Éducation et spiritualité 1 : saisir l’espace-temps

Premier article d’une série sur l’éducation et la spiritualité

Pour analyser l’impact de la spiritualité dans le domaine de l’éducation, nous partons de la courbe de la vulnérabilité de la personne humaine par rapport son âge (point de départ est le nombre des hospitalisations causé par la grippe saisonnière). Cette courbe nous ouvre un espace-temps, le temps déployé sur l’abscisse (axe x), l’espace sur l’ordonnée (axe y). Ce dernier est à travers la vulnérabilité caractérisé par le corps, ce qui est corporel (le « bio », mais aussi le « socio », dans un modèle bio-psycho-social). La vulnérabilité, – qu’on pourrait aussi qualifier d’entropie à échelle humaine -, est grande au début de la vie, puis diminue avec l’âge, pour remonter de nouveau et se manifester davantage dans la deuxième partie de la vie.

Le cadre de l’espace de la vie, – au fond l’espace-temps -, est dans le temps définit par la naissance et par la mort, dans l’espace (le corporel) par la frontière entre immanence et transcendance, la limite entre être et non-être, être ou « être autre(ment) », être corps ou ne plus être corps. Ces frontières sont les limites de la finitude individuelle ; au-delà il n’y a rien, ou infinitude. Cette dernière est le T, pour « Transcendance », dans la conception d’une spiritualité composée de plusieurs sphères ou dimensions, souvent quatre (STIV) ou six (STIV-AR).

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Spiritualité et spiritualités : « spiritualités croyantes »

Les « spiritualités croyantes »[1] reconnaissent un « au-delà », s’inscrivent dans une tradition et une culture[2], reçoivent quelque chose qui est donné et qui vient d’ailleurs. Elles pensent la spiritualité à partir d’une histoire, voire d’une « révélation »[3]. Si celles-ci sont rattachées à un absolu qu’on appelle ou qu’on peut appeler Dieu, ces spiritualités sont religieuses, et la pensée qui les pense s’appelle théologie. Autrui est un autre. La transcendance se manifeste dans l’immanence ; c’est elle, la transcendance, qui transcende la condition humaine.

Le principe d’accompagnement qui les guide est la bienfaisance, son fondement le paternalisme[4]. En matière morale et spirituelle, on fait comme les « pères » ont fait.

Armin Kressmann, Rapport « La spiritualité et les institutions », CEDIS 2008


[1] Avec des auteurs comme Hans Urs von Balthasar, Paul Tillich, Alasdair McIntyre ou Stanley Hauerwas, qui nous intéressent dans notre contexte.

[2] La laïcité a évidemment aussi une histoire et fait partie d’une culture ; mais pour la pensée autonome, en principe, on peut en faire abstraction et faire comme si on partait à zéro. Dans ce sens, ce type de spiritualité qui mise sur l’autonomie quasi absolue du sujet pensant est quasiment anhistorique.

[3] En écho à la note précédente, je dirais que toute spiritualité a une dimension de foi, mais sans tout de suite parler de foi en Dieu. Quelque part spiritualité n’est jamais « raisonnable ».

[4] Sans jugement de valeur ! Ne pensons qu’au paternalisme médical remontant au Sermon d’Hippocrate.

« Spiritualité et spiritualités  12 : « spiritualités laïques »

Spiritualité et spiritualités 14 : « principlisme » – bioéthique »