Comment parler du Dieu absent ? Une théologie palliative

On l’appelle « théologie négative » ; je n’aime pas ce terme. Pour opposer une vision autre à une théologie affirmative qui risque d’enfermer Dieu en ce qu’il n’est pas, j’utiliserais d’autres termes : mystère, croix, abîme, Dieu caché, incertitude, tâtonnement, et la théologie qui en résulte est mystique, et tournée vers l’éthique, une théologie profondément biblique, celle

- du buisson ardent (Exode 3) et du creux du rocher (Exode 33)

- d’Élie, de la caverne et du « bruissement ténu » (1 Rois 19)

- de Job, juste (plus que Dieu ?)

- du Cantique des cantiques, de la tendresse et de la caresse (Emmanuel Lévinas)

- de Nicodème (Jean 3), de la voix du souffle quand on ne sait pas d’où vient le vent ni où il va

- de Samedi saint, des soins du corps, de ce qui reste, et du tombeau, enfin vide

- de l’Ascension et de Pentecôte, de l’absence de Dieu qui instituent l’homme et qui font de lui avocat de l’homme, à l’image du Paraclet, « imago Dei », autrement

Une théologie palliative !

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Handicap lourd, situations extrêmes

Les situations extrêmes, – et avec le handicap lourd elles font irruption dans l’intimité de la famille -, font éclater, comme le mot le dit[1], le vivre ensemble, les systèmes des valeurs, les institutions, les compréhensions quelles qu’elles soient.

« La première peur est une gêne, une sorte de pénibilité qui nous est imposée par l’être qui n’est plus dans nos normes habituelles. Cette première peur se fait vite plus accentuée quand nous affrontons les transformations qui suivent son accueil : notre vie éclate, nos projet s’effondrent ; et au-delà de nous, individus, les différentes organisations sociales apparaissent rigides, fermées, hostiles : il faudrait les faire voler en morceaux. En nous, ou autour de nous, l’avènement d’un ‘handicap’ constitue une désorganisation à la fois concrète et sociale. Mais de là nous apercevons une autre désorganisation, bien davantage profonde et douloureuse : celle de nos compréhensions acquises, celle de nos ‘valeurs’ établies. » (Henri-Jacques Stiker ; Corps infirmes et sociétés ; Essais d’anthropologie historique ; Dunod, Paris 2005, p. 3)

Les situations extrêmes font fondre l’épaisseur et l’étendu du temps et de l’espace qui nous permettent de prendre de la distance face à l’inexorable, de re-culer, de ré-fléchir et de re-spirer. Elles aspirent tout, elles rapprochent ce qui, pour survivre et bien vivre, est d’habitude éloigné, séparé, espacé : la vie et la mort, le bien et le mal, le corps et l’âme, même Dieu et Satan comme le livre de Job l’illustre.

« Il y a un temps pour tout », dit Qohélet (Bible ; Premier Testament ; Qohélet, chapitre 3, verset 1).

Dans les situations extrêmes, il n’y a plus de temps pour tout, le temps est suspendu, fondu.

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Miracle et prodige

Il y a miracle et miracle, ce qu’on appelle en allemand « Wunder » et ce qu’on appelle « Mirakel », miracle le premier, prodige le second. D’abord celui-ci :

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Le Paraclet, Dieu avocat, tuteur général des exclus de la Cité

Évangile selon Jean, chapitre 16, verstes 4 à 15

Prédication radiophonique du 3 juin 2007, Institution de Lavigny

« C’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas,le Paraclet, l’Esprit Saint, ne viendra pas à vous ; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. » dit le Christ à ses disciples.

Il est loin, loin de nous, au ciel, auprès du Père, « à sa droite », dit la tradition ; nous avons parcouru sa vie, – à travers les fêtes, de Noël à l’Ascension -, même au-delà, jusqu’à Pentecôte.

Tout est accompli, tout se retrouve en Dieu, au ciel,et nous voici, seuls, sur terre, les uns avec les autres, les uns devant les autres.

Devant moi, vous, cette assemblée bien particulière, résidents, patients, travailleurs, bénévoles et quelques paroissiens de Lavigny et de l’autre côté, devant vos postes de radio, vous, chers auditeurs, chères auditrices.

Devant moi, … Alex, Bernard, Marilyne, Gaëlle, Sylvie, Edmond, Walter … devant moi ces résidents et patients de Lavigny, dont beaucoup ne parlent pas, ou peu, et qui, dans notre monde, dans notre société, sont des « sans voix », des « invalides »,

- quel mot terrible, d’ailleurs, « invalides » -,

« interdits », selon le Code civile suisse, sans voix.

Et nous parlons d’intégration …

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