L’évangile selon Marc (Mc 8-10) – Structure et commentaire : «ecce homo » – « Voici l’homme »

Dénomination des péricopes1 selon la TOB (Traduction oecuménique de la bible, cerf 2012).

Chapitres 1 à 8 : « L’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu » (Mc 1,1), « l’Évangile de Dieu » (1,14) ou « l’Évangile » (1,15), – la bonne nouvelle -, décrit par le parcours de Jésus de Nazareth à travers son pays (la « Galilée »), la vie avec ses amis et ses adversaires, ses paroles et ses actes.

Mais qui est-il ?

Marc 8

« Qui suis-je au dire des hommes ? » (Mc 8,27)

« Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (8,29)

La question existentielle et identitaire par excellence nous est posée.

Qui suis-je moi, humain que je suis, et qui suis-je pour vous, qui sommes-nous les uns pour les autres et qui est-il, celui que nous appelons Dieu ? Est-il quelqu’un pour vous ? Et comment se révèle-t-il, pour vous ? En ce Jésus de Nazareth tel qu’il est décrit par ce texte que Marc désigne « la bonne nouvelle » ? Au fond, qu’est-ce qui fait de nous une personne ? Et si c’est pour nous une ou la finalité de tout, la personnalité de la personne, de tout humain, qu’est-ce cette dignité qui fait de nous personne ? La personne ultime ? Quel nom donneriez-vous à une telle personne, l’ultime ?

Dieu comme personne, pas seulement force ou esprit, ambiance ou concept, « Dieu » est le seul nom que je connaisse qui désigne l’ultime en personne.

La question est posée et Pierre y répond :

« Tu es le Christ. » (Mc 8,29) – Remarquez : question est réponse se confonde en un même verset !

Ce qui conduit à ce que nous appelons le secret ou silence messianique :

« Il leur commande sévèrement de ne parler de lui à personne. » (8,30) … j’interprète « comme Christ », donc Messie, – « litt. consacré par une onction, désignation juive du sauveur attendu. » (TOB, p. 2169, note 1,1)

Y suit directement la première annonce de la Passion et de la Résurrection (Mc 8,31-33).

L’autre, dans sa personnalité comme finalité partagée, est mon sauveur !2

Voilà le projet de Dieu pour chacun, chacune de nous, déjà réalisé, donc factuel et pas virtuel, en ce Jésus de Nazareth. Regardez, voici l’homme – « ecce home » (évangile selon Jean, chapitre 19, verset 5) !

Tu es une personne ! Constat qui a des conséquences redoutables : tu es vulnérable !

Mais Dieu prend soin de toi !

Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, et parmi elles Marie de Magdala, Marie, la mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui le suivaient et le servaient quand il était en Galilée, et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.” (Marc 15,40.41 TOB)

et résurrection il y aura :

Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller l’embaumer. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil étant levé. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre de l’entrée du tombeau ? » Et, levant les yeux, elles voient que la pierre est roulée ; or, elle était très grande. Entrées dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d’une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : « Ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité, il n’est pas ici ; voyez l’endroit où on l’avait déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre : Il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. »” (Marc 16,1-7 TOB)

Voilà le projet !

Mais nous n’y sommes pas tout de suite ; il faut revenir à la vie, là où le choses sont cachées, voir aliénées, dans l’existence telle qu’elle est, la vie où croix et résurrection forment l’horizon de la vie, ce que l’évangile exprime à travers les trois annonces de la passion et de la résurrection (Mc 8,31-33 ; 9,30-32 ; 10,32-34). C’est l’arrière-fond de la vie, conscient pour celui qui croit, – que la vie est plus forte que la mort, donc en la « résurrection » – ; mais c‘est de l’ordre du silence : il faut vivre !

Je dirais donc volontiers :

Mc 1 Le projet de vie est annoncé : voici la bonne nouvelle

Mc 1-8 La « Galilée », la vie, – illustrée en plénitude par ce Jésus de Nazareth (Mc 1,9), mais en lui donnée et rendue possible en toute sa plénitude pour tout un chacun : il ne faut (!) que le suivre, donc l’adopter comme « Christ », « sauveur ».

Mc 8-10 L’arrière-fond de la vie telle qu’elle est-elle : mort et résurrection sont annoncées – vivre

coûte : l’autre est mon salut ! Il ne s’agit donc pas de réalisation de soi par soi-même, mais de réalisation de soi par réalisation du soi d’autrui, projet fou, donc de foi … en celui qui l’a réalisé – Jésus de Nazareth.

Mc 11-16 La prix est payé : Jérusalem – mort et résurrection de Jésus, le Christ – regardez ! Encore une fois : voici l’homme, Dieu humain ! Le salut est donné, tout est grâce. C’est ça la vérité de la vie, vie ou mort, mort ou vie, tertium non datur, – « Je suis le chemin. » (Jean 14,6).

La nouvelle est vraiment bonne, libératrice, exclusive, c’est vrai, parce qu’incontournable, qu’on soit croyant ou non ; mais elle n’est pas à confondre avec ce que les Églises en ont fait, en la prenant en otage et en faisant croire que ce chemin ne soit réalisable en adhérant aux dogmes et structures qu’elles proposent. Les Églises ne sont que chemin là où elles passent, elles aussi, par la mort et la résurrection telles décrites en cet évangile de Marc, là où mort et résurrection sont assumées comme chemin. Malheureusement, Loi et Évangile, institution et communauté se confondent, et la Loi, l’institution, – comme dogmes, rites, procédures et structures -, prend le dessus. La Loi n’a que de valeur là où elle est au service de l’Évangile, au service de la liberté donnée à tous (!) par Dieu en Jésus Christ, tous, chrétiens ou non, pauvres ou riches, bien portants, malades ou handicapés. Le handicap, c’est l’Église !

Mc 8,11-13 Le signe refusé aux Pharisiens

8,14-21 L’inintelligence des disciples : « Vous avez des yeux : ne voyez-vous pas ? » (8,18)

8,22-26 La guérison d’un aveugle

8,27-30 Pierre reconnaît en Jésus le Messie

8,31-33 Jésus annonce sa Passion et sa résurrection

8,34-9,1 Comment il faut suivre Jésus-Christ

9,2-13 La Transfiguration et Dialogue sur Elie

9,14-29 Guérison d’un enfant possédé

9,30-32 Deuxième annonce de la Passion et de la Résurrection

9,33-37 Qui est le plus grand ?

9,38-41 Qui n’est pas contre nous est pour nous

9,42-50 Mise en garde … « ces petits qui croient »

10,1-12 Mariage et divorce

10,13-16 Jésus et les enfants

10,17-31 L’appel du riche

10,32-34 Troisième annonce de la Passion et de la résurrection

10,35-45 La demande de Jacques et de Jean … « La coupe que je vais boire, vous la boirez … »

10,46-52 Guérison de l’aveugle Bartimée : écho à l’aveuglement des disciples (Mc 8,18)

11,1-11 L’entrée triomphale à Jérusalem

Nous, – « qui sommes-nous ? », verticalité ou horizontalité ? -, ne sommes pas faits pour « voir », c.-à-d. reconnaître (Mc 8,11-21) ce qui dans le vivre ensemble de tous les jours (Mc 9,33-10,31) fait « bonne nouvelle », signifie « salut » (Mc 10,52) et nous permettrait de recevoir l’actualité du royaume (Mc 10,13-16).

Le relèvement (10,15), donc la résurrection, est encore réalité cachée (Mc 8,31-33 ; 9,30-32 ; 10,32-34 ; triple annonce de la passion … et de la résurrection, donc de caractère définitif, encadrant notre condition humaine où tout est déjà transfiguré, Mc 9,2-13). Ce n’est que l’aveugle Bartimée – fils du « contaminé » (Chouraqui) – qui voit ; « Fils de David » s’exclame-t-il (« seul cas chez Marc », J. Valette ; L’évangile de Marc, tome II, p.49), donc Messie, avant même d’être guéri de sa cécité. La transfiguration (9,2-10) préfigure ce qui dans la réalité, notre réalité (9,33-10,31) devrait prendre forme, « figure » – « Gestalt ». Cette incapacité de « voir » mène comme conséquence à la croix comme mort violente (Mc 11-16).

L’aveuglement est condition humaine, même condition de disciple ; ce n’est que l’aveugle qui voit !

Armin Kressmann 2015

1 « Dans l’exégèse des textes (sacrés ou non), une péricope désigne un extrait formant une unité ou une pensée cohérente. La péricope doit avoir un sens, lue indépendamment de son contexte. Le terme provient du grec περικοπή signifiant « découpage ». » (wikipédia)

2 Et pour ne pas confondre tout autre avec Dieu, ce Jésus doit être Dieu lui-même, figure ultime de l’humanité de Dieu.

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