Sainte-Claire Vevey (EERV Église évangélique réformée du canton de Vaud) – Un défi théologique

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Sainte-Claire Vevey (EERV, Église évangélique réformée du canton de Vaud, Suisse) – Quelques textes

La paroisse de Vevey de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV, Suisse), après la restauration de l’orgue, rouvre l’église Sainte-Claire pour des activités cultuelles et culturelles complémentaires à ce qui se vit à Saint-Martin. L’époque étant révolue où des manifestations d’un même type ont été reprises à plusieurs endroits, la paroisse, avec l’Église dans son ensemble, espère, me semble-t-il, répondre à trois défis :

« D’une manière générale, l’Église s’est constituée et développée sous les formes de la société traditionnelle (hiérarchies institutionnelles, vies linéaires et synchronisées, rites partagés). Or la société contemporaine est devenue une société liquide, selon le concept formalisé par le sociologue Zygmunt Bauman. Ce dernier, en effet, utilise la référence aux états de la matière solide et liquide pour mettre en évidence le passage de la société traditionnelle à la société contemporaine. Le solide représente les institutions, lorsqu’elles sont stables, faites pour durer et que les individus peuvent s’y référer. Le liquide représente des liens sociaux fluides et faibles, au sein desquels les institutions ont un impact de durée variable et ne peuvent servir de cadre de référence aux individus. » (Rapport du Conseil synodal, synode du 4 mars 2017)

« Le multitudinisme est une tradition parmi plusieurs. Il consiste à affirmer qu’une Église doit s’organiser de manière à être ouverte à tous, aux « multitudes » . Personne ne peut dire qui fait partie d’une telle Église et qui n’en fait pas partie. Elle s’oppose aux Églises confessantes qui exigent de leurs membres l’adhésion à une confession de foi. Par définition, une Église de ce type est donc pluraliste. A ce titre, elle ne possède sinon pas du tout de confession de foi, du moins pas une seule confession de foi. Une Église multitudiniste ne doit dès lors pas non plus privilégier une tradition au détriment d’autres. » (Jean-Denis Kraege, Le multitudinisme, pertinence.ch 2017)

  • et ouverte aux interrogations de la théologie contemporaine où les sphères des faits et de la foi sont nettement séparées, tout en dialoguant dans un respect mutuel. Aussi, ce qui est visé, « l’ultime », n’appartient pas aux « professionnels » de la foi, mais est remis à tous ceux et celles qui interviennent, tout en leur demandant d’accepter qu’il ne leur appartient non plus et d’intervenir dans ce sens. Au mieux nous pouvons le pointer de loin, sans certitude que notre pointage le pointe aussi. Le modèle, pour reprendre la terminologie de Georges A. Lindbeck, est « postlibéral », ailleurs que « cognitif-propositionnel » ou « expérimentel-expressif » ; il s’approche, désormais à discuter, du « culturo-linguistique » :

« Les doctrines ne prétendent pas rendre compte d’une réalité extralinguistique dans laquelle seraient localisés les références du langage (qu’il s’agisse des référents objectifs des théories « cognitives-propositionnelles2 ou des référents subjectifs des théories « expérientielles-expressives »), mais elles ont pour fonction essentielle de réguler les croyances et les pratiques d’une communauté. » (Marc Boss, in : George A. Lindbeck, La nature des doctrines, Van Dieren, Paris 2002, p. X)

Concrètement, espérons-le, ce qui se vivra à Sainte-Claire sera ouvert à toute expression de la foi chrétienne, expérimental, participatif, inclusif, cultuel et culturel, sous condition que ce qui sera proposé renonce à revendiquer une exclusivité, celle-ci appartenant à Dieu seul, celui que

« personne n’a jamais vu » (Jean 1,18),

la croix étant le seul élément objectivement tangible.

Le défi qui se posera donc à Sainte-Claire, si la proposition veut être innovante et tenir les promesses d’une « Église inclusive », est de remettre la quête d’une « réalité extralinguistique » hypothétiquement ultime, – Dieu?!, en Jésus-Christ, son royaume, une question de foi -, aux différents utilisateurs des lieux, sans tomber dans une relativisme cultuel et culturel qui ne viserait plus ladite « vérité ultime », mais en leur demandant l’indiquer, sans possibilité de la proposer en tant que telle, dans le dialogue entre les différents intervenants, auxquels à tous et toutes le même défi est posé. Et quand on la vise, cette réalité ultime, abandonner toute ambition de vouloir l’atteindre ; sans pouvoir la dire, quand même la pointer, « von ferne darauf hinweisen », « die Zeigefunktion » de Jean-Baptiste ?

Soli Deo gloria.

Armin Kressmann 2017

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