Institutions socio-éducatives et handicap mental : miser sur l’autonomie ou l’empathie ? le libéralisme ou le communautarisme ?

Quand on a affaire avec une population aussi vulnérable que les personnes en situation de handicap, – surtout quand il s’agit de handicap mental -, on ne peut pas miser sur la seule autonomie1, d’autant plus que le handicap mental est justement « handicap d’autonomie ».

L’universalisme libéral mise sur l’autonomie, avec une visée de justice et/ou d’équité. Il repose sur les règles de vie qu’on s’impose, finalement sur la loi (morale).

La loi ne peut pas pardonner ; elle doit sanctionner.

C’est le défi lancé à une institution qui reposerait entièrement sur le principe de la laïcité, même ouverte2. Quand dysfonctionnement, personnel ou institutionnel, il y a, même sans faute ou culpabilité, elle doit sanctionner, et si ce n’est que par une nouvelle directive ou procédure. Ne connaissant pas de transcendance, elle risque, en régulant de plus en plus, finalement jusqu’au dernier détail, de devenir totale, voire totalitaire (cf. Erving Goffman ou Jean-Paul Gaillard).

Sans transcendance pas de pardon (ou d’excuse).

Une institution reposant entièrement sur la loi (les normes, les règles, les directives et les procédures), ne connaîtrait pas l’amour (du prochain) comme principe de régulation commun reconnu comme tel.

A l’opposé, une institution3 qui reposerait entièrement sur l’amour (du prochain4), celui-ci n’étant jamais parfait ou entièrement désintéressé, risquerait un laisser faire par manque de rigueur commune.

Il faut donc trouver un équilibre entre une régulation par la loi et un engagement par empathie : régler ce qui se laisse régler, sans vouloir tout régler et maîtriser, sanctionner ce qui doit être sanctionné, tout en laissant un espace de liberté ouvert au relationnel et à des actions par empathie ou par amour du prochain qui ne se justifient pas forcément par une logique procédurale, mais par une culture commune qui pointe une instance transcendantale, sans que celle-ci soit forcément formalisée par ce qu’on qualifierait de religieux5 (une religion ou une foi commune). Comment traduire aujourd’hui un référentiel chrétien, dont est issue une majorité de nos institutions sociales, en un référentiel reconnu par tous les intervenants ?

Dans une charte moderne6, j’en suis convaincu, les deux doivent figurer, une volonté qui tend vers une culture commune qui fait et donne sens à ce qui est et ce qui se fait (une « inspiration »7 commune) à l’intérieur d’un cadre qui définit les limites (la loi). La tradition(protestante) parlerait de « Loi et Évangile »8, afin que l’institution9 soit un organisme vivant et structuré.

La dignité de la personne humaine nous renvoie

Les deux voies se retrouvent dans le terme « profession »

  • le professionnalisme et la compétence techniques
  • et la profession confession d’une motivation au-delà des compétences purement techniques.

Que professe celui ou celle qui s’engage dans et pour une institution est une question légitime à poser, sans qu’une réponse prédéfinie et formelle soit attendue. Et l’institution elle-même, qu’est-ce qu’elle professe au-delà du simple « professionnalisme » ? On pourrait aussi l’appeler « mission » : quelle est notre mission ?

Dans ce questionnement il y a un appel, ce qui est simple « vocation » en latin, sans aucune dimension de sacrifice. A quoi, cher(e) collègue, es-tu appelé(e), dis-moi ? Est-ce que cet appel rejoins la mission, l’appel de la maison ? Et qui ou quoi t’appelle, pour faire ce travail aussi professionnel que possible que nous te confions (« mission ») ?

Armin Kressmann 2013

1 La capacité de mener sa vie selon les règles qu’on s’impose soi-même ; à ne confondre ni avec la liberté, ni avec l’autodétermination.

2 La laïcité ouverte se donne un cadre dans lequel les différentes sensibilités et spiritualités, religieuses ou autres, peuvent cohabiter. La laïcité fermé exclue toute expression du type religieux (dans le sens large du terme) ; elle risque de devenir elle-même religieuse. En ce qui concerne le christianisme, comme le bouddhisme ou le judaïsme, il peut être compris comme religion, d’une manière communautarienne, ou d’une manière universaliste, en reconnaissant une instance transcendantale ultime et absolue, une réalité qui dépasse le pouvoir de l’homme.

4 Qui, dans le christianisme est régulé par l’amour de Dieu, une instance transcendante.

5 Le religieux, pour moi, institue, donc formalise (par une doctrine, des rites, des pratiques et des institutions, rôles et fonctions) ce que pose le spirituel comme question ou défi. Une institution comme celle de Lavigny, l’Espérance ou Eben-Hézer doit recevoir, reconnaître et débattre les questions, ainsi qu’ouvrir des espaces où, en fonction des besoins et des histoires de vie de ses résidents, des réponses se formalisent (s’institue).

6 L’approche purement bioéthique étant déjà dépassée.

7 Terme qui évoque le spirituel dans un accompagnement de la personne dans sa globalité bio-psycho-socio-spirituelle.

8 Pourquoi « Évangile » et non pas seulement « amour » ? Pour signifier cette transcendance qui fait que la dimension amour ne peut pas être ramené au seul interpersonnel, mais doit faire sa preue devant une instance (d’amour) qui la dépasse.

9 Terme qui, sociologiquement, ne pointe que la partie Loi.

10 Tout acteur doit être capable de tout justifier.

11 Instance qui nous justifie ; l’acteur ne se justifie pas, mais il est justifié.

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