« charlynews » – des nouvelles d’une aventure catéchétique

Comment aborder la question de Dieu, – de sa justice, de sa paix, de son amour -, avec des jeunes dont la vie est plus que bousculée ?

À l’École Pestalozzi à Échichens nous le tentons, – Mary Dreier, une collègue catholique, et moi-même -, en introduisant cette figure de Charly, présence-abscence comme celle de Dieu dans une vision que j’appelle « théologie palliative ».

« Ceci n’est pas du catéchisme »,

notre démarche n’apporte que nous-mêmes dans notre fragilité lors de rencontres où Dieu, s’il existe,  nous rejoint dans le creux du mystère de ce que nous appelons la résurrection : au-delà du tombeau vide où nous avons pu déposer, si tout va bien, les soucis, les angoisses, les colères, les séparations et les deuils que ces jeunes ont déjà vécus à leur jeune âge.

« RienAVoir » – Rien avoir, rien à voir ? Qu’y a-t-il au sein de rien ?

Sur le site « charlynews » nous rendons compte de ce que nous vivons.

Armin Kressmann 2011

 

Comment parler du Dieu absent ? Une théologie palliative

On l’appelle « théologie négative » ; je n’aime pas ce terme. Pour opposer une vision autre à une théologie affirmative qui risque d’enfermer Dieu en ce qu’il n’est pas, j’utiliserais d’autres termes : mystère, croix, abîme, Dieu caché, incertitude, tâtonnement, et la théologie qui en résulte est mystique, et tournée vers l’éthique, une théologie profondément biblique, celle

- du buisson ardent (Exode 3) et du creux du rocher (Exode 33)

- d’Élie, de la caverne et du « bruissement ténu » (1 Rois 19)

- de Job, juste (plus que Dieu ?)

- du Cantique des cantiques, de la tendresse et de la caresse (Emmanuel Lévinas)

- de Nicodème (Jean 3), de la voix du souffle quand on ne sait pas d’où vient le vent ni où il va

- de Samedi saint, des soins du corps, de ce qui reste, et du tombeau, enfin vide

- de l’Ascension et de Pentecôte, de l’absence de Dieu qui instituent l’homme et qui font de lui avocat de l’homme, à l’image du Paraclet, « imago Dei », autrement

Une théologie palliative !

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Transmission de savoir et catéchèse existentielle

Pourquoi faire du catéchisme ? Qu’est-ce la foi ?
Que voulons-nous transmettre ?
Quelle est la base du travail catéchétique en Eglise ?

La bible ! Jésus Christ !

Tout le monde est d’accord. Mais la bible, Jésus Christ Parole, est-ce parole transmise ou parole incarnée ou parole acte ? Qu’y a-t-il ici et maintenant, parmi nous, pour nous ?

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Le lieu de la catéchèse : le narthex – et le jeu de la marelle

Le jeu de la marelle symbolise traditionnellement le cheminement catéchétique, le chemin que l’être humain est censé parcourir et qui le mène, symboliquement, de la terre ou du monde (ou de l’enfer !) au ciel, le caillou que le joueur avance symbolisant l’âme. Entre deux, comme médiation, se situe l’Eglise, la communauté des croyants, mais aussi l’institution qui est signifiée par le bâtiment de l’église.

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Entre la Galilée et Jérusalem – L’histoire de Pâques et la vie quotidienne

Dans les évangiles, on peut distinguer deux sources principales : le cycle de Pâques et les paroles ou l’enseignement de Jésus. La première, l’histoire de la croix et de la résurrection, nous invite à reconnaître en celui qui a prononcé les paroles de la deuxième la source et le fondement de notre vie, de notre être tout entier, et cela comme un cadeau qui nous vient d’ailleurs, en d’autres paroles de « Dieu », et cela ni comme dû à notre égard, ni comme mérite de notre part. L’enjeu des récits de Pâques est la foi : ce n’est pas une question d’argumentations ni de convictions rationnelles, cela touche plus profondément, c’est le noyau dur de notre être qui est concerné, composé de l’ensemble de nos sentiments, émotions et facultés rationnelles, du conscient et de l’inconscient. Le cycle de Pâques est le centre de la foi comme base existentielle, de la confession de la foi personnelle ou de ce qu’on appelle en grec le « kérygme » ; d’où le « K ». Il est personnel et subjectif et ne se laisse ni prouver, ni falsifier par une argumentation rationnelle. C’est une question de confiance. C’est de l’ordre événementiel et relationnel : est-ce que je reconnais en ce ou en celui qui est derrière ce Jésus de Nazareth dont la bible nous raconte l’histoire mystérieuse et miraculeuse de sa crucifixion et de sa résurrection la source qui me « sauve », le fondement qui me sauve des impasses de ma vie à moi ? Jésus, est-il pour moi le Christ, Fils de mon Dieu qui m’ouvre en tant que tel et en tant que frère humain la voie vers mon Dieu, l’instance ultime en laquelle je crois et j’ai confiance, mais qui me reste inaccessible et incompréhensible en soi, dans son être, dans ses actes et dans ses exigences ?

D’un autre ordre est l’enseignement moral de Jésus, ses paroles, ce qui nous est transmis par la source littéraire que les spécialistes ont appelée la source « Q ». Cet enseignement s’inscrit dans l’histoire de la philosophie morale et peut et doit être soumis aux règles du discours et de l’argumentation philosophiques. Nous sommes dans l’éthique, ce sont nos convictions qui sont en jeu, ce que nous considérons intellectuellement et rationnellement comme vrai ou faux, comme juste, comme bien ou mal. C’est plus une question d’attitude qu’une question d’être.

Il est évident que les deux niveaux, foi et convictions, ne se laissent pas aussi simplement séparés comme nous venons de le faire. Les deux dépendent l’un de l’autre, et le premier est aussi sujet de discussion comme le deuxième influence l’être personnel.

Enseignement et catéchèse : comment respecter la liberté de conscience ?

Cela nous amène à reprendre une distinction importante qui nous permettra de mieux cerner l’enseignement, la catéchèse et l’éducation. Il s’agit de la distinction entre la foi « être » ou « confiance », « faith » en anglais, et la foi « convictions », « belief » en anglais (cf. Fowler). La première a été traduite en allemand par « Lebensglaube », théologiquement « fides qua creditur », la foi à travers laquelle nous vivons. La deuxième est la foi « fides quae creditur », ce qui est cru. La première est l’enjeu premier de la catéchèse, même si elle nous échappe fondamentalement, la deuxième l’objet de l’enseignement, soit-il catéchétique ou « profane ». La première est la visée du travail en Eglise (tout en restant, nous le redisons, non maîtrisable), la deuxième de l’école et de la société. En famille, ou dans l’éducation en générale, les deux s’imbriquent et ne se laissent pas séparer (en Eglise et dans l’école non plus, mais cela ne nous empêche pas à y rester attentifs et à mettre en place des stratégies pour que les deux ne se confondent pas).

Les multiples travaux sur le développement moral de l’individu nous montrent que le niveau foi « être » ou « confiance », « faith », est universel, c.-à-d. est partie constitutive de l’être humain, ce qui veut dire que des phénomènes comme la laïcité ou le communisme qui se veulent « athées ou athéistes » peuvent prendre des formes de foi et aboutir à des fanatismes « religieux » comme peut dévier en fondamentalisme et fanatisme toute religion. En conséquence, l’enjeu pour éviter des dérapages ne se situe pas entre l’enseignement religieux et l’enseignement laïc, mais entre respect de la liberté de conscience et emprise sur le noyau de la personne tel que nous l’avons esquissé précédemment.

Entre l’école et la catéchèse les mêmes questions peuvent se présenter, mais les réponses qu’on y apporte doivent respecter le cadre respectif. Ce n’est que par un travail de discernement constant que nous pouvons remplir notre mission en tant qu’enseignant, éducateur, catéchète ou convive et accompagnant adulte. Qu’est-ce qui est sollicité par les jeunes et par la situation dans laquelle nous nous trouvons : notre savoir, nos convictions, notre foi ou notre être, c’est-à-dire notre personne en tant que telle ?

Aussi, une approche constructiviste quelle qu’elle soit nous semble adéquate pour mieux y parvenir, d’autant plus que le contexte social actuel s’y prête, voire l’exige à son tour.

Armin Kressmann 2006