Sens de la vie et accompagnement spirituel

Dans l’accompagnement spirituel il s’agit en premier lieu de sens, sens d’une vie et sens de la vie. Parmi les différentes dimensions de la spiritualité qui ont été évoquées, – STIV et STIV-AR, sens, transcendance, identité, valeurs, appartenance, reconnaissance, etc. -, le sens est le pivot, le gond qui porte et autour tournent les autres, secondes celles-ci. Sens (et non-sens, absence de sens) se dégage de chaque vie, non pas comme concentré, une sorte de « jus », ni de vérité, trop absolue celle-ci, mais comme possibilité, ouverture, envie, désir et finalement orientation (ou, comme non-sens, désorientation). C’est autour et avec le sens que l’accompagnement spirituel travaille d’abord, quête de sens, combat contre le non-sens, dégagement de sens, sens inné et sens reçu, sa relation et son articulation avec une transcendance (potentielle ; T), religieuse ou non, sa fonction constitutive d’une (nouvelle) identité (I), son rôle fondamental par rapport à l’action, les valeurs (V) et donc l’éthique, et cela à l’intérieur d’une communauté de sens (appartenance, A ; ou non) qui signale et donne reconnaissance (R ; ou rejet et exclusion).

Le protestant (ou chrétien, mais chrétien « protestant ») s’intéresse d’abord au sens d’une parole, parole reçue, parole donnée, parole d’une transcendance reconnue comme personne (« Dieu »), accessible et reconnaissable en une personne humaine comme lui (« Jésus Christ »), personne inaccessible en tant que telle, mais recevable en une parole transmise, témoignage, lettre, livre, « bible », la référence de sa vie, reçue non pas d’une manière littérale, mais interprétée, en et par un esprit commun et communautaire, l’esprit partagé avec cette personne première transcendante, l’Esprit qui le transcende lui-même en lui donnant du sens quand le non-sens le menace et qui le défend, comme avocat, « Paraclet », contre tout ce(ux) qui risqu(ent) de le plonger dans le non-sens . C’est finalement cet Esprit, souffle de vie, souffle de « Dieu », qui le maintient en vie et lui donne orientation dans sa vie, qui, elle à son tour, devient porteuse de sens, habitée par le même Esprit.

En conséquence, quand il s’agit de « prise en charge globale » de personnes malades ou en situation de handicap (physique, psychique, social ou mental), en un premier lieu, – en tout cas pour le protestant, qui rejoint ici le philosophe, séculier ou théologien -, il ne s’agit pas de psychologie ni d’éthique ni de religion (instituée, sacramentelle, rituelle), mais d’un travail autour et avec la parole, parole d’un vie d’une personne à articuler et nourrir d’une parole transcendante, venant d’ailleurs, à la limite[1] « utopique et uchronique », donc « éternelle », quand l’ici et le maintenant, la situation donnée dans laquelle le vis-à-vis se retrouve risque de perdre tout son sens, devient et semble être sans issue (orientation).

Ainsi, toute vie est sensée, ce qui ne veut dire rien d’autre que toute vie a sa dignité, aussi dignes ou indignes soient ses conditions de vie[2].

Armin Kressmann 2012


[1] C’est en cette limite que philosophie et théologie se distinguent. l’une restant en deçà, l’autre allant au-delà.

[2] Ce qui ne justifie pas des conditions de vie indignes, au contraire ; il s’agirait en ce cas-là de restaurer la dignité bafouée de cette vie (lui redonner statut, ce qui est la fonction de l’institution).

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