Fêtes chrétiennes et condition humaine (ou handicapée) – Pour une déontologie du spirituel

Dans la pratique éducative, dans l’accompagnement et dans la formation des personnes accueillies en institution, même dans le religieux sont d’abord à relever sa dimension et sa fonction pédagogiques (ou éducatives) et philosophiques (ou théologiques), avant son aspect proprement religieux, c’est-à-dire la célébration en actes et en paroles d’une réalité reconnue comme absolue et ultime (par ailleurs, parler de Dieu est justement refuser de reconnaître une réalité autre qu’absolue comme absolue et ultime). Je défends donc en tant qu’aumônier une pratique religieuse contrôlée et consciemment réfléchie, d’abord et aussi pour des raisons pédagogiques et éducatives. Les fêtes chrétiennes nous offrent une pratique dans une telle perspective, la structuration dans le temps, l’espace et l’esprit des questions ultimes issues de la confrontation avec la vie et la mort, le bonheur, le malheur et la souffrance, la justice, l’injustice, les conflits et la paix, l’origine et l’au-delà, finalement des pistes pour scruter le sens de la vie.

Tableau des fêtes chrétiennes, leur sens biblique, leur signification et leur fonction pédagogique et socio-éducative (fichier .pdf)

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Communiquer avec le handicap mental – « Retourner la perspective » (Ludwig Wittgenstein)

Dans mon dernier article, Handicap mental – Apprendre une autre langue pour communiquer avec lui, j’ai posé une hypothèse fondamentale :

 « Si nous n’arrivons pas à suspendre tout ce que nous croyons savoir sur le handicap mental dans ses formes multiples, nous n’y comprendrons jamais rien. »

Il faut que je l’approfondisse ; je le fais avec Wittgenstein et son concept de « jeu de langage ».

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Institutions sociales : « Management de qualité » et « Concept d’accompagnement »

Suite à une formation sur le « management de qualité » je me suis penché sur la question :

Comment s’articule tout ce qui est « qualité », l’organisation d’une institution selon la formatrice, ses processus et ses procédures, avec le « concept d’accompagnement » ? Des deux, qu’est-ce qui dicte l’action auprès des résidents ?

Tout le monde me dira : c’est évident, auprès du résident, c’est le concept qui prime.

Mais en réalité, ce n’est pas si simple.

Que distingue la « qualité » du « concept » ?

Dans la tradition, la première s’appelle « dogmatique », l’enseignement, les doctrines, le deuxième « éthique » ou « morale », l’art de diriger l’action.

La relation des deux peut prendre plusieurs formes :

1. L’éthique est l’application de la dogmatique, la dogmatique est le fondement de l’éthique.
2. L’éthique est une partie de la dogmatique.
3. L’éthique remplace la dogmatique.
4. L’éthique comme critique de la dogmatique.
5. La dogmatique comme éthique.

Dogmatique ou éthique, laquelle des deux est la discipline fondatrice, et vers quoi tendent-elles ? Quand on parle, comme dans le management de qualité, d’amélioration, de progression et de plus-value, qu’est le « bien » auquel celles-ci aspirent ? Le « bien » ou le « juste » comme finalité ? Quel est le sens de notre action, sa motivation, sa raison d’être et son orientation ? Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons et non pas autre chose ? Ou rien ? Et quel est le texte fondateur de l’ensemble ? La charte de l’institution, tel que prétendu ?

Aussi longtemps que ces questions n’ont pas été clarifiées au sein d’une institution, ce sera toujours la dogmatique, donc le management de qualité, qui l’emportera sur l’éthique, c’est-à-dire l’organisation sur la réflexion qui devrait accompagner l’action (fléchir et réfléchir, donc une pratique réflexive).

En conséquence : étant acteurs institutionnels, nous sommes toujours exposés au risque de confondre le bien, ce qui est bien pour les résidents (la mission), avec le bon fonctionnement de l’institution.

Armin Kressmann 2011


Institutions sociales, leurs doctrines, dogmes et leur dogmatique – Définitions

Suite à une formation sur le « management de qualité », je me suis posé la question suivante :

Dans quelle mesure cette approche aujourd’hui reconnue et généralement répandue correspond à ce que les Églises appellent « doctrines, dogmes et dogmatique », donc l’ensemble de leur enseignement ?

La question est intéressante au moment où on cherche l’articulation avec l’éthique, donc finalement l’action concrète, ce que les institutions sociales appellent « concept d’accompagnement ». Je la soumets à discussion sur le nouveau site « IL-Consultance ».

Doctrine, allemand « Lehre »

« Sens primitif : enseignement.

Ce qu’on enseigne ; et, par généralisation, ce qu’on affirme être vrai … : ce terme impliquant toujours l’idée d’un corps de vérités organisées, solidaires, et même le plus souvent liées à l’action. » (André Lalande ; Vocabulaire technique et critique de la philosophie ; puf, Paris 1985, p. 244)

Dogmatique : corps de dogmes  ; la discipline qui élabore et présente d’une manière globale et contraignante l’ensemble de l’enseignement d’une Église ou d’une communauté ecclésiale

Dogme, paraphrasant Lalande en mettant « institution » là où il parle d’Église :

« Doctrine reconnue et établie par l’autorité d’une institution … et à laquelle les membres de cette institution sont tenus d’adhérer. » (Lalande, p. 246)

Armin Kressmann 2011


Comment sans choix être autonome ?

5ème article de la série On m’appelle handicapé

Je vous propose donc de me prendre comme je suis, un être humain et une personne comme vous. Ma vie n’a pas plus ni moins de valeur que la vôtre. Je suis un être humain et une personne comme vous. Prenez-moi comme je suis. Je dois aussi vous prendre comme vous êtes ; moi-même dans ma situation, dans la dépendance qui est la mienne, je n’ai pas le choix et beaucoup moins de moyens et de possibilités à me soustraire à ceux et celles qui sont là et qui s’occupent de moi, qui entrent dans ma chambre, qui me soignent, font ma toilette, me douche et m’habillent, et qui me nourrissent. On ne me demande pas si toutes ces personnes qui passent, qui viennent et qui partent me plaisent et me conviennent. Il y en a qui sont gentilles, d’autres sont rudes. C’est l’institution qui les choisit, qui décide pour moi, ni ma famille ni mon tuteur ; ces derniers, à ce sujet, n’ont rien à dire et quand ils s’en expriment, ils prennent le risque d’être mal vus. Vous voyez, nous les « fous » et les « monstres » sommes très tolérants et supportons des choses que vous n’accepteriez pas. Pour nous, pas de libre choix des intervenants, ni de chambre, ni du menu du jour, ni de l’heure du coucher ou du lever. Alors, quand nous nous défendons à notre manière, par des cris, des comportements dits inadéquats, des réactions fortes, physiques ou psychiques, essayez de comprendre ce que nous voulons dire.

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