Jean 12,27 et Matthieu 27, 51-54 ; note exégétique : Dieu troublé

“ Maintenant mon âme est troublée, et que dirai–je ? Père, sauve–moi de cette heure ? Mais c’est précisément pour cette heure que je suis venu.” (évangile selon Jean, chapitre 12, verset 27 ; Traduction œcuménique de la bible)

Quelle est la limite de l’acceptation de l’être tel qu’il est, l’acceptation de l’état des faits dans le sens wittgensteinien (« Tatsachen ») ? La souffrance, la violence et l’angoisse, je l’ai discuté dans un article antérieur. Comment les dépasser ? Continue reading

Éthique et aumônerie évangélique réformée

L’éthique est l’enjeu principal d’une théologie réformée et le lieu de ce que les Églises évangéliques réformées proclament et défendent devient manifeste et visible. Sur ce point je rejoins Pierre Glardon et Eric Fuchs, tel que je les ai compris à travers leur livre « Turbulences – Les Réformés en crise », tout en m’opposant à leur argumentaire.

Comment se positionner donc en tant qu’aumônier (réformé) dans l’univers institutionnel et comment dire ce qu’il a à dire, ce qui s’appelle « l’Évangile »[1] ? Continue reading

Charly reprend : Dieu et la mort

La parole d’une femme dite « handicapée mentale » fait ré-fléchir Charly :

« C’est vrai, Dieu n’existe pas ; il est (Exode 3,14). De quoi pourrait-il sortir, ex-ister ?

La mort n’existe pas non plus ; elle est ne pas être.

Ne pas être angoisse l’homme. L’échappatoire est l’existence, sortir du non-être ; ou être en Dieu.

Cependant, dire que la mort n’est pas, est-ce que cela ne la fait pas exister ? 

Et Dieu, devant la même question ? Existerait-il parce il est dit, et quelqu’un a dû le dire, qu’il est ? Lui-même ? Serait-ce donc sa parole qui le ferait exister, sortir de ce qu’il est ?

« Au commencement était le Verbe. » (Jean 1,1) Non pas au commencement de Dieu, mais de son existence ?

Dieu est, mais il n’est pas l’être ; il ne se laisse pas réduire à l’être.

Et il ne s’oppose pas à la mort comme non-être, parce il serait en face de la mort, posé devant elle ; il est au-delà. Dieu et la mort ne seraient donc pas des ennemis qui s’affrontent, la mort pour lui rien que vanité : non-être. Non-être n’est pas face à l’être, sinon il serait, le non-être.

La mort, ennemi de l’existence, notre ennemi, parce nous existons ? C’est l’homme qui existe et qui est menacé dans son existence par la mort et qui doit se battre contre elle. Dieu n’aurait en conséquence pas besoin de combattre la mort ; mais il le ferait pour l’homme ? Il l’a fait, croyons-nous, en Jésus Christ. En lui, il entre dans l’existence et s’expose ainsi à la mort. Dieu qui suspend Dieu ? Dieu de ceux et celles qui existent, Dieu qui existe pour qu’eux ils puissent exister. »

Pâques : la main du creux de la main

Vous voulez voir Pâques? Vous voulez voir Dieu ?

Au-delà des œufs et des lapins en chocolat, des vacances scolaires et des quelques jours de congé, du printemps qui se manifeste, des jonquilles, des buissons et des arbres qui fleurissent et bourgeonnent ? Pâques chrétiennes ? Vous voulez vraiment savoir ce qui se cache derrière cette fête, telle que les chrétiens la conçoivent et la vivent ? Alors, vous devez vous tourner vers ce qui fait mal, la maladie et la souffrance, les injustices et les violences, la pauvreté et le dénuement. C’est là où se cache Pâques, portant sa croix et manifeste sur la croix, dans les troubles et les angoisses de la vie. Pâques, c’est avoir le courage de se tourner vers ceux qui affrontent la mort, ceux qu’on aime et qu’on voit partir ; si l’on ose regarder, comme les femmes, de loin. Les douze, ceux que nous croyions proches et que nous appelons disciples, les amis, l’ont déjà trahi, vendu, lui ont tourné le dos. Et même celui que nous appelons Dieu se tait. A Pâques s’installe le silence. Pâques, c’est faire le deuil de ce qui nous est cher, le plus cher, l’enterrer, puis attendre. Trois jours, c’est long, c’est une éternité. A Pâques s’ouvre le ciel, le voile qui sépare le sacré du profane se déchire et le jour se fait nuit. A Pâques nous perdons tous les repères, tous. C’est comme ça, pour celui qui envisage la mort.

Vous renoncez à voir Pâques ? Vous renoncez à voir Dieu ?

Alors là, vous êtes invités à revisiter les derniers lieu de la souffrance, à faire un pas de plus sur votre chemin de deuil. D’abord vous verrez, peut-être, qu’il n’y rien à voir. Le tombeau est vide ; ce ou celui que vous aviez enterré a disparu. Vous prenez peur ; que se passe-t-il ? Jusqu’à ce que vous tombez sur quelqu’un qui vous attend, dehors, et vous accompagne, vous explique, vous fait comprendre que ce vide qui vous angoisse peut se transformer en un lieu de naissance, de nouvelle naissance, non pas de ce ou de celui qui a disparu, mais de vous-même. Le tombeau peut se transformer en matrice. Pas de vide sans enveloppe, pas de creux sans ce qui porte en lui le creux, la main du creux de la main. Nous l’appelons ange, celui ou celle qui vous fait découvrir cette nouvelle réalité, messager d’une bonne nouvelle, d’une grande nouvelle, et le message, nous l’appelons résurrection. Les chrétiens disent que celui qui est mort sur la croix est ressuscité, présent, vivant, autrement. Pâques est la victoire de la vie sur la mort. Mais pour comprendre cela il faut attendre la Pentecôte, l’Esprit qui nous l’expliquera. Dans nos deuils, il ne faut pas brûler les étapes.

Bonnes Pâques, ces Pâques qui ne sont pas toujours joyeuses.

Armin Kressmann 2012