Comment préparer un culte et la prédication ? (Armin Kressmann, EERV)

Je peux seulement vous dire comment je le fais, la préparation d’un culte et sa prédication. Je vous le dis après quelques années d’expérience, notamment dix en milieu du handicap mental. C’est un lieu où toute prédication écrite et lue ne fonctionne pas. Pourquoi ? Parce qu’il y a constamment des imprévus, des interruptions, malaise, crise épileptique, inconfort, etc. et parce que, surtout, le public intervient et manifeste son accord et son désaccord. En conséquence, il faut prêcher et mener la liturgie librement. Sinon on perd son public et la situation peut devenir chaotique. Autrement dit, il faut être à l’écoute de l’assemblée et de ce qui s’y passe. Il faut y répondre pour sécuriser et réconforter la communauté réunie. Et cela, en principe, est valable pour tout culte, quelque soit l’assemblée. C’est la raison pour laquelle je souhaiterais que tout pasteurE en formation devrait passer par ce milieu formateur qu’est le handicap mental.

Une seule chose importe vraiment et nous permet d’être vrai et nous-mêmes, autant pour la prédication que pour la liturgie : être habité par le texte biblique du jour, celui qui est au centre du culte et porte l’ensemble.

Que faire pour y arriver :

La moitié du temps de préparation, en général, pris sur l’ensemble, une journée de travail, je la consacre à l’exégèse. C’est ainsi que le texte s’ouvre à moi et m’accueille. Je peux y prendre ma place, recevoir son esprit, trouver mes paroles dans la trame qu’il tisse dans son contexte et à travers l’ensemble du livre dans lequel il a, lui, sa place. En quelque sorte je peux le reprendre et le prolonger jusque dans ma vie à moi et dans notre situation de vie communautaire, donc l’actualité qui nous occupe et préoccupe.

Habité par le texte et imprégné par son esprit, je l’espère au moins, je prépare la prédication. Je ne la formule pas, mais j’élabore une canevas, avec un programme informatique de « mind map », de carte mentale. C’est le support de ma prédication ; avec lui, quand je m’en égare, je peux toujours revenir à sa ligne de force.

Maintenant, avec le texte et la prédication, je peux préparer la liturgie, l’ordre du culte, les prières, – celles-ci dans la mesure du possible personnelles communautaires, en pensant au public qui m’accueille -, le choix des chants et cantiques. Cet ensemble, en principe, je le soumets aux autres officiants et je les invite à réagir et à y apporter leurs commentaires, leur touche personnelle.

Enfin, en dernière minute, déjà à l’église, et si possible avec un ou plusieurs officiants, je remets le travail et le culte à Dieu.

Cependant, c’est l’ensemble qui est pour moi prière, tout le cheminement, conscience de la présence de Dieu et ouverture à son Esprit.

Soli Deo gloria

Armin Kressmann 2019

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  1. Jean-Marc Leresche sur facebook :

    Merci, cher Collègue, de cet éclairage. Il fait écho à ce que j’ai fait longtemps (10 ans, c’est longtemps?) dans l’aumônerie d’EMS pour personnes âgées. J’avais pris l’habitude de distribuer un feuillet A5 avec textes bibliques et prédication au verso. C’était très apprécié des résidents qui, pour certains, le reprenaient le dimanche pour leur culte personnel. Être habité par le texte, voilà qui contraste avec ce que j’ai entendu (plutôt qu’appris) en formation diaconale où des pasteurs nous inculquaient de lire plusieurs versions, de consulter des commentaires, de faire une recherche des « témoins », des enjeux théologiques, de la visée etc. J’ai assez vite compris que cela ne me correspondait pas et que partager comment ce texte me (nous) rejoint, comment on peut « y prendre place » et quelle impulsion il peut me (nous) donner est plus proche de ma compréhension de l’Évangile et c’est cela que j’ai envie de partager. Merci encore de ce billet. Bravo.