11.16 Les situations extrêmes : l’échec de l’éthique ou la diffraction éthique

Significations du handicap mental : 11.16 Les situations extrêmes : l’échec de l’éthique ou la diffraction éthique

Je vise dans mon approche la relation que nous entretenons avec la personne en situation de handicap extrême, relation fragile, parfois insupportable, toujours au risque d’être rompue, devant ce que Georges Saulus appelle la « diffraction éthique ». Dans l’impossibilité de pouvoir la définir directement, il l’illustre par la figure d’Élisabeth Smerdiachtchaïa dans les « Les Frères Karamazov » de Dostoïevski : Continue reading

11.15 La pratique d’une éthique théologique en institution laïque : assumer la culpabilité

Significations du handicap mental : 11.15 La pratique d’une éthique théologique en institution laïque : assumer la culpabilité

Dans la pratique, le passage d’une éthique philosophique à une éthique théologique n’est pas évidente, malgré le fait que, par rapport au handicap, craintes de fautes et culpabilités sont omniprésentes, et cela à tous les niveaux, des résidents et des familles aux professionnels et jusqu’à la société en général[1]. Si le sujet est traité, il l’est en général ou bien au niveau psychologique ou bien au niveau juridique. De fait, honte et culpabilité sont prises comme signes de maladie ou de délit. Être objectivement fautif, même sans avoir commis une faute, est inconcevable ; le terme de péché est aujourd’hui irrecevable et celui de la coulpe, culpabilité objective, tombé en désuétude (ce qui n’est pas le cas ni en allemand, « Schuld », ni en italien, « colpa »). Et pourtant, c’est ici que se pose tout l’enjeu des situations extrêmes devant lesquelles, comme souvent, il n’y a pas seulement (eu) faute et culpabilité (actuelle ou dans le passé, peut-être même au niveau du droit, donc potentiellement délit, voire crime), mais aussi dysfonctionnement, impuissance, non-maîtrise tels que surgit ce qui renvoie à ces anciens termes : l’échec de la toute-puissance et le reniement de l’échec (avec des justifications qui ne sont pas fausses, mais superficielles : on a tout fait, les moyens sont limités, il y a des règles, il y a encore d’autres résidents, si vous saviez, je veux bien, mais, il y a des limites, etc. etc.[2]). Continue reading

« respirE – Éthique (théologique) »

Significations du handicap mental : 11.14.3 « respirE – Éthique (théologique) »

Une centaine d’articles de ce blog « ethikos.ch » traite d’éthique et de bioéthique, une partie plus spécifiquement d’éthique du handicap (mental), dont un certain nombre se recoupe avec la spiritualité.

L’assistance au suicide a été le sujet d’un travail de séminaire lors de ma formation en éthique médicale. Mais la problématique est aussi aiguë en milieux d’éducation, là où la capacité de discernement est donnée. En institution socio-éducative, faut-il entrer en matière quand il y a demande d’accompagnement d’assistance au suicide, d’une manière organisée ou non, qui, comment, quelles sont les limites de l’accompagnement, quelles sont les implications pour l’entourage, par rapport aux valeurs défendues par l’institution (l’établissement), la mission, etc. ?

Dans ce même cadre de formation j’ai travaillé la question de l’autonomie, premier des quatre piliers de la bioéthique (avec la bienfaisance, la justice et l’équité). Ce principe est aussi celui qui est le plus souvent avancé dans les milieux éducatifs, étant pour la majorité des éducateurs la finalité de leur engagement. Je l’ai en un premier temps articulé avec la bienfaisance, puis élargi le champ vers la « capabilité » et la vulnérabilité, ce qui est indispensable quand on est devant et avec des personnes aussi fragiles et fragilisées.

Théologiquement, mais peut-être aussi anthropologiquement, l’autonomie est un non-sens. Continue reading

La spécificité de l’éthique chrétienne – Propositions

  • L’ultime est transcendant.
  • L’ultime est une personne ; nous l’appelons Dieu.
  • Il se rend visible dans la vulnérabilité humaine ; nous l’appelons croix ; il porte un nom : Jésus Christ.
  • Sinon il est caché.
  • Le vide des deuils et des « pourquoi » de l’existence humaine est matrice de naissance et de connaissance ; nous l’appelons résurrection.
  • Ainsi, quand l’ultime se manifeste, il y a guérison ; guérison avec ou sans guérison ; nous l’appelons miracle, et ce qui s’y révèle Royaume de Dieu
  • Celui-ci est la finalité de l’existence humaine ; mais il reste caché ; parce qu’il n’y a pas seulement guérison avec guérison, mais aussi guérison sans guérison.
  • Le souci ultime est la dignité de l’autre ; nous appelons celle-ci sa sainteté.
  • Toute éthique doit la servir, dans sa posture (éthiques de vertus et de responsabilité), dans ses principes (éthiques déontologiques et objectives ou de valeurs), dans ses méthodologies (éthiques procédurales) et dans ses finalités (éthiques utilitaristes).
  • Nous appelons toute volonté qui œuvre dans ce sens inspirée, guidée par l’Esprit, présence cachée de l’ultime.
  • Elle reconnaît ses limites, parce qu’elle sait que l’ultime est transcendant.
  • La loi révèle et manifeste ces limites.
  • Le savoir que l’ultime est transcendant et le souci de l’autre qui en découle, nous les appelons foi : fides quae (quoi ?) et fides qua creditur (comment ?).
  • Cette dernière est ce qu’on peut appeler une « éthique chrétienne ».

Armin Kressmann 2012

11.9 La condition handicapée comme condition humaine

Significations du handicap mental : 11.9 La condition handicapée comme condition humaine ou La condition humaine comme condition handicapée

Le handicap lourd ou sévère convoque Dieu, sinon, au moins la question de Dieu. Il le fait autant pour ceux qui y sont confrontés pour la première fois, que pour ceux qui l’accompagnent tous les jours. Il le fait autant pour ceux qui se déclarent croyants que pour ceux qui se disent agnostiques ou athées. Comment ? Continue reading