« Au fond, tout au fond de nous-mêmes habite l’âme.
Personne ne l’a jamais vue,
mais tout le monde sait qu’elle existe.
Et tout le monde sait aussi ce qu’il y a en elle.
Dans l’âme,
dans son centre,
est un oiseau,
debout, sur une seule jambe.
L’oiseau de l’âme.
L’oiseau de l’âme sent tout,
tout ce que nous sentons nous …
Category Archives: Art est spiritualité
Le miracle : éthique, esthétique … et religion ; « Wunder und Glaube », Walter Schmithals
Éthique et esthétique, disais-je, avec Wittgenstein, à la fin de mon dernier article sur les miracles, dans ma lecture du petit livre « Wunder und Glaube » de Walter Schmithals, comme pistes pour répondre à la question de la compréhension du sens des miracles dans notre système de pensée scientifique moderne. Éthique et esthétique comme réalités transcendantales, d’une autre sphère que le scientifique, de la sphère spirituelle. Éthique et esthétique comme possibilité de rendre manifeste, donc sensuelle, visible, tangible, audible, la spiritualité, – l’e(E)sprit ou l’(e)Esprit -, autrement inaccessible en soi, notamment par la raison, donc les sciences. S’ajoute le religieux, ou plutôt l’e(E)sprit ou l(e)Esprit du religieux, – donc Dieu, et non pas dieu.
Comment cela ?
Et comment sont articulés (art, rite, art-iculation) les trois, l’éthique, l’esthétique et le religieux ainsi compris ?
Par ce que dit le miracle !
Livio Seguso ; Europäisches Glasmuseum Rödental
L’artiste lui-même dit :
« Glas ist für mich das geeignete Material, um die innersten Gefühle der menschlichen Seele auszudrücken, ihre Mehrdeutigkeit. In seiner Transparenz lässt es Bilder erahnen, die auftauchen, wieder verschwinden und sich verändern. »
Je traduis :
« Le verre est pour moi le matériaux idéal pour exprimer les sentiments les plus intimes de l’âme humaine, ses ambivalences. Le verre, dans sa transparence, évoque des images qui surgissent, se transforment et disparaissent de nouveau. »
Eurpäisches Museum für Modernes Glas
Armin Kressmann 2010
Spiritualité et spiritualités : spiritualité, religion et philosophie
Foi, pratique et pensée, – spiritualité, religion et sagesse -, autrefois, jusqu’au milieu du dernier siècle, pour la grande majorité de la population, appartenaient à la même sphère, celle de la vie où le privé et le public, la famille, la communauté locale, l’Eglise et l’Etat, suivaient un même régime, fondé sur les mêmes principes et régi par les mêmes règles. Il n’y avait qu’une sphère globale, par rapport à laquelle les autres sphères ne se définissaient que comme sous-sphères. Depuis, ce système cohérent a éclaté, et l’individu se trouve aujourd’hui dans une multitude de sphères ou de sous-systèmes juxtaposés, en fonction de ses besoins, de ses activités et de son parcours personnel, et cela sur les deux axes, l’espace, comme espace social, et le temps, l’histoire de vie. Ce constat est devenu banal.
Là, où pour notre sujet il y a un intérêt particulier, c’est dans le renversement des rapports de force qui accompagne ce processus.
Autrefois, la religion se trouvait tout en haut du système, dominait les autres dimensions et englobait l’ensemble. Le terme « spiritualité » n’avait de pertinence qu’à l’intérieur du religieux, et cela d’une manière spécifique et quelque peu secondaire.
Vulnérabilité et capabilité : caresse et tendresse, pour une approche ludique de l’autre (Lévinas)
Dans les soins palliatifs comme dans l’accompagnement de personnes en situation de handicap extrême, notamment polyhandicap, le rapport au patient ou au résident doit être guidé par la tendresse, un jeu de propositions et contre-propositions, finalement érotique, mais, évidemment, sans être sexué. Ce sera un jeu qui sera guidé non pas par les soins et les accompagnants, mais par le patient ou le résident lui-même. Il s’agira de suivre son rythme, de répondre à ses demandes et à ses besoins, sans objectifs autres que le moment présent. Passivité, dans le sens de lâcher prise (« Loslassen und Gelassenheit »), réceptivité, compassion et empathie, recevoir les moments de grâce qu’on ne peut pas prévoir, se verra ce qui ne se voit pas, on entendra ce qu’on entend pas, on touchera à ce qui ne se laisse pas saisir, se dévoilera ce qui est couvert, sous le « pallium », la couverture des soins palliatifs :
L’amour n’est pas une possibilité, il n’est pas dû à notre initiative, il est sans raison, il nous envahit et nous blesse et cependant le je survit en lui.
… la place exceptionnelle du féminin, et … l’absence de toute fusion dans l’érotique.
La caresse est un mode d’être du sujet, où le sujet dans le contact d’un autre va au-delà de ce contact … ce qui est caressé n’est pas touché à proprement parlé.
Cette recherche de la caresse en constitue l’essence par le fait que la caresse ne sait pas ce qu’elle cherche. Ce « ne pas savoir », ce désordonné fondamental en est l’essentiel. Elle est comme un jeu avec quelque chose qui se dérobe … avec quelque chose d’autre, toujours inaccessible, toujours à venir. La caresse est l’attente de cet avenir pur, sans contenu. Elle est faite de cet accroissement de faim … ouvrant des perspectives nouvelles sur l’insaisissable.
Elle s’alimente de faims innombrables.
(Emmanuel Lévinas, Le temps et l’autre)
Cette fois-ci, les soins et la sollicitude l’emporteront sur l’éducation.
Dans la dureté des moments se dévoilera ce qui ne se laisse pas voir, ce qui ne se laisse pas toucher, ni saisir, ni maîtriser … encore une fois, ce n’est que l’art qui sera à sa hauteur, le sacré et parfois aussi le profane :
Armin Kressmann 2009
« Vulnérabilité et capabilité 10 : transcendance, esprit, spiritualité, art et rite
