« Handicap mental » – Définition

« L’appellation « handicap mental » est passée dans le vocabulaire associatif, puis législatif (France, AK), désignant des personnes qui présentent des difficultés d’apprentissage et, d’une façon plus générale, cognitifs, souvent d’origine génétique, par accident néo-natal ou péri natal. » (Claude Hamonet ; Les personnes handicapées ; puf, Paris 2006, p. 20)

Le terme « mental » comporte la racine indo-européenne men- qui « indique les mouvements de l’esprit » (Dictionnaire des racines des langues européennes ; Larousse, Paris 1949, p. 123)  et qui est à l’origine d’un grand nombre de mots dans plusieurs langues. En sanskrit manyate veut dire « il pense ».

En grec menô veut dire « désirer », menos, c’est « l’esprit » (à distinguer de pneuma), memnêmai, « se souvenir », mnêmê, « la mémoire » et mnêmeion « le monument ».

En latin mens est « la pensée et l’esprit«  (à distinguer de spiritus et animus), amens et demens « qui a perdu l’esprit » et monere « faire penser, avertir ».

En français, à part « mental » on trouve, entre autres, aussi « manie, mentir, commentaire, démence, monument, mémoire, montrer … et monstre ».

Le Code civil suisse, qui parle de « faibles d’esprit » reprend donc littéralement le terme d’amentes dont Descartes a parlé dans une de ces Méditations.

Du gotique man, « je pense », peut-être mennisc, « homme » (être pensant) dérivent en anglais mind, « esprit » et man, « homme », en allemand, meinen, « penser » et Mann et Mensch, le « mâle » et « l’homme », voire la Minne, l’amour.

Que la pensée fasse l’homme est donc profondément ancré dans notre pensée et, en conséquence, aussi le doute que les personnes touchées par le handicap mental soient humains. La langue française opte pour l’humanité, parce que tous nous sommes enracinés dans l’humus, indépendamment de notre pensée ou notre esprit. Pour elle, l’humanité nous précède, contre Descartes.

Armin Kressmann 2010

Une institution sans clown est comme un roi sans fou

« Das Wort ‚Clown’ stammt aus dem Lateinischen. ‚Colonius’ bedeutet ‚Der Landbewohner’. Gemeint ist also der Tölpel vom Lande, der die neuen Regeln, die eine städtische Gesellschaft entwickelt, niemals begreifen kann. Der Clown ist in der Stadt hilflos, wie das Herz hilflos den Konstruktionen des Verstandes gegenübersteht. »

Johannes Gall

L’idiot et le clown sont des parents.

Ils sont différents, simples, particuliers,

comme leur nom le dit.

Ils défient la raison,

la raison des gens raisonnables,

leurs normes et leurs règles, leurs coutumes et leurs institutions.

Ils dévoilent l’irrationalité de leur raison,

ils sont fous,

« amentes »,

fous d’une autre raison,

celle du cœur,

disait ma grand-mère.

Une institution sans clown est comme un roi sans fou,

« totalitaire », disait Erving Goffman.

« Der eigene Clown spielt im Herzen eines jeden Menschen und wird, leider viel zu selten und oft nur in tiefen Lebenskrisen, um Hilfe angerufen. Er hat die unschätzbare Fähigkeit, durch eine spontane Bewegung den Blickwinkel auf ein peinigendes Lebensproblem so zu verändern, dass es wie ein göttlicher Witz erscheint. »

Johannes Galli

Armin Kressmann 2009

« Mais quoi ? ce sont des fous … » Raison ou déraison de la raison de la folie

« Mais quoi ? ce sont des fous … » … « sed amentes sunt isti » … « ce sont des fous … »

Cette phrase est de René Descartes, tirée de ses Méditations, publiées à Paris en 1641 en latin, et en 1647 en français, sous le titre :

« Les Méditations métaphysiques de René Descartes touchant la première philosophie, dans lesquelles l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées. »

Pas seulement l’œuvre dans son ensemble, mais aussi la petite phrase a fait histoire ; elle a provoqué, plus que trois cents ans plus tard, dans les années soixante-septante du siècle passé, ce qu’on appelle « La querelle sur la folie », dispute vive entre deux autres grands philosophes, Michel Foucault et Jacques Derrida.

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Handicap, raison, déraison, folie et foi – Une petite anthologie

La formation d’idées est une fonction universelle des entendements humains, qu’il s’agisse de personnes dites normalement constituées, de malades ou de handicapés mentaux ; chacun à sa manière, en fonction de ses propres limites et des limites du monde qui l’environne, produit des idées d’ordre abstrait.[1]

Il est aisé à voir combien l’esprit humain est téméraire et dangereux, même s’il est vif et vigoureux (…). C’est miracle de trouver un grand et vif esprit bien réglé et modéré (…). La sagesse et la folie sont fort voisines. Il n’y qu’un demi-tour de l’une à l’autre : cela se voit aux actions des hommes insensés. La philosophie nous apprend que la mélancolie est propre à tous les deux. De quoi se fait la subtile folie que de la plus subtile sagesse ? C’est pourquoi, dit Aristote, il n’y a point de grand esprit sans quelque mélange de folie …[2]

… il se rencontre peut-être beaucoup d’autres (choses), desquelles on ne peut pas raisonnablement douter (…) : par exemple, que je sois ici, assis près du feu, vêtu d’une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains, et autres choses de cette nature. Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi ? si ce n’est peut-être que je me compare à ces insensés (nescio quibus insanis, à je ne sais quels fous), de qui le cerveau est tellement troublé et offusqués par les noirs vapeurs de la bile, qu’ils assurent constamment qu’ils sont des rois, lorsqu’ils sont très pauvres ; qu’ils sont vêtus d’or et de pourpre, lorsqu’ils sont tout nus ; ou s’imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre. Mais quoi ? ce sont des fous (sed amentes sunt isti), et je ne serais moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples.[3]

En 1961, Foucault avait cru pouvoir trouver dans ces quelques lignes de la Première Méditation le témoignage d’un tournant historique dans l’appréhension et dans le traitement pratique de la folie. Au cours des siècles précédents, le fou avait conservé sa place dans la Cité, ou du moins dans le village, cette place étant associée à la représentation commune, mais aussi lettrée, d’une certaine proximité entre folie et sagesse … Cette certitude de n’être pas fou, qui manquait encore à Montaigne, « Descartes, maintenant, l’a acquise, et s’y tient solidement : la folie ne peut plus le concerner ».[4]

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