Quand est positive une théologie qui se dit négative

La théologie négative bien comprise

–         s’abstient de qualifier Dieu par des attributs positifs, sachant que Dieu en soi est au-delà de toute qualification

–         respecte donc Dieu dans son altérité

–         parle de Dieu sur la base de ce que Dieu lui-même, selon la tradition biblique, communique de lui aux humains

–         reçoit donc Dieu dans le registre de la foi

–         et ne rend de lui rationnellement que ce qui est rationnellement manifeste

–         ne renvoie positivement, dans le sens de visibilité et d’intelligibilité, qu’à la croix

–         donc au mystère de la souffrance innocente, sa présence dans son apparente absence et dans son silence évident

–         et laisse ce qui est affirmatif, la résurrection, au creux d’un vide, où le lieu de la négativité (le « tombeau vide ») se transforme potentiellement en lieu de nouvelle naissance, de nouvel être, donc en matrice.

 Dieu se révèle « positivement » sur la croix.

 Le recevoir là est souffrance, compassion, lieu où Dieu lui-même assume la condition humaine, donc la condition de handicap. Dans ce sens il prend sur lui l’aliénation innée à la condition humaine. Ici l’être humain « subit Dieu », il s’agit d’un « Gott erleiden », ce qui est insupportable, induit fuite et déni, bibliquement réaction « masculine » (action et maîtrise sont brisées), ou compassion impuissante et lointaine, réaction féminine (passivité du réceptacle potentiel qu’est celle de la foi et de l’amour) :

 Dieu positif, voir Dieu, te renvoie à la croix et la compassion.

 Là où Dieu se révèle « négativement », d’une manière cachée (« verborgen »), est cet événement qui est un non-événement :

la « résurrection »,

 là où l’être humain se relève dans le deuil, dans l’espace du vide qu’est l’absence de celui qui relève et où ne restent que quelques « objets » (« ob-stacles ») qui rappellent la présence réelle sur la croix et devant la mort, bandelettes et suaire, donc signes « palliatifs » (du pallium qu’est la couverture qui enveloppe et cache la honte de la nudité devant et dans la mort, là où ne reste visiblement que corps. Ce n’est que la foi, donc esprit, qui voit autre chose que dépouille ou vide après l’enlèvement de la dépouille).

 Dieu négatif, vivre devant et avec lui, te renvoie à ce non-événement qu’est la résurrection et qui t’invite, lui, à en faire un événement, celui d’une vie nouvelle, ta nouvelle vie, avec celui en qui tu avais de la peine à te reconnaître. C’est le sens de tout miracle.

Armin Kressmann 2011

 

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2 réflexions au sujet de « Quand est positive une théologie qui se dit négative »

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