Comme nous l’avons vu dans notre dernier article sur l’éducation et la spiritualité, « Prendre soin et mobiliser les ressources », l’accompagnement socio-éducatif, tout particulièrement de personnes en situation de handicap grave, voire extrême, demande une attention des deux côtés, du côté des soins et de celui de l’éducatif. Maintenant, nous devons différencier les approches davantage :
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11.1 Soigner ou éduquer ?
Significations du handicap mental : 11.1 Soigner ou éduquer ?
Soins, éducation, formation et enseignement ne se laissent pas séparer. Autrefois tenus ensemble au sein de chaque corps de métier, – « le pasteur, le médecin et l’instituteur » -, et s’inscrivant dans une vision du monde plus ou moins homogène commune, – « le village, son église et son école » -, ils constituent aujourd’hui des sphères bien distinctes, auxquelles se sont ajoutées et s’ajoutent par une spécialisation de plus en plus fine continuellement d’autres sphères et professions. Celles-ci, par le fait que l’être humain avec ses besoins et ses facultés reste profondément le même, doivent cependant non seulement collaborer en se juxtaposant, mais toujours s’inscrire dans une vision commune. Ceci est vital pour le handicap sévère et lourd, avec des personnes qui expriment tout à travers le corps et dans des secteurs où les équipes doivent être mixtes, composées d’éducateurs et de soignants collaborant étroitement avec d’autres métiers, notamment des thérapeutes.
Éducation et spiritualité 2 : prendre soin et mobiliser les ressources
La courbe de la vulnérabilité sépare l’espace-temps en deux : sous la courbe nous avons la vulnérabilité, en dessus ce que nous appelons suite à Amartya Sen la « capabilité », l’ensemble des capacités d’un individu. La « capabilité » résume donc les facultés (réelles et potentielles) d’une personne, sa vulnérabilité ses besoins.
La « capabilité », comme ensemble de droits à être réalisés, fait appel à la mobilisation et au développement de ce qui est potentiellement présent, alors à l’éducatif, la vulnérabilité à ce qui est fragile ou absent, donc aux soins.
Prendre soin de ce qui ne se laisse pas changer respecte l’altérité, – l’autre en tant que tel qui ne peut provisoirement ou définitivement pas changer ce qui est donné -, mobiliser ce qui est potentiellement présent travaille avec une différence, celle entre ce qui est et ce qui pourrait, voire devrait être, ce qui peut évoluer, se développer et est à réaliser.
Cependant, « capabilité » et vulnérabilité sont à considérer comme réalités dynamiques ; dans le temps et selon les circonstances elles peuvent se modifier. Dans l’accompagnement on doit constamment passer d’un principe à l’autre, selon l’état physique, psychique, social et spirituel dans lequel la personne accompagnée se trouve.
En conséquence, l’opposition souvent rencontrée entre soins et éducation ne se justifie qu’au niveau des compétences professionnelles dans une équipe, mais les deux champs doivent, d’une manière différenciée, être couverts par les deux corps professionnels. Ainsi, prendre soin n’est pas réservé aux infirmiers, infirmières, comme l’éducatif n’est pas l’exclusivité des éducateurs. Par ailleurs, une bonne part de ce qui est dans le médical préventif appartient au champ éducatif.
Armin Kressmann 2011
Situations extrêmes, soins palliatifs, accompagnement spirituel : quand le père est censé être mère
Aux frontières de la vie, en son début et vers sa fin, en situation extrême, repliés sur nous-mêmes, par la maladie, la souffrance, le handicap sévère, nous sommes terriblement seuls. Aucune logique ne peut consoler celui qui souffre ; nu, les cris et les soupirs, les angoisses et les effrois, les regards et les silences n’appellent qu’une chose, une chose qui n’est pas une chose :
la mère,
celle dont il fallait ou il faudra se séparer un jour, dont il faut, il faudrait au moins, s’émanciper pour devenir ce que nous appelons « soi-même ».Soi-même, qui es-tu quand tu n’es plus toi-même, qui es-tu quand tu n’as jamais pu devenir toi-même ? En situation extrême, les cris et les soupirs, si ce n’est pas le mal et les douleurs qu’ils expriment, c’est l’appel à la mère, en situation de handicap extrême, souvent, par la force des choses, la mère absente. En situation de handicap, si présente la mère est, on lui reproche d’être trop présente, « fusionnelle », si absente elle est, parce qu’elle ne supporte plus les cris de son enfant, et ses souffrances, on l’accuse d’abandon. Quel choix la mère a-t-elle, quand son enfant n’est pas lui-même, ne peut pas devenir un soi-même ? L’enfant crie, et la maman répond, jusqu’à ce qu’elle ne peut plus répondre, jusqu’à ce qu’elle n’en peut plus.
Un jour, quand l’enfant crie, cet enfant qui est encore un enfant ou qui n’est plus un enfant, un jour, c’est le père, s’il est encore là, avec la maman et son enfant, qui doit, qui devrait répondre.
Un jour, quand l’enfant fait appel au mythos[1], c’est le logos qui répond.
Mais logos n’est logos que pour celui qui comprend ce qu’est le mythos, présence de l’autre quand l’autre est absent, parole, quand les mots n’expliquent rien, sens devant et dans le non-sens, une logique d’un autre ordre, une logique quand on dit : « Ce n’est pas logique », cette logique qui fait que la logique n’est pas seulement logique, mais fait du sens : l’esprit, au-delà des lettres et des mots. Continue reading
Des résidents face à la charte de leur institution : un équilibre à trouver entre le contractuel et l’affectif
Ce qui avait été avancé par un groupe de résidents de l’Institution de Lavigny comme valeurs, ce qui compte dans leur vie, était le point de départ pour faire un travail sur la charte de cette institution.
Après avoir récolté les valeurs des résidents, nous leur avons demandé de les mettre en relation avec les valeurs et principes institutionnelles :


