Sont-ils différents ?

« Maman, qu’est-ce qu’il a, le monsieur ? ».

La question bien connue posée par l’enfant à sa maman devant une personne handicapée suscite souvent une réponse qu’on pourrait aussi qualifier de classique :

« Ne regarde pas, il est différent. »

Sont-ils vraiment différents ? Et si oui, est-ce une différence quantitative ou qualitative, c’est-à-dire une différence de degré de caractéristiques communes à tous les êtres humains ou, les personnes gravement handicapées, polyhandicapées ou avec diagnostic multiple, autistes ou psychotiques, ont-elles des qualités et caractéristiques propres, supplémentaires ou absentes, qui font que leur humanité ou personnalité ne peut plus être reconnue dans ce qui est commun aux humains ?

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Suicide et directives anticipées

Après deux semaines à domicile pour se remettre de sa grève de la faim, Bernard Rappaz, le chanvrier condamné à 5 ans et 8 mois, est de retour en prison. La conseillère d’État valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten ne veut plus se laisser mettre sous pression :

« S’il devait recommencer sa grève de la faim et refuser toute réanimation, je respecterai sa volonté et le laisserait mourir. »

24h heures ; Lausanne 22-24 mai 2010, no. 11

Une telle position est-elle éthiquement tenable pour une représentante de l’État ?

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Spiritualité : âme et liberté

Quand on parle d’esprit et de spiritualité, inévitablement, on est amené à penser à l’âme, qui, déjà par son étymologie, est de la même catégorie.

Le mot « âme » vient de l’indo-européen « ani-, ane- » qui véhicule une idée de souffle[1], « respirer, souffler », « animus » en latin, « atmen, hauchen » en allemand. Il est intéressant de relever que la même racine « an- » comme onomatopée désigne les an-cêtres, « die Ahnen » en allemand, et signifie en soi comme particule démonstratif « là, de l’autre côté », enfin « l’autre ». Nous sommes donc dans le champ de l’altérité, de ce qui anime et de ce qui vit, « l’animal ».

François Vouga et Jean-François Favre dans leur livre « Pâques ou rien »[2] donne une définition intéressante de ce qu’est l’âme.

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L’assistance au suicide et l’objectivisme

Quand on prend une valeur comme la vie comme valeur suprême objective[1], notre question est relativement vite réglée : autant le suicide que l’assistance au suicide sont interdits !

Mais une telle manière de faire peut nous amener dans des nouveaux dilemmes. Que faire, quand la vie et plus encore ses souffrances deviennent inhumaines, insupportables ? Nous pouvons nous retrouver dans la situation dénoncée par les défenseurs d’EXIT, l’acharnement thérapeutique, et, en cas d’échec des soins palliatifs, imposer au patient l’hétéronomie la plus totale, les douleurs, la souffrance morale et la perte de l’autonomie et de son droit à l’autodétermination.

Par contre, quand on prend une autre valeur comme valeur suprême, on pourrait arriver à des conclusions totalement opposées. Si on prenait l’autonomie comme valeur suprême, – ce qui, me semble-t-il, est une tendance dans la bioéthique classique -, il ne serait pas question de nier le droit de chacun, chacune de disposer de sa vie, et, sous certaines conditions (demande répétitive, souffrances, etc.), l’assistance deviendrait un devoir moral.

Devant ces contradictions possibles, un auteur comme Robert Spaemann a essayé d’établir une hiérarchie aussi objective que possible des valeurs à respecter et à suivre[2].

Armin Kressmann 2004

« L’assistance au suicide 9 : l’éthique de la responsabilité

L’assistance au suicide 11 : le communautarisme »


[1] Comme le fait Jonathan Glover par exemple, cf. in Helga Kuhse et Peter Singer, Bioethics, an Anthology, Oxford 1999, p. 194 :

« My aim will be to suggest that the doctrine of sanctity of life is not acceptable, but that there is embedded in it a moral view we should retain.”

[2] Robert Spaemann, Notions fondamentales de morale, Paris 1999

L’assistance au suicide et l’éthique de la responsabilité

Fonder la morale sur la nature, refaire le lien entre la rationalité et la nature des choses, décrire la nature de sorte que les fins apparaissent, déduire le « devoir » de « l’être », fonder les prescriptions dans une philosophie de la nature[1] (l’ontologie, la science de l’être) – projet abandonné depuis David Hume -, c’est ce que Hans Jonas a tenté de refaire, afin de trouver des normes qui cadrent et régulent les sciences et la technique, car, devant les pouvoirs et les enjeux de celles-ci, il s’agit désormais de la survie de l’humanité. Dans la technologie moderne, nous ne pouvons plus estimer les conséquences de notre action, nous avons une responsabilité face aux générations à venir. Ce n’est pas parce qu’un risque n’est pas avéré qu’il ne faut pas prendre des mesures pour l’éviter : le principe de précaution est né[2]. Hans Jonas opte radicalement pour la vie, une éthique de responsabilité pour la vie. Ainsi il met en avant une « éthique de responsabilité » face à ceux qui défendent une pure « éthique de conviction », distinction faite depuis Max Weber (« Verantwortungsethik » versus « Gesinnungsethik » [3]). En défendant d’un côté la vie et en se souciant de l’autre côté des conséquences de notre action et par là de l’avenir de l’humanité, H. Jonas est fidèle à l’une et à l’autre, selon la position tenue par M. Weber, qui dit :

« L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique … »[4].

Comme impératif nouveau adapté au nouveau type de l’agir humain, il dit :

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre »[5] ou « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir. »[6]

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