J’entends des choses que je ne comprends pas

 

ou « Tu sais que mes parents sont morts ? »

7ème article de la série On m’appelle handicapé

J’entends des choses que je ne comprends pas.

Par contre, il y a une chose que je comprends et que j’ai toujours avec moi, en tout cas je le ressens : ce sont mes peurs, peur de disparition, peur d’éclatement et de morcellement, de dilution et de mort. La mort est omniprésente chez nous, réelle ou imaginaire, et nous, les résidents en parlons tous les jour, même si cela dérange les accompagnants. J’ai une camarade qui, avant d’entamer un échange quelconque, quasiment pour dire bonjour et mettre en place la relation, nous demande toujours :

« Tu sais que mes parents sont morts ? ».

Il faut quittancer ce constat, réalité ultime, avant d’entrer en dialogue avec elle.

 

C’est vrai, quand un parent meurt, pour nous ce n’est pas seulement notre passé qui disparaît, mais aussi notre avenir, nous-mêmes déjà un peu. Parce que notre avenir, notre filiation, ne peut se réaliser qu’à travers notre famille. Nous-mêmes, nous sommes « stériles », « stérilisés », neutralisés, si ce n’est pas biologiquement, au moins socialement. Nous sommes « interdits ». Après nous, pas de suite ; et vous le trouvez normal. Pour nous par contre, c’est une désolation et une angoisse ; pour vous, c’est normal.

 

Est-ce tellement impensable que nous puissions aussi nous mettre en couple et fonder une famille, que nous ayons aussi des enfants? Avoir un avenir, au-delà de la mort ? Pourquoi cela vous choque tellement ? Avec nous, la filiation est dans une impasse, et tout le monde, nos parents d’abord, nous le font ressentir. Pour vous c’est une évidence et vous ne pouvez pas vous imaginer que nous couchions ensemble ; cela vous dégoûte même.

 

Impasse de vie, c’est ainsi qu’on pourrait aussi définir le handicap.

Armin Kressmann 2011, On m’appelle handicapé 7

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