11.17 Assumer les situations extrêmes : voir la personne au-delà de l’échec de l’éthique

Significations du handicap mental : 11.17 Assumer les situations extrêmes : voir la personne au-delà de l’échec de l’éthique

Voir la personne au lieu de « son handicap », – la paralysie, la folie, la cécité, la maladie, le fauteuil roulant, la canne, la bave, les cris ou les décompensations -, est vaincre la diffraction éthique et supporter les situations extrêmes :

entrer dans l’histoire et la situation dramatiques de celui qui « nous met » devant l’échec (donc nous « institue » dans l’échec), se retrouver ensemble en une histoire commune, partager l’impuissance si c’est nécessaire, porter le fardeau de la faute (institutionnellement ! l’institution est coupable, par principe, ce qui ne disqualifie pas son travail et ses ambitions, au contraire), découvrir l’être nouveau de Tillich, peut-être, le résident comme épiphanie, comme manifestation de l’ultime qui nous fait le cadeau, la grâce de se révéler à nous dans son mystère, cet ultime qui est aussi au fond de moi-même dans ma fragilité et ma culpabilité. Continue reading

11.16 Les situations extrêmes : l’échec de l’éthique ou la diffraction éthique

Significations du handicap mental : 11.16 Les situations extrêmes : l’échec de l’éthique ou la diffraction éthique

Je vise dans mon approche la relation que nous entretenons avec la personne en situation de handicap extrême, relation fragile, parfois insupportable, toujours au risque d’être rompue, devant ce que Georges Saulus appelle la « diffraction éthique ». Dans l’impossibilité de pouvoir la définir directement, il l’illustre par la figure d’Élisabeth Smerdiachtchaïa dans les « Les Frères Karamazov » de Dostoïevski : Continue reading

11.15 La pratique d’une éthique théologique en institution laïque : assumer la culpabilité

Significations du handicap mental : 11.15 La pratique d’une éthique théologique en institution laïque : assumer la culpabilité

Dans la pratique, le passage d’une éthique philosophique à une éthique théologique n’est pas évidente, malgré le fait que, par rapport au handicap, craintes de fautes et culpabilités sont omniprésentes, et cela à tous les niveaux, des résidents et des familles aux professionnels et jusqu’à la société en général[1]. Si le sujet est traité, il l’est en général ou bien au niveau psychologique ou bien au niveau juridique. De fait, honte et culpabilité sont prises comme signes de maladie ou de délit. Être objectivement fautif, même sans avoir commis une faute, est inconcevable ; le terme de péché est aujourd’hui irrecevable et celui de la coulpe, culpabilité objective, tombé en désuétude (ce qui n’est pas le cas ni en allemand, « Schuld », ni en italien, « colpa »). Et pourtant, c’est ici que se pose tout l’enjeu des situations extrêmes devant lesquelles, comme souvent, il n’y a pas seulement (eu) faute et culpabilité (actuelle ou dans le passé, peut-être même au niveau du droit, donc potentiellement délit, voire crime), mais aussi dysfonctionnement, impuissance, non-maîtrise tels que surgit ce qui renvoie à ces anciens termes : l’échec de la toute-puissance et le reniement de l’échec (avec des justifications qui ne sont pas fausses, mais superficielles : on a tout fait, les moyens sont limités, il y a des règles, il y a encore d’autres résidents, si vous saviez, je veux bien, mais, il y a des limites, etc. etc.[2]). Continue reading

« respirE – Éthique (théologique) »

Significations du handicap mental : 11.14.3 « respirE – Éthique (théologique) »

Une centaine d’articles de ce blog « ethikos.ch » traite d’éthique et de bioéthique, une partie plus spécifiquement d’éthique du handicap (mental), dont un certain nombre se recoupe avec la spiritualité.

L’assistance au suicide a été le sujet d’un travail de séminaire lors de ma formation en éthique médicale. Mais la problématique est aussi aiguë en milieux d’éducation, là où la capacité de discernement est donnée. En institution socio-éducative, faut-il entrer en matière quand il y a demande d’accompagnement d’assistance au suicide, d’une manière organisée ou non, qui, comment, quelles sont les limites de l’accompagnement, quelles sont les implications pour l’entourage, par rapport aux valeurs défendues par l’institution (l’établissement), la mission, etc. ?

Dans ce même cadre de formation j’ai travaillé la question de l’autonomie, premier des quatre piliers de la bioéthique (avec la bienfaisance, la justice et l’équité). Ce principe est aussi celui qui est le plus souvent avancé dans les milieux éducatifs, étant pour la majorité des éducateurs la finalité de leur engagement. Je l’ai en un premier temps articulé avec la bienfaisance, puis élargi le champ vers la « capabilité » et la vulnérabilité, ce qui est indispensable quand on est devant et avec des personnes aussi fragiles et fragilisées.

Théologiquement, mais peut-être aussi anthropologiquement, l’autonomie est un non-sens. Continue reading

« reSPIRe – Spiritualité »

Significations du handicap mental : 11.14.2 « reSPIRe – Spiritualité »

La spiritualité en tant que dimension fondamentale de l’être humain est aujourd’hui reconnue dans la plupart des milieux de santé et d’éducation. Ce qu’est la spiritualité par contre, est controversé. Les uns la réduisent toujours au religieux, les autres se distancent clairement de cet aspect. Les approches divergent et les définitions foisonnent[1].

Ma définition de la spiritualité est simple :

à partir d’esprit et de respiration, de sa dimension de liberté, je l’articule avec religiosité, qui lui donne sa perspective d’ultime et d’absolu, tout en la mettant en forme ; mais je l’ouvre vers les autres formes, moins exigeantes en ce qui concerne la quête d’absolu : l’art et l’éthique ; d’où mon engagement sur le terrain aussi dans ces domaines (par le clown, des ateliers de partage et de réflexion, le sport, la participation à des lieux qui se penchent sur la déontologie, bientraitance-maltraitance, etc.).

Une centaine d’articles de mon site Internet traite de ce sujet, de près ou de loin. Une bonne part est issue du mandat qui m’a été confié en 2008 sur « La spiritualité dans les institutions sociales ». D’autres ont été le résultat de conférences, en milieu de soins et/ou en milieu d’éducation.

Armin Kressmann 2011


[1] Indication du caractère insaisissable et indéfinissable de ce qu’est la spiritualité ; comme la liberté, liée à la spiritualité.