Évangile selon Marc 5,1-20

ARCABAS, Le possédé de Gérasa, Saint Hugues de Chartreuse

Saint Hugues de Chartreuse

Dans le cadre de mes réflexions sur les miracles voici le résultat provisoire d’un travail exégétique sur la « Guérison d’un démoniaque dans la Décapole » (TOB, Traduction Œcuménique de la Bible), récit qui se trouve dans l’évangile selon Marc, au chapitre 5, versets 1 à 20 :

Dossier technique : éléments exégétiques de Marc 5,1-20

-          Jésus en pays étranger, païen, à la rencontre de la folie et de tout ce qui, – pour les « juifs », « le peuple », « l’Église de l’époque » -, est considéré comme menace et impureté :

  • Au-delà de la mer, donc du chaos (voir ce qui précède, l’apaisement de le tempête) et de l’abîme
  • L’étranger
  • Le paganisme
  • La maladie et la folie
  • La mort, le tombeau

Dans quelle mesure est-ce la réalité d’une société, Églises constituées incluses, qui met ses « fous » en institution, « hors peuple », hors société ?

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Régine Scelles (dir.) (2008), Handicap : l’éthique dans les pratiques cliniques. Postface d’Emmanuel Hirsch

Editions érès, Ramonville Saint-Agne, 293 pages

ISBN 978-2-7492-0955-5

Recension publiée dans Bioethica Forum,  Journal Suisse d’Éthique Biomédicale, vol. 2, no. 2, 2009

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