Croire et lire la bible sans supranaturalisme – EERV Retraités 27.2.18 (Armin Kressmann)

Jacques Matthey : « Vivre et partager l’Évangile »

« Pertinence des textes bibliques.

La mission, l’apostolat – envoi et appel, mission individuelle, celle de l’Église, la « mission » que s’impose Dieu, son projet pour l’ensemble de la création.

Évangéliser, pour lui, Jacques, c’est relier l’ensemble du projet de Dieu, de la création jusqu’à la fin des temps, à l’événement Jésus Christ.

Et puis, par rapport à Paul, il a parlé de notre mission de guérison et de réconciliation, et de l’Église comme communauté de guérison :

Qu’est-ce qui se passe avec les pauvres, les malades … ? »

Ministère de guérison et de réconciliation ?

Les miracles ? … les récits de miracle ? … la pertinence des textes bibliques ?

Quelle lecture ? Fondamentalisme contre libéralisme ? … ( … l’homosexualité …)

les présupposés, nos présupposés, parce que présupposés il y a toujours (l’herméneutique, – la question du « Verstehen », comprendre, « understand », – son cercle, Luther et la formation d’une langue … Heidegger, Bultmann, Gadamer … etc.), mes présupposés :

1) Je suis fondamentaliste, je suis pour une lecture fondamentaliste de la bible1 : le royaume ou règne de Dieu ou des cieux s’est approché, nous devons nous convertir, nous tourner vers lui. A la lumière de ce fondement je dois lire tout, ma vie, toute vie, celle des témoins bibliques, donc toute la bible, aussi et surtout les récits de miracle (de guérison et de réconciliation). Cependant :

Royaume de Dieu … Église … ma vie (vision catholique et évangélique2)

… donc « déjà », en Église, « pas encore » dans ma vie (hors Église)

ou Royaume de Dieu … ma vie … Église ? (vision réformée. « ecclesia semper reformanda »)

… donc « déjà » dans nos vies, d’où Église, mais « pas encore … », même pas en Église, et surtout en Église, voyant l’Église comme elle est et fonctionne

En JC, parce qu’il est vrai Dieu ou vrai homme ?

Royaume de Dieu … sa réalité ? … miracle ? res, une chose, un ob-jet, ob-stacle (« Sache » en français et non pas « Wirklichkeit », comme en allemand, donc verbe et « oeuvre » à réaliser) … miracles … Par rapport à la réalité des miracles je suis germanophone !

2) Evangile et Culture, Miracles de Jésus, 1979, p. 27

« Qu’est-ce qui fait problème dans les miracles? Il semble que les principales difficultés se résument en trois questions :

1. Les miracles sont-ils historiques ? Se sont-ils réellement produits ?

2. Les miracles sont-ils scientifiquement possibles ?

3. Faut-il croire aux miracles ?

Il serait bon, dit l’auteur de cette introduction, avant d’aller plus loin, dit-il, essaie de répondre à ces questions. »

Alors, faisons-le ! Qu’allons-nous répondre ?

… … …

L’auteur des trois questions, fidèle à son exhortation, y répond aussi :

« En ce qui me concerne, dit-il, je ne puis répondre non à chacune ds trois questions. »

Puis il relativise : « Je pourrais encore répondre oui à la troisième, mais l’absence d’obligation de croire aux miracles ne sous-entend pas que le miracle n’est pas historique et pas scientifiquement possible. » ??? traduction ??? AK : « mais l’obligation … »

Personnellement je radicalise, avec la bible, en ajoutant une, voire deux autres questions :

4. Les miracles sont-ils toujours possibles ?

5. Et si oui, faut-il aussi les accomplir ?

Et maintenant j’y réponds, en disant cinq fois « oui »

… et c’est à partir de là que je relis la bible et les récits de miracle

… ces premiers présupposés, – la présence réelle du Royaume de Dieu3 et ., comme corollaire, une lecture « fondamentaliste » de la bible, ou, les miracles sont réels et toujours d’actualité -, je les complète ainsi :

3) Nous sommes invités, c’est notre mission, à faire des œuvres encore plus grandes que celles que Jésus a accomplies (Jean 14).

« Comment accomplir les œuvres qui nous sont confiées (Jean 14,12) : proclamer le royaume des cieux, guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux et chasser les démons (Matthieu 10,7s) ? »

    • Matthieu 10 … et la finale de Matthieu, « J’y cois ! », je crois à la vie, une vie en la Parole de vie, et ramène tout commandement à cette finalité dont le « moyen », le chemin ou l’outil, est l’amour4 :

« En fin de compte, tout commandement, tout ordre reçu et à accomplir doit répondre à la question ; est-ce qu’en faisant cette action, rituelle, sociale, politique, familiale, liturgique ou autre, on est dans l’ordre de la vie et de la transmission de la vie ? C’est cela qu’’ordonnent’ les commandements. » (M.-A. Ouaknin p. 30)

    • Une lecture existentielle de la bible, infinie et dynamique, dans la tradition de l’exégèse juive …

    • … donc une entrée dans le cercle herméneutique par la vie, ma vie, nos vies, le présent et l’actualité

4) Le vide comme lieu de naissance et de vie – et la loi comme cadre … Exode 20, le Décalogue (les dix paroles) … le double commandement d’amour5, qui reprend et résume les deux tables de la loi … à la lumière du miracle fondamental qu’est la résurrection : le tombeau vide … une théologie matricielle, donc maïeutique ; le vide n’est pas vide (un lien vers la théologie « négative », d’où la dynamique Jean 1,18 ; mais …)

5) Dieu ne change pas les règles du jeu ; une théologie « positive » de la création ; le salut est inscrit dans la création … et c’est en respectant ses règles que Dieu intervient dans l’histoire ; c’est l’essence même d’une théologie de l’incarnation et de la croix

6) Une lecture au-delà du supranaturalisme, donc radicalement radicale, au-delà du libéralisme et de l’évangélisme

7) Et au temps de Jésus ? (D. Marguerat, qui reconnaît en Jésus un thaumaturge charismatique, ce que je ne conteste pas ; mais qu’est-ce que cela veut dire ?)

… il n’y avait pas plus ni moins de miracles qu’il peut avoir aujourd’hui et qu’il y a peut-être ; une personne épileptique est resté épileptique, une personne trisomique trisomique et une personne psychotique psychotique …

8) Oeuvrer les œuvres de Dieu … Jean 9 et 14 ; « ta erga », le salut inscrit dans la création

La foi aux miracles, suite aux options théologiques prises : restons « factuels »

Daniel Marguerat6 et moi …

à partir de la bible, les récits de miracles

lui, par l’exégèse historico-critique et l’exégèse narrative, remontant au Jésus « historique » pour arriver à l’actualisation du royaume de Dieu :

« Le miracle est raconté pour faire aujourd’hui encore miracle, c’est-à-dire pour qu’aujourd’hui encore, des hommes, des femmes espèrent la réparation de leur corps meurtri et lisent cette restauration comme le signe du Royaume qui vient. » (p. 542)

moi, par ce qu’on pourrait appeler « exégèse eschato-critique »7 :

« … l’exégèse ne devrait pas seulement être « historico-critique », mais aussi « hodie-critique » et « eschato- ou advento-critique », travaillant pas seulement le contexte historique, mais aussi actuel et future. Ici, ma considération n’est pas d’abord herméneutique, mais exégétique :  en premier abord il ne s’agit pas seulement de prêcher en une situation, mais recevoir, comprendre et interpréter un texte dans un contexte, celui-ci aussi et surtout actuel et à venir (finalement eschatologique). L’interprétation, avant même que le texte soit « appliqué » à une actualité, est aussi à comprendre à partir de cette actualité (sinon il n’y a pas perspective de « Parole de Dieu »). Que vivrait Abraham aujourd’hui, et pas seulement « qu’a-t-il vécu à son époque » ? Ceci implique un double changement de perspective : Abraham face à son Dieu de son époque, ou nous dans la peau d’Abraham, et Abraham devant notre Dieu (qui n’est plus le même tout en étant le même ; cf. mes considérations sur « l’unité personnelle transductive » de Simone Romagnoli. »

à partir de l’actualité et ce qui y renvoie au royaume de Dieu, la présence réelle du Christ8 (« Emmanuel », Dieu parmi nous), arrivant au Jésus « historique »

et l’un et l’autre dans un même cercle herméneutique,

l’un tournant dans un sens, l’autre dans l’autre

arrivons à la même conviction :

« Le miracle est raconté pour faire aujourd’hui encore miracle, c’est-à-dire pour qu’aujourd’hui encore, des hommes, des femmes espèrent la réparation de leur corps meurtri et lisent cette restauration comme le signe du Royaume qui vient. » (D. Marguerat, p. 542)

En quel sens tourne votre cercle herméneutique ?

Part-il de l’actualité ou du passé, pour parler de la même chose, du royaume de Dieu ou des cieux ?

La bible, a-t-elle une place dans votre vie, ou votre vie, a-t-elle une place dans la bible (la parole) ? Quelle est votre langage, la grammaire que vous voulez respecter ?

Et de qui parle-t-elle, la bible, la parole ?

Nous sommes et nous restons invités, c’est notre mission, à faire des œuvres encore plus grandes que celles que Jésus a accomplies (Jean 14)

Donc voici le résumé des présupposés de ma lecture de la bible et des miracles (l’exégèse) :

  • Je suis fondamentaliste : le royaume ou règne de Dieu ou des cieux s’est approché, nous devons nous convertir, nous tourner vers lui, ici et maintenant.

  • Les miracles sont réels et nous devons les accomplir, nous aussi, « Œuvrer les œuvres de Dieu » (Jean 14,12) : « Proclamer le royaume des cieux, guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux et chasser les démons » (Matthieu 10,7s)

  • Une lecture existentielle. infinie et dynamique, qui s’inscrit dans la plénitude de nos vies et qui part de là (une exégèse « hodie- ou eschato-critique »).

  • La résurrection est le miracle fondamental à la lumière duquel se lisent tous les autres.

  • Sans supranaturalisme ; le salut est déjà inscrit dans la création, Dieu ne change pas les règles du jeu.

  • Et ce n’était pas différent pour Jésus et son temps ; « l’épileptique est resté épileptique » ; … mais … (résultat de mes lectures : « il est devenu une personne » …)

Une question d’esprit … Quelques textes

Marc 1,21-28 – Chasser les sales esprits ; suite à … donc en amont … suivi par, donc en aval … discernement des esprits (Jean 3)

Marc 5,1-20 – Le fou de Gérasa ; « C’est le regard sur le fait qui fait de ce fait un miracle »

Matthieu 1,18-24 – Marie : quel est le miracle ?

Jean 9 – L’aveugle né et les œuvres de Dieu (l’évangile selon Jean ; « ergon, erga »)

Jean 9,1-3 « C’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui »

Discussion :

Et voici des miracles !? En avez-vous à raconter ? … nos engagements ?

Armin Kressmann 2018

1 Ce qui ne veut pas dire « littéraliste ».

2 Les « évangéliques », dans ma vision des choses, sont des catholiques qui ne se reconnaissent pas comme tels ; d’où « l’hostilité » des uns à l’égard des autres. Les deux cherchent le royaume de Dieu, son universalité, par la visibilité de l’Église, ou la communauté, ou la morale, là où nous les réformés le faisons par son invisibilité ; leur théologie, philosophiquement, est positive, la nôtre, philosophiquement, négative. Conscients de cette réalité, nous ne devrions plus jouer l’une contre l’autre, mais laisser à Dieu de « trancher » (1 Corinthiens 4 ; Jacques 4). Cependant, en une époque où le visible, l’image, l’emporte sur l’invisible, nous, les réformés, sommes mal placés.

3 Ce qui a comme conséquence une théologie proche du christianisme social.

4 L’herméneutique est la réflexivité de la raison, l’empathie celle des émotions ; et c’est l’empathie, donc la vie partagée, qui est son moteur et l’amour son carburant.

5 Dont toute la bible n’est autre que commentaire, déclinaison ou concrétisation

6 Le miracle au feu de la critique historique et au regard de l’analyse narrative ; Recherches de Science Religieuse 2010/4 (Tome 98), p. 525-542

7 Qui peut aussi être historico-critique ou narrative …

8 A ne pas confondre avec les sacrements, mais tous ce qui a une valeur sacramentelle.

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