Significations du handicap mental 7 – Il s’agit d’un blog, d’une « web-logique »

Significations du handicap mental : 7 Il s’agit d’un blog, d’un « web-log », d’une « web-logique »

Apprivoiser le phénomène handicap (mental) et le comprendre, – qui veut dire me découvrir dans la confrontation avec lui -, est flexion, tendre vers la personne handicapée, aller à sa rencontre, et ré-flexion, prendre du recul, non pas pour prendre l’autre avec soi, com-préhension, mais se retrouver soi-même devant soi-même, ap-préhension,« saisie au corps »[1] (« bangen », dans sa dimension du souci de soi-même et de l’autre quand il n’y pas prise directe de l’un sur l’autre, donc dans l’impuissance et une certaine angoisse ou crainte). La compréhension se joue au moment de la rencontre, l’appréhension au moment de la réflexion (et de la « pré » ou « anté-flexion », dans le préliminaire) ; ce n’est en conséquence pas dans la réflexion qu’il y a compréhension, mais lors de l’action (sur le seuil, le « limen », dans le rite, « rt- », l’articulation). Éthique, – dans le sens du faire, et non pas du devoir faire -, et compréhension deviennent corollaires, éventuellement identiques ; le pas scientifique est méta-éthique, hors compréhension de l’autre qu’est la personne rencontrée, n’a pour objet donc pas l’autre, mais le soi de celui qui réfléchit. Le travail scientifique en la matière est un travail sur soi-même, celui-ci toujours à comprendre, et, une fois compris, peut-être apte à être avec l’autre, dans son altérité, et apte à agir d’une manière adéquate, c’est-à-dire conforme aux besoins des acteurs impliqués dans la rencontre. Celui qui est à saisir et à comprendre est soi-même, afin qu’il puisse se prendre, entièrement com-prendre, – sans aliénation, mais con-scient de soi -, dans la (prochaine) rencontre.

C’est cela que tente décrire mon travail, un voyage à travers la toile qu’est l’univers du handicap (mental), avec comme nœuds les rencontres, les flexions, comme liens les réflexions et comme logique hypertexte moi-même, comme sujet, – soi-même, « ecce homo » -, devant l’autre et le tout-autre, moi-même autre peut-être, vers qui je suis invité à me convertir[2].

Le site « ethikos.ch » devient et se veut par conséquent livre de bord, de loch, « Logbuch », « web loch », « web log », donc « blog » ou « blogue ».

« Un blog ou blogue est un site Web constitué de billets agglomérés au fil du temps et souvent classés par ordre antéchronologique (les plus récents en premier). Chaque billet (appelé aussi « note » ou « article ») est – à l’image d’un journal de bord … – un ajout au blog. » wikipédia 4.1.11

« Un blog (graphie alternative : blogue) est un type de site Web, ou une partie d’un site Web. Comme son étymologie l’indique (web log signifie journal de bord sur le web en anglais), un blog est censé contenir régulièrement de nouveaux billets, c’est-à-dire des notes ou des articles agglomérés au fil du temps sur un sujet donné. » wikipédia 21.2.11

« Un site Web est un ensemble de pages Web hyperliées entre elles et mises en ligne à une adresse Web. On dit aussi site Internet … » wikipédia 21.2.11

Mon travail, comme déjà évoqué, ne se veut pas éthique appliquée qui chercherait des pistes pour des situations concrètes, dites « cliniques », et ré-fléchirait sur et à partir de ce qui est noté dans cet autre journal qu’est le dossier informatique d’un groupe éducatif ou d’un résident, livre de loch d’un autre ordre. Ma recherche, sans être témoignage, défie et implique moi-même, l’homme, Dieu, et, en principe, les dévoilent sur la toile, anthropologie et théologie.

L’objet est le sujet, embarqué sur la nef des fous, assujetti à quoi, à qui, autonome, hétéronome ou théonome ?

Le but est de faire de moi un sujet pensant quand j’agis, au large, dans un tissu plus large, pour ne pas dire universel, qui implique potentiellement tout autre penser et agir « à haute voix », ce qui s’observe et se vit, au niveau éthique, dans la relation avec l’autre qu’est la personne (mentalement) handicapée, considérée comme « fou », irrationnelle, à la rencontre de sa rationalité, « compréhensible » seulement par ce « Hineinnehmen » dans ma compréhension et ma rationalité, donc une compréhension de moi-même plus que de l’autre, pont vers une rationalité plus universelle, en con-frontation avec d’autres sources et logiques, observations, interprétations, réflexions, analyses, théories, logiques, celles qui se cristallisent finalement en ce que nous appelons « connaissances » (transdisciplinaires). Celles-ci, pour moi, sont réellement « co-naissances », lieux de naissances (et de deuils et de morts[3]) où moi personne ne se laisse plus clairement distinguer de ce qui se représente à travers moi comme « science », « con-science ».

Ce qui est scientifique, pour moi, ne se démontre pas à travers une forme littéraire particulière, livre, article, site Internet ou blog, mais par cette capacité de penser et d’agir, d’agir en pensant où l’action est le prolongement de la pensée et vice versa, capacité con-sciente de sa place dans la toile des multiples actions et pensées de rationalités diverses et souvent contradictoires.

La toile qu’est l’Inter-net nous permet de dévoiler cela. Pour la première fois l’infinitude de l’agir et du penser devient manifeste, mettant auteurs et lecteurs consciemment dans cette position inconfortable d’appréhension, d’incertitude et de vulnérabilité fondamentales qui sont celles de la condition humaine.

Quelle est la logique de la vie, anecdotique et apparemment sans logique ?

C’est une « web-logique », celle de l’ancien « Zettelkasten », des boîtes à fiches, dont parmi les plus connues celles de Niklas Luhmann, de Karl Barth (« Zeddelkasten ») ou de Ludwig Wittgenstein[4], celle d’une toile, plastique comme le cerveau.

« La mise en réseau massive de petites d’éléments permet de créer un objet impensable (au sens étymologique) sous forme de texte suivi. Cette mise en réseau de matériaux divers ouvre réellement des possibilité nouvelles; ce n’est pas une forme différente, mais une manière de penser différente. Faire référence au mind mapping pour le processus de création et au card sorting pour la publication! » (Nicolas Friedli, communication personnelle)

Armin Kressmann 2011


[1] Dictionnaire culturel en lange française ; Le Robert, Paris 2005

[2] Résonne ici évidemment le concept d’ipséité d’un Paul Ricœur.

[3] cf. Jean 3, l’entretien de Jésus avec Nicodème

[4] Julien Jimenez ; Ludwig Wittgenstein, Conférence sur l’éthique ; folioplus, 2008, p. 79s ; par rapport aux Recherches philosophiques

« … une sorte de patchwork d’expériences, de questions, de situations où Wittgenstein laisse le lecteur cheminer à son rythme, reconstruire le raisonnement, imaginer d’autres exemples, s’affronter aux apories …

une boîte à outils dont les usages sont multiples. »

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