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Catéchèse de l’Eglise évangélique réformée vaudoise : vous voulez un fil rouge ?
Vous en avez un !
La vie humaine, comme toute vie, s’inscrit dans l’espace-temps. En prendre conscience, y trouver sa place, dans les limites qui nous sont imposées et devant l’horizon de la mort garder une perspective de vie, est la visée de toute éducation. Reconnaître que la transcendance a un visage, découvrir qu’il est présent parmi nous, qu’on peut le discerner dans le face-à-face avec autrui et dans la rencontre avec lui l’espérance au-delà de la mort, est la visée de l’éducation chrétienne. Faire corps et cheminer ensemble dans cette espérance s’appelle Eglise.
Le fil rouge de la catéchèse nous précède ; comment le rattraper est la question ; dans une perspective espace ou dans une perspective temps ? Là aussi autrui nous guide : c’est en fonction des besoins de nos publics cible qu’on choisira plutôt l’un ou plutôt l’autre.
En église, la perspective temps est traditionnellement mieux reconnue que la perspective espace. Cela vient de l’héritage grec et non pas de la bible ; ce sont les Grecs et notamment Platon qui ont séparé âme et corps . Dans la pensée hébraïque et biblique je suis mon corps et mon corps c’est moi ; c’est une unité, espace-temps qui ne sépare pas l’un de l’autre, comme la physique moderne non plus . Dans la pensée biblique le temps et l’espace, mon temps et mon espace se construisent, à partir des événements marquants de la vie, du rythme de l’année, des fêtes, des moments où le moi qui est mon corps se découvre membre d’un corps plus vaste, social et spirituel. C’est le « kairos » qui l’emporte sur le « chronos », ce « kairos » où corps et âme, espace et temps font un, où je me découvre dans mon corps mystérieusement un avec un corps plus universel par le phénomène de « l’épiphanie » où l’autre apparaît dans ma corporéité, c’est-à-dire à travers l’incarnation. La catéchèse reconnaît dans cet « un » Dieu, visible et tangible en le corps du Christ, perspective de vie au-delà de la mort. Catéchèse et liturgie transcendent ce corps dans l’espace-temps encore plus vaste où la mort a perdu son pouvoir.
Le fil rouge de la catéchèse nous précède ; comment le rattraper est la question.
Nous sommes ce que nous sommes : par moment nous sommes ouverts face à ce ou celui qui nous advient, nous transcende et nous emporte plus loin, sensibles au temps comme perspective de vie ; par moment nous sommes préoccupés par nous-mêmes, limités, centrés sur notre corps, égocentrés, sans être forcément égoïstes . Ce sont les étapes de la vie et les crises qui la rythment qui nous font passer de l’un à l’autre ; crises naturelles du développement comme l’adolescence ou le mitan, maladies, accidents ou crises du corps social, du couple, de la famille, etc . La catéchèse des étapes et des états de la vie en tient compte : les uns, elle les fait entrer dans l’espace-temps par la perspective du temps, les autres par l’espace, c’est-à-dire par le corps. Pour les uns elle propose une catéchèse biblique symbolique, pour les autres une catéchèse existentielle biblique.
Qu’est-ce que cela veut dire concrètement, pour nous qui travaillons avec des enfants, des petits ou des grands, avec des adolescents ou des jeunes adultes ?
L’espace-temps en tant que tel ne se laisse que difficilement concevoir par l’intellect ; dans la pratique de la vie quotidienne nous restons ou bien face à l’espace ou bien face au temps. L’esprit humain est dual : espace et temps, femme et homme, Père et Fils, église et monde, évangile et loi, etc. etc. Nous devons en tenir compte dans la catéchèse ; au mieux passer de l’un à l’autre, mais toujours dans une perspective tierce du dépassement de l’un et de l’autre en vue d’une unité nouvelle, tierce, spirituelle, « dans l’Esprit », pneumatologique. Ce qui compte c’est « dans quel esprit » nous entrons et cheminons, soit dans la perspective temporelle, soit dans la perspective spatiale et corporelle . Ainsi, comme en toute bonne théologie chrétienne, il y a trois démarches à distinguer : une unité qui se décline en deux voies :
- La première voie, traditionnelle, met en évidence le temps à travers un « lectionnaire biblique » qui déploie les symboles bibliques qui lient l’homme, comme être humain, à Dieu, l’immanence à la transcendance. C’est ce qui est proposé pour tous ceux et celles qui, dans leur cheminement personnel, ont assez de disponibilité pour entendre et recevoir ce qui vient d’ailleurs, enfants et adultes hors crise existentielle.
- La seconde voie est propice pour ceux et celles qui, là où ils sont, ne peuvent concevoir la réalité qu’à partir de leur préoccupation propre, leur « corporéité », petits enfants, adolescents et adultes passant par des étapes existentielles difficiles. La démarche est existentielle, c’est-à-dire plutôt thématique, mais en choisissant des thèmes fondamentaux ou « élémentaires ». Le choix se concrétise en ce que nous appelons un « agenda ».
Lectionnaire et agenda sont à situer au niveau du « quoi », le « fides qua creditur ».
- L’unité est le fil rouge qui nous précède et qui s’exprime dans l’attitude du travail catéchétique, « dans quel esprit ? », ou le « comment », le « fides quae creditur ». C’est la manière de mener la catéchèse qui témoigne du fondement qui est commun aux deux voies principales concrètes qui précèdent. En l’attitude spirituelle fondamentale commune celles-ci, dans leurs apparences opposées ou duales, sont tenues ensemble. C’est en la « mise en lectionnaire ou en agenda » qu’on trouvera l’unité, un travail « en église », c’est-à-dire communautaire et guidée par le fil rouge tel qu’esquissé plus haut.
Concrètement il s’agira :
o De préparer le lectionnaire, l’agenda et les différents modules qui les composent selon un document de base commun.
o Et cela dans un processus participatifs régulé en plates-formes.
o Avec des personnes formées en vue d’une vision commune.
Enfin, n’oublions pas que l’année liturgique offre ces occasions de « karoi » où espace et temps sont unifiés dans les moments de fête ; toute catéchèse devrait en tenir compte.
copy right A. Kressmann
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