Apocalypse 21,1-5(6), notes exégétiques et homilétiques : La transfiguration de la réalité – Quand l’Apocalypse n’est pas une catastrophe

(avec Pierre Prigent ; L’Apocalypse de Saint Jean ; Commentaire du Nouveau Testament XIV ; Labor et Fides, Genève 1988, p. 319ss)

Et comme toujours, en articulation avec le lieu qui est le mien, le handicap mental à l’Institution de Lavigny.

Un monde nouveau, en référence avec les prophètes, notamment Esaïe (65,17 ; 66,22).

Le salut dont Dieu revêt l’homme, une promesse adressée à l’humanité tout entière, dans une visée universaliste :

 « Voici la demeure de Dieu avec l’homme. »

L’annonce de la présence de Dieu et les bénédictions qu’elle apporte.

Voici le monde nouveau, marqué par la résidence de Dieu au milieu des hommes :

Dieu « résident parmi résidents » à l’Institution de Lavigny.

« Vous, chers résidents, si vous étiez à sa place, que changeriez-vous ? »

Un nouveau commencement, une nouvelle genèse, une nouvelle création.

Dans l’ensemble 21,18/21,9-27/22,1-5, P. Prigent ne voit pas, comme Irénée (« ciel »/ »cité »/ »paradis » ; p. 323, note 10), des réalités distinctes.

Pourtant, l’idée de lieux distincts, dans une pensée moderne, nous permettrait de concevoir Dieu présent en des lieux différents à l’intérieur de la société pluraliste : un universalisme de fond qui traverse les formes. Celles-ci seraient ainsi des déclinaisons formellement possibles d’une même réalité transcendante.

P. Prigent nous met lui-même sur cette piste :

« ce qui intéresse l’auteur n’est pas d’apporter une description réaliste de la Fin et d’en préciser le temps, les conditions et les modalités : tout ceci reste à l’extérieur des choses et n’a donc guère d’importance. En revanche l’auteur tient à répéter … que l’intervention de Dieu dans le monde ne peut qu’en bouleverser toutes les données qu’elles soient temporelles ou spatiales. » (p. 324)

L’apocalypse se laisse ainsi comprendre au deuxième niveau, comme transfiguration profonde des réalités qui restent formellement ce qu’elles sont. La présence de Dieu ne transforme pas, mais transfigure, donne à une forme donnée une nouvelle « Gestalt » : la vieille reste vieille et le vieux reste vieux, mais transparaît la beauté provoquée par cette présence Dieu dans la vieillesse, la beauté possible dans la fin de vie, dans une personne handicapée ou malade. En Dieu, ce qui est devient beau, ou, autrement dit, saint. En la présence de Dieu, à travers la lecture christologique, croix et résurrection (« Alpha et Oméga, premier et dernier, commencement et fin »), la réalité, telle qu’elle est, est transfigurée. Avec Dieu, quelque soit la forme, le premier niveau, tout est possible ; toutes les formes sont possibles, ce n’est pas la forme qui compte. Mais, en la présence de Dieu se pose la question : comment « gestaltest-tu » ce qui est, que fais-tu avec ce qui est ce qu’il est, que vises-tu, qu’indiques-tu avec ce que tu as et ce que tu es, quelque soit la forme de ta vie ? Le monde ancien, marqué par les larmes, les cris, les larmes, le deuil et la mort, ou un monde nouveau, marqué par la résurrection où il y a sens nouveau, là où le non-sens risquait de l’emporter ?

« C’est la proclamation d’un nouveau mode de vie » et non pas d’une « autre » vie, ce qui fait de l’ancien monde un « nouveau monde », un nouveau monde qui reste ce monde, mon monde, ton monde, son monde, notre, votre et leur monde. Tu peux rester catholique, protestant, musulman, bouddhiste, juif et même athée, mais qu’est-ce que tu fais de ta vie en cette présence que la bible appelle Dieu en Jésus Christ. Nous sommes finalement ramenés à la distinction entre la « fides quae » et la « fides qua », la proclamation de ses convictions et les conséquences pratiques de ce qui est proclamé. Ce qui change n’est pas d’abord la réalité en tant que telle, mais l’essence, « das Wesen », le caractère de la réalité : tu es homme, femme, petit ou grand, trisomique, autiste, doué ou surdoué, homosexuel ou hétérosexuel, et c’est comme ça, mais « il n’y a plus de mer » :

L’abîme primordial et le vide du tombeau n’ont plus de force malsaine et destructrice sur toi. Ce que tu es et ce que les autres font de ce que tu es ne t’angoisse plus, mais c’est une réalité avec laquelle tu peux créer une vie nouvelle, ta vie, en toute dignité (donc sainteté). Il n’y a pas de vie indigne, il n’y a que de manières indignes de mener sa vie et d’être mené, manipulé, maltraité dans sa vie.

Ainsi on devient citoyen d’une ville qui n’est pas création humaine, mais divine.

« L’Église ne peut prétendre incarner ici-bas la Jérusalem céleste ; celle-ci descend du ciel … Mais elle peut témoigner ici-bas de la réalité d’une existence nouvelle »,

celle-ci étant possible pour tout humain, soit-il chrétien ou non.

« Mind map » de la prédication Apocalypse 21,1-5(6) 28.4.13 (Chapelle de l’Institution de Lavigny)

Armin Kressmann 2013

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