Armin Kressmann – En matière de peinture, que puis-je offrir aux différents lieux d’Église (paroisses, aumôneries, communautés, etc.)

Ma vision de l’art et de la peinture – L’art est protestant, sinon ce n’est pas de « grand » art

  • D’abord vendre mes tableaux ; c’est banal. Quand je vends un tableau, son prix est plus ou moins petit ou grand ; il se fixe en fonction du pouvoir d’achat de l’acquéreur ; c’est lui qui me propose son prix, en fonction de ses possibilités financières ; cela devrait lui « faire un peu mal », autrement dit, comme pour un produit qui pour lui est un « petit luxe », il devrait « hésiter » à payer ce prix-là. Mais j’ai déjà vendu des tableaux à des enfants ou des personnes en situation de précarité pour vingt ou trente francs (donc bien en-dessous du prix des matériaux), là où des œuvres équivalentes valaient quelques centaines de francs pour des personnes plus aisées ou fortunées. J’invite l’acquéreur aussi « à ne pas tricher » ; mais je ne le contrôle pas. Dans une relation de confiance le prix devrait être « juste ».

  • Je prête aussi des tableaux ; ainsi le cabinet de mon médecin généraliste est devenu un peu ma galerie.

  • En paroisse, à Sainte-Claire Vevey, je pose des tableaux, en général des œuvres qui ont un rapport direct ou indirect avec la bible (sans que je sache ou veuille savoir ce qu’est l’art sacré ou religieux). Je suis contre l’utilisation d’une église comme « simple » espace d’exposition, comme je suis aussi contre la tenue en église de « simples » concerts ; quand on y fait de la musique, quand on y chante, quand on y danse, peint, mange et boit, quand on y joue, fait du foot, parle, pleure, rit, crie, l’autre pour moi y participe, il faudrait lui laisser sa place, afin que l’ église se transforme et, idéalement, soit transcendée. Ce qu’on fait dans une église devrait être prière, dialogue, échange avec l’autre, le tiers absent-présent, sans que j’attende que cela prenne une « forme de prière habituelle ». L’église prend ainsi une autre « Gestalt ». Donc, quand « je fais une simple exposition de mes tableaux », je la fais ailleurs, mais pas dans une église.

  • Par contre, ce que j’aime faire, c’est peindre dans une église, seul ou, encore mieux, avec d’autres, faire de la peinture collective, comme démarche créative en soi ou avec un fil rouge, notamment biblique. Peinture collective veut dire travailler à plusieurs sur un même tableau ; ceci nécessite évidemment une démarche bien cadrée et menée avec une certaine discipline. Habiliter les autres, en Église nous l’appelons « sacerdoce universel ».

  • Et puis, enfin, je rêve d’une grande manifestation d’une journée par exemple, – je l’ai déjà proposée pour l’année prochaine à la paroisse de Vevey -, où on récolte des bibles vandalisées (qu’il y a dans chaque paroisse je pense), négligées et oubliées (qu’il a y, encore, dans chaque famille, en tout cas élargie), déposées, remises au pasteurEs, dormant dans des cartons à bananes à la cave sous l’église, inusitées, dépassées, etc. pour en faire des œuvres d’art, utilisant différentes techniques, donc pour les « ressusciter » : « La journée de la bible abîmée, oubliée ou négligée », au temps de la Passion, autour de Pâques par exemple. Cela avec une double intention : d’une part (re)valoriser la bible, d’autre part induire une réflexion sur la sacralité de la parole, – qu’est-ce la parole de Dieu ? -, de la bible et de l’art en général, notamment en milieu protestant.

Ce que je demande ? Au moins rentrer dans mes frais.

Ce que j’espère, comme tout le monde, un signe de reconnaissance.

En bref, je suis à la disposition des différents lieux d’Église, je suis à sa disposition, … peignant, riant, m’énervant, me réconciliant, disputant, discutant, apprenant, enseignant, découvrant, créant, transpirant, priant, parlant et écoutant, au même temps humble et audacieux, exigeant et indulgent.

Armin Kressmann 2017

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