Le jeu de la marelle symbolise traditionnellement le cheminement catéchétique, le chemin que l’être humain est censé parcourir et qui le mène, symboliquement, de la terre ou du monde (ou de l’enfer !) au ciel, le caillou que le joueur avance symbolisant l’âme. Entre deux, comme médiation, se situe l’Eglise, la communauté des croyants, mais aussi l’institution qui est signifiée par le bâtiment de l’église.
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Entre la Galilée et Jérusalem – L’histoire de Pâques et la vie quotidienne
Dans les évangiles, on peut distinguer deux sources principales : le cycle de Pâques et les paroles ou l’enseignement de Jésus. La première, l’histoire de la croix et de la résurrection, nous invite à reconnaître en celui qui a prononcé les paroles de la deuxième la source et le fondement de notre vie, de notre être tout entier, et cela comme un cadeau qui nous vient d’ailleurs, en d’autres paroles de « Dieu », et cela ni comme dû à notre égard, ni comme mérite de notre part. L’enjeu des récits de Pâques est la foi : ce n’est pas une question d’argumentations ni de convictions rationnelles, cela touche plus profondément, c’est le noyau dur de notre être qui est concerné, composé de l’ensemble de nos sentiments, émotions et facultés rationnelles, du conscient et de l’inconscient. Le cycle de Pâques est le centre de la foi comme base existentielle, de la confession de la foi personnelle ou de ce qu’on appelle en grec le « kérygme » ; d’où le « K ». Il est personnel et subjectif et ne se laisse ni prouver, ni falsifier par une argumentation rationnelle. C’est une question de confiance. C’est de l’ordre événementiel et relationnel : est-ce que je reconnais en ce ou en celui qui est derrière ce Jésus de Nazareth dont la bible nous raconte l’histoire mystérieuse et miraculeuse de sa crucifixion et de sa résurrection la source qui me « sauve », le fondement qui me sauve des impasses de ma vie à moi ? Jésus, est-il pour moi le Christ, Fils de mon Dieu qui m’ouvre en tant que tel et en tant que frère humain la voie vers mon Dieu, l’instance ultime en laquelle je crois et j’ai confiance, mais qui me reste inaccessible et incompréhensible en soi, dans son être, dans ses actes et dans ses exigences ?
D’un autre ordre est l’enseignement moral de Jésus, ses paroles, ce qui nous est transmis par la source littéraire que les spécialistes ont appelée la source « Q ». Cet enseignement s’inscrit dans l’histoire de la philosophie morale et peut et doit être soumis aux règles du discours et de l’argumentation philosophiques. Nous sommes dans l’éthique, ce sont nos convictions qui sont en jeu, ce que nous considérons intellectuellement et rationnellement comme vrai ou faux, comme juste, comme bien ou mal. C’est plus une question d’attitude qu’une question d’être.
Il est évident que les deux niveaux, foi et convictions, ne se laissent pas aussi simplement séparés comme nous venons de le faire. Les deux dépendent l’un de l’autre, et le premier est aussi sujet de discussion comme le deuxième influence l’être personnel.
Enseignement et catéchèse : comment respecter la liberté de conscience ?
Cela nous amène à reprendre une distinction importante qui nous permettra de mieux cerner l’enseignement, la catéchèse et l’éducation. Il s’agit de la distinction entre la foi « être » ou « confiance », « faith » en anglais, et la foi « convictions », « belief » en anglais (cf. Fowler). La première a été traduite en allemand par « Lebensglaube », théologiquement « fides qua creditur », la foi à travers laquelle nous vivons. La deuxième est la foi « fides quae creditur », ce qui est cru. La première est l’enjeu premier de la catéchèse, même si elle nous échappe fondamentalement, la deuxième l’objet de l’enseignement, soit-il catéchétique ou « profane ». La première est la visée du travail en Eglise (tout en restant, nous le redisons, non maîtrisable), la deuxième de l’école et de la société. En famille, ou dans l’éducation en générale, les deux s’imbriquent et ne se laissent pas séparer (en Eglise et dans l’école non plus, mais cela ne nous empêche pas à y rester attentifs et à mettre en place des stratégies pour que les deux ne se confondent pas).
Les multiples travaux sur le développement moral de l’individu nous montrent que le niveau foi « être » ou « confiance », « faith », est universel, c.-à-d. est partie constitutive de l’être humain, ce qui veut dire que des phénomènes comme la laïcité ou le communisme qui se veulent « athées ou athéistes » peuvent prendre des formes de foi et aboutir à des fanatismes « religieux » comme peut dévier en fondamentalisme et fanatisme toute religion. En conséquence, l’enjeu pour éviter des dérapages ne se situe pas entre l’enseignement religieux et l’enseignement laïc, mais entre respect de la liberté de conscience et emprise sur le noyau de la personne tel que nous l’avons esquissé précédemment.
Entre l’école et la catéchèse les mêmes questions peuvent se présenter, mais les réponses qu’on y apporte doivent respecter le cadre respectif. Ce n’est que par un travail de discernement constant que nous pouvons remplir notre mission en tant qu’enseignant, éducateur, catéchète ou convive et accompagnant adulte. Qu’est-ce qui est sollicité par les jeunes et par la situation dans laquelle nous nous trouvons : notre savoir, nos convictions, notre foi ou notre être, c’est-à-dire notre personne en tant que telle ?
Aussi, une approche constructiviste quelle qu’elle soit nous semble adéquate pour mieux y parvenir, d’autant plus que le contexte social actuel s’y prête, voire l’exige à son tour.
Armin Kressmann 2006
La crise de l’adolescence et la catéchèse
L’enfance
Partons de ce qui est un cheminement bon et sain (ce qui, malheureusement, n’est pas forcément le cas ; mais c’est un autre sujet à traiter différemment ; peut-être ces enfants qui vivent mal leur enfance seraient à prendre un peu comme il faut prendre les adolescents ; cf. ce qui suit), à partir de l’amour et de l’affection. L’enfant peut construire son identité dans la sécurité et vivre les interpellations de la vie en toute sécurité. Il peut découvrir les « règles du jeu » dans un processus cognitif où la transmission, notamment la transmission de savoir, est primordiale. Qu’est-ce qui est juste, qu’est-ce qui est faux, qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui est mal, qu’est-ce qui se doit ? S’impose ainsi une catéchèse biblique-symbolique, dans une perspective éthique de la vie. L’enfance comme « promenade » (« peripathein ») à travers le pays de l’éthique (ou de la morale), – c’est-à-dire la « Galilée » -, accompagné, – « Jésus avec nous » -, par ses « parents et parrains et marraines ». Chemins de vie !
En toute confiance, l’enfant joue sur le parvis de l’Eglise devant le portique et le tympan qui lui donne déjà tout l’enseignement de ce qui se passe derrière, dans l’Eglise.
Avec A. Van Gennep et les autres ethnologues :
1. Vie quotidienne, agrégation au monde antérieur (qui nous précède), vie séculière normale
L’adolescence
Avec la crise de l’adolescence tout s’écroule :
qu’est-ce qui m’arrive, dans le corps et dans l’âme ? qui suis-je ?
Il y a rupture dans la perspective de vie. La perspective même est suspendue. « Tout est de travers ».
Avec la sexualité se pointe à l’horizon la finitude, « il y aura quelqu’un après moi, je suis voué à disparaître », et s’annonce symboliquement la mort.
Il faut mourir pour renaître ; c’est Pâques. Qui est mon Christ ?
La catéchèse ne peut être qu’existentielle. Le « je » est « en jeu » ! Chemins de foi !
La crise de l’adolescence met le jeune, comme disent les anthropologues, en « marge », sur le seuil, entre deux : plus enfant, pas encore adulte ! La mort dans la chair il a passé le portique, il se retrouve dans le narthex, lieu du catéchuménat, dans l’attente du baptême qui reprend symboliquement sa mort pour l’introduire dans la vie. Mourir pour renaître et vivre !
C’est sur le seuil que doivent travailler les aumôniers de jeunesse, entre le paganisme du dehors et la foi du dedans, confrontés à cette violence dans la chair que subissent ceux et celles dont ils s’occupent. Etre passeurs et gardiens du seuil, accompagner, reprendre symboliquement le rôle des parrains et marraines.
En découle une approche différente, plus participative, plus existentielle, mettant davantage le corps au centre, étant par là plus « païen » : il faut assumer ce qui vient et arrive, blessures, stigmates, croix ! Et derrière la croix, la résurrection n’est pas d’avance visible !
La catéchèse existentielle des adolescents doit tenir compte de cette situation « entre » et s’inscrire dans la perspective du passage, avec le rite de passage et tout ce qu’il comporte :
2. Rites préliminaires (« limen », le seuil), sacralisation, mort symbolique
3. Rites liminaires, marginalisation, désagrégation
4. Rites postliminaires, désacralisation, (re)naissance symbolique
Avec aussi, élément incontournable, le « marquage rituel », dans le corps, dans la chair, physique et/ou symbolique.
La catéchèse des adolescents doit remplir les six fonctions du rite (comme processus, d’ailleurs indépendant de l’âge précis, puberté physique et puberté sociale ne correspondant pas forcément) :
1. Les fonctions qui visent l’ordre et le respect de l’ordre
2. La fonction du « drame », la narration, le récit qui accompagne le rite
3. L force liante du rite, lien avec une transcendance (le « baptême »)
4. L’efficacité du rite ; celui-ci est pratiqué parce qu’il est efficace : il rapporte plus que ce qu’on y mise (de « surcroît »)
5. Le caractère éducatif, initiatique : la transmission d’une mémoire, des modes de faire et de pensée, des identités précises, des règles et des pratiques
6. La transgression : le jeu avec les limites, les interdits, l’ordre, le temps et l’espace
Un fois passé, une fois (re)né, on se retrouve dans la communauté de valeurs, la solidarité, dont parle Axel Honneth, en Eglise, au-delà de la limite délimité par le seuil du narthex, dans la liberté de l’espace de la nef, « embarqué » en Eglise.
Armin Kressmann 2006
La catéchèse phénoménologique
Deux attentes fondamentales, – dont on pourrait discuter la pertinence, notamment en régime réformé -, sont adressées à la catéchèse de l’Eglise : la « transmission de valeurs », c’est-à-dire l’éthique ou la morale, et la « transmission de la foi », c’est-à-dire la spiritualité. La première attente vient d’habitude de l’extérieur ; c’est elle qui justifie, à côté de la diaconie, le lien avec l’Etat et le subventionnement de l’Eglise par ce dernier. La seconde attente vient plutôt de l’intérieur ; ce sont les « fidèles » qui souhaitent que le « monde » soit « évangélisé » et que l’Eglise soit renouvelée à travers la catéchèse. Aujourd’hui, pour la majorité des familles d’enfants et de catéchumènes, le premier aspect prime sur le second. Ainsi, en partie, la catéchèse de l’Eglise se trouve dans une situation contradictoire. Mais le dilemme n’est pas insurmontable.
Déduction et induction en catéchèse
Mon catéchisme
« C’est que, dans la vie comme dans la mort, j’appartiens, corps et âme, non pas à moi-même, mais à Jésus-Christ … », parce que, comme Paul l’a déjà dit: « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur: et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. »
(Lettre aux Romains 14,8)
Comme moi, vous êtes peut-être encore de la génération pour qui le catéchisme , – le « vrai catéchisme » -, commençait avec ce dialogue, cette question et cette réponse qui ouvrent le Catéchisme de Heidelberg: pour 52 dimanches, 129 questions avec leurs réponses. On partait de là, il fallait les apprendre par coeur, et c’était ainsi pour les réformés du monde entier, pendant quatre siècles.