Matthieu 21,28-32 (Mt 21,28-32) ; notes exégétiques et pistes de prédication (commentaire)

(avec la TOB (Traduction œcuménique de la Bible) ; Daniel Marguerat ; Le jugement dans l’évangile de Matthieu ; Labor et Fides, Genève 1981))

Nous voici à Jérusalem : le chapitre 21 de l’évangile selon Matthieu s’ouvre avec l’entrée messianique de Jésus dans la ville sainte (Mt 21,1-11)

Suivent :

21,12-17 Les vendeurs chassés du Temple

21,18-22 Le figuier sans fruits ; la question de la foi : « Tout ce que vous demanderez6 dans la prière avec foi, vous le recevrez. »

21,23-27 La question … sur l’autorité de Jésus : « Le baptême de Jean, d’où venait-il ? Du

ciel ou des hommes ? » … « Moi non plus, je ne vous dis pas en vertu de quelle

autorité je fais cela. »

Et maintenant, cet enseignement par l’exemple des deux fils (Mt 21,28-32), avec ce verset 32 :

« En effet, Jean est venu à vous dans le chemin de la justice, et vous ne l’avez pas cru ; collecteurs d’impôts et prostituées, au contraire, l’ont cru. Et vous, voyant cela, vous n’êtes pas dans la suite davantage repentis pour le croire. »

Tout était là, et pourtant, les prêtres et les anciens n’ont pas cru.

Le chemin, il passe par la justice (v. 32 ; nous renvoie donc au sermon sur la montagne) ; la tradition (le signe de Jonas ; 12,38-42) et celui qui l’incarnait par excellence, le Baptiste (nouvelle occasion pour y revenir ; 3,7-10), l’avaient déjà posé.

Conséquence ? Le rejet (« Le front du refus », Marguerat, p. 274ss) :

« La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue la pierre angulaire ; c’est l’œuvre du Seigneur ; quelle merveille à nos yeux. » (21,42 ; Psaume 118,22-23), donc finalement (!?) la croix.

Et pourtant, c’est si facile, de croire : notre passage : « Il y alla » (v. 29)

Donc, allons-y !

Évident, trop évident.

Trois paraboles :

  • L’histoire des deux fils (21,28-32)

  • Les métayers révoltés (Mt 21,33-46), avec la pierre rejetées

  • L’invitation au festin (22,1-14)

« La narration s’organise autour de deux groupes dont le premier, refusant d’otempérere aux exigences qui lui sont signifiées, est déchu au profit du second. … une présentation allégorique de l’infidélité d’Israël … » (Marguerat, p. 274)

Cependant, et c’est là ou nous sommes renvoyés à nous-mêmes et à l’Église :

« L’insoumission d’Israël est qualifiée … comme une infidélité éthique. … C’est … à l’intention des dirigeants … que le Christ mathéen énonce ces … paraboles de jugement contre Israël. » (p. 274)

… et « les nouveaux invités sont exposés à leur tour à la condamnation du Juge (22,13) » (p. 283)

Notre passage, Marguerat l’intitule « La foi des pécheurs » (p. 284ss) ; pour lui, il est constitué de deux parties :

  • « Faire la volonté du père » (v. 28-31)

  • La voie de la justice (v. 32 ; le commentaire du passage)

« … (dans) le forme d’une sentence eschatologique … L’histoire des deux fils est une parabole de jugement destinée par Jésus aux chefs du peuple. » (Marguerat p. 286)

Entre deux modèles de comportement, la parabole fait appel à la capacité de discernement, chez Matthieu à celle des chefs, aujourd’hui à la nôtre, et tout particulièrement à celle des prédicateurs.

Il est question de soumission (v. 31) ; mais n’oublions pas que pour devenir « sujet » il faut « se soumettre » à quelque chose ou quelqu’un ; ici la volonté du père est donc source « d’autonomie ». Nous sommes invités, déjà par le Baptiste (3,1-12) et par la tradition toute entière (la thora) ; l’appel à la conversion), à faire de la volonté de Dieu (cf. Sermon sur la montagne, Mt 5.6) notre loi, « autos-nomos ». Sans loi auto-appropriée pas d’autonomie ! C’est le sens de toute lecture biblique, individuelle et collective : le salut, « l’autonomie » du chrétien, ne passe pas par la soumission à une quelconque volonté de l’Église en tant qu’institution, – celle-ci fonctionne selon les lois et les règles du « monde » où règne en dernière instance l’argent -, mais l’étude biblique. C’est celle-ci qui est la porte d’entrée au royaume de Dieu, dont il est question tout au long de l’évangile et tout particulièrement en ces passages-ci. L’individualisme chrétien n’est pas arbitraire ; il devrait être expression de la volonté de Dieu et celle-ci est l’amour inconditionnel (5,43-45 ; 27,45ss). C’est la raison pour laquelle les différents passages de l’évangile ne se laissent pas séparer les uns des autres ; sinon il y a toujours risque d’instrumentalisation pour d’autres fins que la « volonté du père »(en prenant p. ex. Mt 18,15-18 séparé du reste pour en déduire et bibliquement justifier une procédure disciplinaire).

« L’instance dernière, en matière d’éthique, ne réside pas dans le désir ou le dire, mais dans le faire … le faire est l’indice décisif de l’obéissance. Pour la synagogue comme pour Matthieu, c’est dans le ‘poiein’ que l’homme engage sa destinée devant Dieu. » (Marguerat p. 289s)

Et ce ‘poiein’, ce faire selon la volonté de Dieu, est création ; pourrait-on dire faire de Dieu lui-même ?

Armin Kressmann 2014

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