La spiritualité : l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe

Dans une série d’articles j’ai approfondi le modèle bio-psycho-social de l’être humain proposé pour remplacer le modèle bio-médical en médecine par George L. Engel. J’ai montré que s’impose une quatrième dimension, la spirituelle, sous deux formes :

1. justement comme quatrième dimension, ce qui nous mène vers une modèle spirito-bio-psycho-social ou bio-psycho-socio-spirituel,

2. comme méta-réalité, le spirituel englobant les autres aspects et les tenant ensemble. En ce deuxième cas la quatrième dimension serait davantage constituée par le souci religieux de l’être humain, sa quête de rassembler l’ensemble de ses expériences de vie (Emile Benveniste) et de le relier à un ultime.

Par ces considérations j’arrive maintenant à une vision plus globale de la spiritualité, celle d’enveloppe. Ce concept est bien connu en psychologie, sous le terme « enveloppe psychique » ou le « moi-peau » (Didier Anzieu). La construction de l’enveloppe psychique se fait par l’intériorisation de la fonction contenante de la mère ou de la fonction maternelle (« fonction alpha »).

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Situations extrêmes, soins palliatifs, accompagnement spirituel : quand le père est censé être mère

Aux frontières de la vie, en son début et vers sa fin, en situation extrême, repliés sur nous-mêmes, par la maladie, la souffrance, le handicap sévère, nous sommes terriblement seuls. Aucune logique ne peut consoler celui qui souffre ; nu, les cris et les soupirs, les angoisses et les effrois, les regards et les silences n’appellent qu’une chose, une chose qui n’est pas une chose :

la mère,

celle dont il fallait ou il faudra se séparer un jour, dont il faut, il faudrait au moins, s’émanciper pour devenir ce que nous appelons « soi-même ».Soi-même, qui es-tu quand tu n’es plus toi-même, qui es-tu quand tu n’as jamais pu devenir toi-même ? En situation extrême, les cris et les soupirs, si ce n’est pas le mal et les douleurs qu’ils expriment, c’est  l’appel à la mère, en situation de handicap extrême, souvent, par la force des choses, la mère absente. En situation de handicap, si présente la mère est, on lui reproche d’être trop présente, « fusionnelle », si absente elle est, parce qu’elle ne supporte plus les cris de son enfant, et ses souffrances, on l’accuse d’abandon. Quel choix la mère a-t-elle, quand son enfant n’est pas lui-même, ne peut pas devenir un soi-même ? L’enfant crie, et la maman répond, jusqu’à ce qu’elle ne peut plus répondre, jusqu’à ce qu’elle n’en peut plus.

Un jour, quand l’enfant crie, cet enfant qui est encore un enfant ou qui n’est plus un enfant, un jour, c’est le père, s’il est encore là, avec la maman et son enfant, qui doit, qui devrait répondre.

Un jour, quand l’enfant fait appel au mythos[1], c’est le logos qui répond.

Mais logos n’est logos que pour celui qui comprend ce qu’est le mythos, présence de l’autre quand l’autre est absent, parole, quand les mots n’expliquent rien, sens devant et dans le non-sens, une logique d’un autre ordre, une logique quand on dit : « Ce n’est pas logique », cette logique qui fait que la logique n’est pas seulement logique, mais fait du sens : l’esprit, au-delà des lettres et des mots. Continue reading

J’entends des choses que je ne comprends pas

ou « Tu sais que mes parents sont morts ? »

7ème article de la série On m’appelle handicapé

J’entends des choses que je ne comprends pas.

Par contre, il y a une chose que je comprends et que j’ai toujours avec moi, en tout cas je le ressens : ce sont mes peurs, peur de disparition, peur d’éclatement et de morcellement, de dilution et de mort. La mort est omniprésente chez nous, réelle ou imaginaire, et nous, les résidents en parlons tous les jour, même si cela dérange les accompagnants. J’ai une camarade qui, avant d’entamer un échange quelconque, quasiment pour dire bonjour et mettre en place la relation, nous demande toujours :

« Tu sais que mes parents sont morts ? ».

Il faut quittancer ce constat, réalité ultime, avant d’entrer en dialogue avec elle.

C’est vrai, quand un parent meurt, pour nous ce n’est pas seulement notre passé qui disparaît, mais aussi notre avenir, nous-mêmes déjà un peu. Parce que notre avenir, notre filiation, ne peut se réaliser qu’à travers notre famille. Nous-mêmes, nous sommes « stériles », « stérilisés », neutralisés, si ce n’est pas biologiquement, au moins socialement. Nous sommes « interdits ». Après nous, pas de suite ; et vous le trouvez normal. Pour nous par contre, c’est une désolation et une angoisse ; pour vous, c’est normal.

Est-ce tellement impensable que nous puissions aussi nous mettre en couple et fonder une famille, que nous ayons aussi des enfants? Avoir un avenir, au-delà de la mort ? Pourquoi cela vous choque tellement ? Avec nous, la filiation est dans une impasse, et tout le monde, nos parents d’abord, nous le font ressentir. Pour vous c’est une évidence et vous ne pouvez pas vous imaginer que nous couchions ensemble ; cela vous dégoûte même.

Impasse de vie, c’est ainsi qu’on pourrait aussi définir le handicap.

Armin Kressmann 2011, On m’appelle handicapé 7

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Handicap lourd, situations extrêmes

Les situations extrêmes, – et avec le handicap lourd elles font irruption dans l’intimité de la famille -, font éclater, comme le mot le dit[1], le vivre ensemble, les systèmes des valeurs, les institutions, les compréhensions quelles qu’elles soient.

« La première peur est une gêne, une sorte de pénibilité qui nous est imposée par l’être qui n’est plus dans nos normes habituelles. Cette première peur se fait vite plus accentuée quand nous affrontons les transformations qui suivent son accueil : notre vie éclate, nos projet s’effondrent ; et au-delà de nous, individus, les différentes organisations sociales apparaissent rigides, fermées, hostiles : il faudrait les faire voler en morceaux. En nous, ou autour de nous, l’avènement d’un ‘handicap’ constitue une désorganisation à la fois concrète et sociale. Mais de là nous apercevons une autre désorganisation, bien davantage profonde et douloureuse : celle de nos compréhensions acquises, celle de nos ‘valeurs’ établies. » (Henri-Jacques Stiker ; Corps infirmes et sociétés ; Essais d’anthropologie historique ; Dunod, Paris 2005, p. 3)

Les situations extrêmes font fondre l’épaisseur et l’étendu du temps et de l’espace qui nous permettent de prendre de la distance face à l’inexorable, de re-culer, de ré-fléchir et de re-spirer. Elles aspirent tout, elles rapprochent ce qui, pour survivre et bien vivre, est d’habitude éloigné, séparé, espacé : la vie et la mort, le bien et le mal, le corps et l’âme, même Dieu et Satan comme le livre de Job l’illustre.

« Il y a un temps pour tout », dit Qohélet (Bible ; Premier Testament ; Qohélet, chapitre 3, verset 1).

Dans les situations extrêmes, il n’y a plus de temps pour tout, le temps est suspendu, fondu.

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Soins et éducation : quand je suis mal en tant qu’intervenant

Être soignant ou éducateur est exigeant. Combien de fois on est mal pris, impuissant, angoissé, agressé, dépassé, agacé ? Il faut vivre et travailler avec ces émotions qui remontent en l’une ou l’autre situation, celles-ci parfois extrêmes, – et c’est la raison pour laquelle on a besoin de professionnels. Soyons conscients de ce qui se passe et de ce qui nous arrive, souvent contre gré. Essayons de reprendre distance, dans une culture de dialogue, entre collègues, en analyse de pratique, en supervision, par la formation, pour ne pas renvoyer à autrui et surtout à ceux et celles qui nous sont confiés ce qui nous appartient, en tant que soignants, médecins, thérapeutes ou accompagnants, afin qu’aussi ne soient pas trahies nos valeurs et notre dignité.

Dans les quatre champs des valeurs positives que nous avons dégagés nous guettent aussi des émotions et des sentiments négatifs et contreproductifs, sources potentielles d’abus et de maltraitances.

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Armin Kressmann 2009

« Soins et éducation 9 : les valeurs derrière les quatre approches fondamentales

Soins et éducation 11 : notre vision du patient ou du résident »