11.3 Humain capable, humain vulnérable

Significations du handicap mental : 11.3 Humain capable, humain vulnérable

Qu’est-ce qui fait l’homme ?

Capable, « presque un dieu » (Psaume 8,6), vulnérable, « qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ? » (Psaume 8,5) ?

Ce double trait qui caractérise l’être humain, ses capacités et sa vulnérabilité, traverse l’ensemble de l’accompagnement et de la « prise en charge » des personnes fragiles, les soins, l’éducation, la formation et les thérapies, si ce n’est pas le vivre ensemble tout court. Le rapport à autrui est toujours un donner et un recevoir, le rapport à soi-même un s’investir et un lâcher prise. Action et passivité, agir et subir caractérisent les liens que nous avons avec nous-mêmes, avec notre environnement et notre entourage. Et les institutions, dans le sens large du terme, sont là pour  organiser le tout, lui donner l’espace nécessaire pour qu’il puisse s’exprimer librement et répondre aux besoins des uns et des autres.

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11.2 « cif-ler » : la Classification Internationale du Fonctionnement, de la santé et du handicap

Significations du handicap mental : 11.2 « cif-ler » : la Classification Internationale du Fonctionnement, de la santé et du handicap

Le besoin de classifier, de distinguer entre le normal et l’anormal, émerge, à la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, du côté médical, pour des raisons de santé publique, les différentes causes de mortalité, du côté pédagogique, pour connaître les enfants « scolarisables ».

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La vulnérabilité – une catégorie morale ? (Nathalie Maillard)

Si vous achetez le livre de Nathalie Maillard[1], vous en aurez au moins trois :

  1.  Une étude approfondie des différentes conceptions de l’autonomie et leur histoire,
  2. la partie sur la vulnérabilité comme nouvelle catégorie morale, tel le titre du livre, mais finalement sans point d’interrogation, et
  3. une confrontation entre la pensée de Paul Ricœur et celle d’Emmanuel Lévinas, toujours dans la même perspective, amenant le lecteur à cette limite qu’est celle entre la philosophie et la théologie (ou le religieux) : le rapport à l’autre quand l’autre est tout-autre.

Le parcours est exigent, mais finalement indispensable si on ne veut plus confondre ni les différentes formes de l’autonomie et celles-ci avec la liberté de choix et l’autodétermination,  ni la vulnérabilité avec la dépendance ou la faiblesse, ni les besoins avec les capacités, etc. etc. L’univers des soins, de l’éducation et de l’enseignement ne pourra qu’en profiter. Ce travail est à faire, d’autant plus que ces différentes notions sont parfois avancées dans les milieux de soin ou d’éducation non pas pour défendre les personne accueillies, mais dans l’intérêt des institutions qui les accueillent.

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Éducation et spiritualité 2 : prendre soin et mobiliser les ressources

La courbe de la vulnérabilité sépare l’espace-temps en deux : sous la courbe nous avons la vulnérabilité, en dessus ce que nous appelons suite à Amartya Sen la « capabilité », l’ensemble des capacités d’un individu. La « capabilité » résume donc les facultés (réelles et potentielles) d’une personne, sa vulnérabilité ses besoins.

La « capabilité », comme ensemble de droits à être réalisés, fait appel à la mobilisation et au développement de ce qui est potentiellement présent, alors à l’éducatif, la vulnérabilité à ce qui est fragile ou absent, donc aux soins.

Prendre soin de ce qui ne se laisse pas changer respecte l’altérité, – l’autre en tant que tel qui ne peut provisoirement ou définitivement pas changer ce qui est donné -, mobiliser ce qui est potentiellement présent travaille avec une différence, celle entre ce qui est et ce qui pourrait, voire devrait être, ce qui peut évoluer, se développer et est à réaliser.

Cependant, « capabilité » et vulnérabilité sont à considérer comme réalités dynamiques ; dans le temps et selon les circonstances elles peuvent se modifier. Dans l’accompagnement on doit constamment passer d’un principe à l’autre, selon l’état physique, psychique, social et spirituel dans lequel la personne accompagnée se trouve.

En conséquence, l’opposition souvent rencontrée entre soins et éducation ne se justifie qu’au niveau des compétences professionnelles dans une équipe, mais les deux champs doivent, d’une manière différenciée, être couverts par les deux corps professionnels. Ainsi, prendre soin n’est pas réservé aux infirmiers, infirmières, comme l’éducatif n’est pas l’exclusivité des éducateurs. Par ailleurs, une bonne part de ce qui est dans le médical préventif appartient au champ éducatif.

Armin Kressmann 2011

Une spiritualité bonne et bienveillante – Prolongement

De multiples discussions m’amènent à compléter ce que j’ai écrit sur une spiritualité bonne et bienveillante. Je remercie mes interlocuteurs qui m’ont permis d’avancer dans mes réflexions.

Une spiritualité bonne et bienveillante :

-         rappelle la dignité humaine, l’être humain en tant que personne unique, et cela d’une manière inconditionnelle, au-delà de tous les problèmes « que celle-ci pose ou qui se posent avec elle »

-         accueille ainsi autrui dans son altérité et dans sa différence, le rejoint là où il est et répond à ses besoins

-         se centre avec empathie sur et se soucie de l’être humain dans toute sa vulnérabilité

-         mais compte aussi sur ses ressources intérieures et ses capacités propres, cherche sa guérison et le dépassement des ses souffrances

-         libère donc l’individu et cherche son bien ; elle respecte son autodétermination

-         est sensible à la souffrance, au mal et aux injustices, aux scandales que ceux-ci comportent ; elle les dénonce

-         défend donc des valeurs, une éthique, et donne en conséquence des orientations

-         rassure là où il faut rassurer et met en doute quand doute s’impose, sans alimenter ni les angoisses ni les troubles

-         ne lâche jamais l’espérance, cherche et défend fondamentalement une perspective de vie, se tourne donc vers une réalité ultime et le sens de la vie ; elle les nomme

-         elle dépasse la culpabilité, même quand faute il y a ; elle assume sa faute là où elle-même se rend coupable

-         s’inscrit dans une communauté avec une histoire de vie et des personnes de références

-         cherche un positionnement, une attitude

  • d’honnêteté et d’humilité
  • de confiance
  • de fidélité raisonnable
  • de liberté d’esprit, de questionnement et de recherche
  • de joie et d’espérance face aux incertitudes de la vie

-         s’étonne face à la vie, les surprises qu’elle nous réserve et se laisse toucher par celles-ci

-         répond à l’interrogation par rapport à la mort, tout en étant discrète par rapport à l’au-delà

-         est ouverte aux autres spiritualités et respectueuse à leur égard ; elle cherche le dialogue, sans estomper les différences

-         ne se réduit pas à l’inexplicable, le sentimental et l’irrationnel ; elle prend au sérieux l’entendement, la raison, la compréhension, la sagesse et cherche le dialogue avec la science ; elle accompagne les autres réalités sans se confondre avec elles

-         connaît ses limites, ne se confond pas avec l’absolu et sait prendre avec humour du recul par rapport à elle-même ; elle ne se substitue pas aux autres sphères, le politique, le juridique, l’économique, le scientifique, le médical, etc., mais se permet à les interpeller quand cela lui semble nécessaire et éthiquement incontournable et inévitable

Armin Kressmann 2011