11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Significations du handicap mental : 11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Théologie négative (pallitive ou paradoxale) et handicap (mental)

Par rapport à la réalité du handicap (mental), – mais aussi, comme évoqué, face à ce qu’on appelle la condition humaine en générale -, je défends une vision qui s’approche de la théologie dite « négative »[1]. En l’occurrence, elle est plutôt  palliative et paradoxale[2]. L’absence dont il est question, celle de la divinité, autant de Dieu que de l’homme, le vide que cette absence laisse derrière elle, est lieu de naissance. Elle permet à l’homme de devenir entièrement humain et à assumer sa finitude (la mort étant humanité par excellence[3]). Elle nous protège contre une glorification de ce qui distingue, classe, hiérarchise et ségrègue, donc exclue. Elle nous oblige à prendre la différence (ici vraiment différence, et non pas l’altérité) comme simple réalité dans la diversité dans l’égal (du même), donc comme une réalité donnée et point de départ d’un cheminement commun entre fondamentalement égaux. Même Dieu ne se distingue plus. Prendre soin de l’autre est un devoir à l’égard du même. Continue reading

11.10 La condition humaine comme condition judéo-chrétienne

Significations du handicap mental : 11.10 La condition humaine comme condition judéo-chrétienne

La tradition judéo-chrétienne déduit la dignité humaine de l’imago dei, de la conviction que l’homme est image de Dieu, à reconnaître et à protéger en tant que telle. Source première est évidemment le récit de la création en Genèse 1,26s où Dieu (se) dit :

« Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. » (TOB)

Par rapport à ce verset la TOB note en bas de page :

« Les termes image et ressemblance définissent l’homme (l’homme et la femme comme le souligne le v. 27) » (traduction œcuménique de la bible, note r)

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. » (Genèse 1,27)

Dans le Nouveau Testament l’affirmation de la Genèse est parfois lue au niveau anthropologique (1 Corinthiens 11,7), Continue reading

Le handicap (sévère) et la théologie négative

Une voie de la théologie nous offre des pistes pour sortir de l’impasse d’une théologie affirmative qui, pour être « guérie », renvoie la personne en situation de handicap à son propre handicap et à sa seule foi, au handicap au premier degré, à ses vulnérabilités physiques, psychiques et mentales. La tradition parle, malheureusement, de « théologie négative » ; je l’ai appelée « théologie palliative », conscient que cette dernière dénomination pourrait prêter à confusion, notamment pour tous ceux et celles qui, quand on parle du « palliatif », entendent « on ne peut plus rien faire » et se détournent de la personne concernée, en la laissant avec elle-même, donc, encore une fois, en situation de handicap, ce qui est le contraire de son intention (et de celle des textes bibliques).

La « théologie négative » ou « palliative », comme les soins palliatifs, accueille la personne telle qu’elle est, en travaillant sur son environnement, sans chercher à changer la situation en voulant changer (la « santé » de) la personne, sans vouloir la « guérir », elle-même. La théologie négative reçoit Dieu sans se prononcer sur lui, sachant que toute énoncé sur Dieu ne parle pas de Dieu tel qu’il est. Continue reading

Cette humanité qui nous précède …

Il y a des raisons philosophiques et théologiques pour défendre l’humanité de tout humain, voire la personnalité de tout humain[1] (Spaemann ; Zzizek). Elles sont notamment liées à la question du fondement. Si humanité et personnalité de tout humain ne sont pas données a priori, il faut les justifier. Toute justification a besoin de critères. Ceux-ci sont soumis à discussion, varient dans le temps, selon les écoles de pensée et d’un contexte à l’autre, sont exposés à des pressions de pouvoir, peuvent être instrumentalisés et manipulés. La contestation de l’humanité et de la personnalité d’un humain fragilise toute humanité et ouvre la porte à l’ambiguïté et à l’abus. En fin de compte mon humanité est mise en question.

Je pars de l’axiome que l’humanité est donnée, qu’elle ne se justifie pas, mais qu’elle est appelée à s’épanouir vers une plénitude individuelle et personnelle dans un contexte donné favorable qui la promeut et la soutient. Je parle de potentialité et de « capabilité », et non pas de déficit. Théologiquement je parle de foi et de justification par grâce. L’humanité ne se prouve pas mais s’affirme et se confirme. Elle s’atteste ; elle est attestée par l’affection et l’amour d’abord, – comme la personnalité avant la naissance même, ce qui pose quelques dilemmes éthiques bien connus -, par la loi et l’institution ensuite, par l’acte humaniste et humanitaire, au-delà de la loi et du devoir, la solidarité morale enfin.

En conséquence, le phénomène du handicap n’est pas d’abord un problème personnel du « handicapé », mais une phénomène social et moral global. Il s’agit d’appartenance, d’appartenance à un corps, corps social, culturel ou spirituel (religieux). Si d’autres justifications il n’y avait pas, il y aurait toujours fraternité en l’humanité. Théologiquement c’est la question de la vie en Dieu, de participation au et de place dans le corps du Christ[2].

Armin Kressmann 2010


[1] cf. notamment R. Spaemann, Personen, Versuche über den Unterschied zwischen „etwas“ und „jemand“, Klett-Cotta Suttgart 1996

[2] « Die Sache Gottes und die Sache Christi »

Le Christ aux Limbes, Emil Nolde

100 Chefs-d’oeuvres du Städel à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, dont :

« Le Christ aux Limbes » d’Emil Nolde

En 1949, Nolde lui-même avait dit :

« ‚Christus in der Unterwelt’ ist keine Sache des Wissens, sondern des Glaubens.“

« ‘Le Christ aux Limbes’ ne relève pas du savoir, mais de la foi.« 

Städel Museum Francfort