Luc 17,5-10 Éléments pour une éthique du travail : servir l’amour nourrit l’amour – Quelques pistes exégétiques et homilétiques

Luc 17,5-10, le texte

Le texte dans son contexte : Luc 9-19 Structure – L’éthique chrétienne

(avec la TOB (Traduction oecuménique de la Bible) ; André Chouraqui ; Loucas, Evangile selon Luc ; JClattès, 1993 ; François Bovon ; L’évangile selon saint Luc ; Commentaire du Nouveau Testament IIIc, Labor et Fides, Genève 2001)

v. 5 « apôtres » voir 6,13 :

« (Jésus) appela ses disciples et en choisit douze, auxquels il donna le nom d’apôtres. »

 « Ce titre désigne ceux que Jésus envoie porter son message de salut. » (TOB)

 « augmente-nous la foi » ; « ajoute à notre adhérence » (Chouraqui ; « à Adonaï, à sa tora, à ses envoyés »)

« On peut traduire aussi : Accorde-nous la foi. » (TOB)

en allemand « zuteilen, verleihen (stückweise erfolgend) » (F. Rienecker, Sprachlicher Schlüssel)

« Implorent-ils la foi ou de la foi ou un supplément de foi. L’absence d’article devant ‘pistin’, ‘foi’, suggère une dose renouvelée de confiance en Dieu : ‘Ajoute-nous de la foi’ !

En 18,8 Luc s’inquiète de l’avenir de la foi (avec article) : ‘Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?’ » (F. Bovon)

Accorder ou augmenter, est-ce exclusif ? Pour le croyant, n’y a-t-il pas des situations où la foi semble être absente et d’autres où elle est insuffisante. De toue façon, la foi, comme certitude absolue, n’existe pas ; cf. la croix.

v. 6 La réponse de Jésus le confirme.

Une graine de moutarde, « la plus petite de toutes les graines » (Mt 13,32 ; Mc 4,31)

v. 7ss

De quoi se vanter donc quand on fait ce qu’on doit faire ? Et pour qui le faisons-nous ? Sous condition évidemment qu’on le fait librement et non pas sous contrainte. Serviteur ou esclave, la question est posée. Et même l’esclave, au niveau de la foi, n’est-il pas libre ?

« Faut-il traduire par serviteur ou esclave ? Au temps de Jésus en Galilée, un paysan possédait-il un esclave ou disposait-il d’un serviteur ? A. Wieser … estime qu’ils s’agit d’un esclave, mais que, dans le judaïsme antique, l’esclave avait plus de droits qu’en Grèce ou à Rome. » (F. Bovon, p. 126, note 61)

Ce qui suit est redoutable dans un monde du travail et de rapports de forces qui instrumentalisent l’autre entièrement, le réduisent a un simple « moyen de production », et rien d’autre que cela, ne lui attribue aucune autre valeur et ne le lui laisse plus la marge de se réaliser lui-mêmes (soi-même) à travers la réalisation d’autrui (le seigneur). Mais ici, nous sommes dans un contexte de foi, de conviction, d’attachement libre, dans une mission aussi, qui en plus vient de l’instance ultime, ce que commande notre propre conscience la plus profonde. Enfin, l’instance qui le commande, dans la vision chrétienne, est l’amour. Le service donc rendu, service d’amour, retombe sur celui qui le rend ; en être reconnaissant devient facile. Une fois ce cheminement mental fait, même un rapport maître-esclave (historique) ou employeur-employé (moderne) axé sur la productivité peur être bénéfique, et pour l’un et pour l’autre. L’éthique du travail pourrait s’en inspirer. « Faire son devoir », l’éthique de conviction (déontologique), rejoint le service, l’éthique de responsabilité (téléologique).

v. 8 « sers-moi », tout dépend finalement de ce « moi ». En fonction de ce qu’il est, le service est devoir libre et responsable (en le sens qui répond librement à une vocation) ou exploitation et servitude oppressante.

« … le temps que je mange et je boive ; et après tu mangeras et tu boiras à ton tour », la réciprocité, est la condition sine qua non pour que l’éthique dont il est ici question soit recevable et digne. Servir l’amour nourrit d’amour.

v. 9 « ce qui lui était ordonnée » renvoie en dernière instance au commandement d’amour.

v. 10 « des serviteurs quelconques », « bons à rien »

« Prenant un exemple dans la vie quotidienne de chacun, Iéshoua’ tire la grande leçon, celle qui appelle l’adepte à se considérer non pas comme un maître, mais comme un serviteur inutile. » (A. Chouraqui)

Est-ce qu’inutile est inutile ou inutile ?

« achreios », « unnütz, nichtsnutzig, armselig, unwürdig, wertlos »

« chreia », « das Bedürfnis, die Notwendigkeit » et « der Bedarf, der Mangel, die Not »

A mon avis le constat peut se lire de deux manières différentes :

  1. Celle qui s’impose tout de suite, comme le texte le semble aussi faire, que le serviteur lui-même est inutile, pour l’accomplissement de la tâche, voire en lui-même.
  2. Celle que je privilégie, à voir que le serviteur ne doit pas être jugé et mesuré par son utilité, réduit à celle-ci.

Ce n’est pas par l’utilité que le serviteur est utile, encore davantage, amour et utilité sont deux catégories incompatibles.

Ne jugez autrui pas par son utilité ! Même si, pour vous, il est parfois utile ; heureusement.

Autrui devrait être en soi un bonheur pour vous.

Et c’est ainsi que nous devrions nous rendre utiles les uns pour les autres.

Schéma de la prédication sur Luc 17,5-10, culte d’envoi envoi Danielle Coleman du 6.10.13 dans la paroisse du Sud-Ouest lausannois (Malley)

Armin Kressmann 2013

 

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